Kimi Wa Pet

Critique de la série manga

Publiée le Mercredi, 10 April 2013

Le shôjo pour jeunes adultes se démocratise lentement mais sûrement en France avec des titres comme Happy Mania, Forbidden Love et maintenant Kimi Wa Pet. Référence en la matière, adapté en série live, le manga conte les aventures sentimentales de Sumiré et de son « chien » Momo : un beau gosse de 20 ans !

Le shôjo n’a jamais manqué d’idées pour nous mitonner des aventures sentimentales abracadabrantesques. Triangles amoureux, quiproquos tirés par les cheveux, ami(e)s d’enfance sur le retour, familles à la Roméo & Juliette… rien n’est épargné à nos jeunes héroïnes. Pourtant, lorsque l’on lorgne vers le « mature shôjo », destiné à un lectorat féminin plus âgé, les situations deviennent encore plus corsées. Déjà dans Happy Mania, Shigeta Kayoko est une jeune femme active de 24 ans à la recherche, souvent désespérée, de l’homme idéal. Fini donc les lycéennes, les baisers chastes et les garçons bons sous tous rapports. Les femmes (se) sont émancipées et le font savoir. L’héroïne de Kimi Wa Pet en est le prototype. Diplômée des meilleures universités, journaliste dans un grand journal, salaire mirobolant et une taille de 1,70m, Sumiré fait forte impression, au risque de s’attirer les foudres de ses collègues et de faire fuir les hommes. D’ailleurs en matière d’hommes, elle obéit à la règle des 3 G : un gros diplôme, une grande taille et un gros salaire. Le lecteur le comprend rapidement, cette femme moderne, avec ses défauts et ses qualités, n’est pas heureuse. Qui, ou quoi, pourrait lui apporter le bonheur ? L’auteur Yayoi Ogawa propose, simultanément, deux alternatives, dont une pas piquée des hannetons. Ainsi, après une dure journée de boulot, Sumiré trouve près de chez elle un jeune homme dormant dans un carton. Elle le recueille pour la nuit, puis par la force des choses décide de le garder à ses côtés. Mais à une condition, qu’il devienne son animal de compagnie. Celui-ci, danseur de ballet à la rue, accepte immédiatement et se voit attribué le doux nom de Momo (et pourquoi pas Médor !?).  Mais le lendemain, elle recroise son amour de faculté, M. Hasumi, après une longue absence de huit ans. Deux hommes, deux destins, deux manières d’aimer.

Amour fidèle

Véritable fil conducteur du manga, la relation peu commune entre Sumiré et Momo peut paraître a priori malsaine. En effet, le rapport maîtresse/esclave n’est pas vraiment le premier et meilleur exemple à donner à nos enfants. L’amour est avant tout une question d’échange et de communication, soit le strict opposé. Pourtant, le manga respire dès les premières pages la légèreté et le bon esprit. Alors que l’on pouvait s’attendre à une Sumiré autoritaire et intransigeante, et à un Momo obéissant voire peureux, celle-ci se retrouve vite dépassée par un « chien » bavard comme jamais, joueur et capricieux. Il suffit d’ailleurs de jeter un oeil aux accroches sur les couvertures de chaque volume pour ne pas se tromper : « Sumiré vous apprend comment bien élever votre beau gosse », « Pour un quotidien magique avec votre animal de compagnie, Sumiré vous dit tout ! ».  Ce ton enlevé n’est pas juste propice à une succession de délires. Les thèmes de dépendance et de fidélité sont bien présents, mais pas toujours dans le camp que l’on croit. Entre les champoings anti-stresse, les bons petits plats et les gros câlins, Sumiré prend vite l’habitude de vivre avec Momo, s’y attache, puis ne peut bientôt plus vivre sans lui.

Etre et paraître

D’un autre côté, la relation entre Sumiré et M. Hasumi n’a rien de plus banal. Ils se croisent dans les couloirs du journal, se font des œillades, boivent un verre, dînent… flirtent. Les choses se font si naturellement, Hasumi est si parfait (cela en est même douteux) que Sumiré se met elle-même la pression. Elle a été tellement déçue dans ses aventures précédentes qu’elle hésite à s’impliquer totalement, et préfère souvent la fuite. Momo, son animal domestique officiel, devient même une excuse de premier choix. D’ailleurs pourquoi en vient-elle à préférer par moments cette relation anormale à toute autre réalité ? Sans s’y appesantir, et jouant plutôt la carte de la bonne humeur, le manga livre une réflexion intéressante sur la différence entre l’être et le paraître. Ainsi, alors que la seule question que devrait se poser Sumiré est « avec qui je me sens le mieux ? », cette dernière se perd en conjectures  et n’avance jamais dans l’un ou l’autre des deux relations.

Rôles inversés

A l’image de Moyoko Anno dans Happy Mania, la magaka Yayoi Ogawa dessine une véritable anti-héroïne, à des milliers de kilomètres de la timide, naïve et jolie lycéenne des habituels shôjos. Non pas qu’elle n’inspire aucune sympathie, bien au contraire, mais elle reste une femme au caractère de cochon et légèrement égocentrique. L’idée de faire de Momo son animal de compagnie est venue d’elle, et parfois elle prend son rôle de maîtresse un peu trop au sérieux. Il lui arrive ainsi de voir Momo avec une tête de chien (!!) ou de se rendre après coup qu’il n’a pas parlé depuis plus de deux semaines. Ces excès sont des manifestations de sa mentalité, et lui réussit grâce à différents stratagèmes à la ramener à la raison. Ainsi, doucement mais sûrement, Momo change Sumiré, alors que le postulat de départ supposait l’inverse. Mais l’un comme l’autre, enfermés dans leur cocon, n’ont pas fini de s’apprivoiser. En effet, chaque intervention extérieure déstabilise leur semblant de sécurité à deux, et il est curieux de savoir comment ils vont évoluer. Par exemple, le lecteur attend le moment où Sumiré avouera à M. Hasumi et à son entourage que son fameux animal de compagnie n’est ni un chien, ni un chat. Le problème est qu’au bout de deux volumes l’auteur semble plutôt enclin à multiplier les crises, et leurs résolutions, au sein du couple et de leur maisonnée. Tendance confirmée avec les volumes suivants. Le risque de la répétition pointe alors le bout de son nez, comme dans Happy Mania d’ailleurs, où les situations se ressemblent parfois trop pour créer la surprise.

Bien dessiner et dresser son Momo

Heureusement, la fraîcheur du manga résiste à cette usure grâce à des petits moments savoureux de complicité, et surtout grâce au coup de crayon de la mangaka. Dans la même veine que Moyoko Anno, Miyuki Kitagawa (Forbidden Love) ou Fuyumi Soryo (Mars), à savoir les dessinatrices de « mature shôjo », Yayoi Ogawa peut prétendre à la première marche du podium. Fin mais jamais brouillon, son trait s’attarde sur les détails jusqu’il faut pour créer un univers intelligible. Ainsi, elle n’abuse pas des gros plans et dessine parfois des arrières plans avec grand soin. De même pour les décors, plus présents qu’à l’accoutumé dans le genre. Sa mise en page cherche aussi moins à briser la dynamique. Pas de décadrage de folie, d’imagerie surannée, juste une aisance à la lecture et une abondance de bulles. Il fallait bien cela pour entrer dans le quotidien de Sumiré et s’y sentir chez soi. Un peu comme Momo.

Hoagie



Note de la rédaction
Note des lecteurs
18.92/20







Evolution des notes des volumes selon les chroniques:

19.00,18.00,18.00,18.00,18.00,16.00,17.00,19.00,17.00

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