Whispering les voix du silence Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 05 Juillet 2018

Critique 2


Kôji est un jeune lycéen coulant une vie assez banale. Il est toujours en train de trainer avec deux amis et aime taquiner les jolies filles. Un jour, il croise le chemin d’un petit garçon bien étrange. Même s’il feint de ne pas s’intéresser à lui, Kôji ne peut s’empêcher d’aller le voir. Il découvre ainsi que ce petit garçon a un « don » particulier. En effet, il est capable d’entendre les pensées de tout ce qui l’entoure que ce soit les objets, les êtres vivants et la flore. Kôji se souvient alors que lui aussi avait ce don…


Yoko Fujitani, encore inconnue en France, est une auteure aux nombreux titres au Japon, mais plus dans le domaine yaoi/shonen ai que tranche de vie. Dans « Whispering - Les voix du silence », l’auteure nous emmène dans une histoire poétique et douce avec une pointe de surnaturel. En effet, Daichi, un petit garçon, a la faculté d’entendre les pensées de tout ce qui l’entoure. Cela peut aller d’une balle à un arbre ou à un humain. Un don lourd à porter pour un petit garçon. Mais entouré de l’amour de ses parents, il vit en s’y accommandant.


Le destin fera qu’il croisera la route d’un jeune lycéen, Kôji. Ce dernier essaye de se fondre dans la masse en faisant comme tout le monde. Pourtant, tout comme Daichi, il avait la faculté d’entendre les pensées. Mais, mal entouré et rejeté, il a préféré occulter son don pour vivre comme les autres. Sa rencontre avec Daichi le chamboulera complètement. 


En effet, alors qu’il ne faisait jamais preuve de quelconque intérêt envers les enfants, il ne peut s’empêcher d’aller voir ce petit garçon et même lui venir en aide. Au fil des moments passés ensemble, une amitié nait et même des confidences sur son passé et de son fameux don. Une véritable introspection commence pour Kôji sur son passé douloureux où son don était tabou et n’était signe que de rejet.


A travers ce fameux don, l’auteure aborde de manière détournée le regard porté sur une personne différente vis-à-vis de la normalité de la société. Deux solutions s’offrent à nous, accepter et être bienveillant malgré les différences, ou bien rejeter et blesser autrui... 


Concernant le style de l’auteure, il est soigné et agréable à l’œil. D’ailleurs, elle joue sur les trames pour dégager une atmosphère douce et chaleureuse. Le petit Daichi a quant à lui un visage attendrissant malgré son caractère bien trempé ce qui attire très rapidement la sympathie. Quant à l’édition, elle est de bonne facture avec une belle page de couverture.


Avec ce premier tome, l’auteure nous conquit avec un thème original et des instants de vie sincères et authentiques. La douceur qui se dégage nous charme complètement et nous attendons avec impatience la suite. 


Critique 1


Deux semaines après Aromantic (Love) Story, les éditions Akata nous invitent à découvrir en librairies leur deuxième nouveauté du mois de mai: Whispering -Les voix du silence-, un nom très intrigant derrière lequel se cache Hisohiso -Silent Voice-, une série bouclée en 6 volumes dont le parcours fut un peu atypique. Publiée au Japon à partir de 2010 à rythme irrégulier chez l'éditeur ASCII Mediaworks, dans le magazine Sylph qui est plutôt dédié aux jeunes femmes, l'oeuvre a ensuite été transférée en 2015 dans un jeune magazine prometteur, le COMIC it. Lancée en février 2015, cette revue, même si elle dit s'adresser essentiellement aux "femmes adultes authentiques / de caractère", prend le pari de s'affranchir des catégorisations habituelles de shôjo / seinen / shônen (de toute façon bien dépassées), pour un résultat très mixte. Par ailleurs, il s'agit de la première collaboration d'Akata avec ASCII Mediaworks, et ce ne sera pas la dernière puisque l'éditeur a déjà annoncé avoir signé 4 séries du COMIC it (ce qui est clairement une bonne nouvelle).


Kôji Asada est, a priori, un lycéen comme les autres. Quand il ne s'amuse pas avec ses potes Yûsuke et Tamaki, il dragouille volontiers sa camarade de classe Kanai Enda, élève aussi mignonne que stricte qui est avec lui dans le comité des délégués, ou alors il sèche les cours. En somme, une vie d'adolescent pleine d'insouciance... mais si cela n'était en partie qu'une façade ? Une étonnante rencontre pourrait, en effet, réveiller en lui de vieux souvenirs...


C'est en jouant à la balle avec ses potes que le jeune garçon croise la route de Daichi Narahara, un enfant de primaire qui, en leur rendant la balle qu'ils ont lancée vers lui, leur dit de faire attention à ne pas enfoncer leurs ongles dans la balle en question, car ça lui fait mal. Là où ses amis pensent que le petit garçon a dit une chose sans queue ni tête comme le font tant d'enfants, Kôji, lui reste intrigué, car ça lui rappelle l'étrange pouvoir qu'il avait quand il était tout petit: celui de pouvoir entendre, comme des murmures, les pensées des objets, des animaux et surtout des gens. Et même s'il a perdu ce pouvoir assez jeune, il en a gardé des cicatrices muettes, silencieuses, notamment car ses parents, effrayés par ce pouvoir, se sont mis à éviter de le toucher, à le rejeter. Observant certaines actions pouvant paraître étranges du petit Daichi, et en le sauvant d'une chute d'arbre, Kôji finit par deviner que, pour la première fois, il a devant lui un enfant ayant le même pouvoir. Et sans forcément le vouloir, il va finalement être amené à côtoyer de près ce petit garçon qui risque bien de le changer...


Dès les premières pages, la mangaka Yôko Fujitani parvient à installer une atmosphère très réussie, ce serait-ce que par la première image que l'on a de Daichi: un petit garçon assoupi au pied d'un arbre, entouré de quelques animaux qui semblent veiller sur lui... Il en ressort d'emblée quelque chose de très doux et d'assez poétique qui ne quittera ensuite jamais les pages. En effet, l'artiste montrera un vrai talent pour entretenir cette ambiance sur la longueur, avec une narration introspective sur Kôji qui est assez posée, un trait clair, expressif sans en faire trop et souligné par des trames assez fines, des décors réalistes bien présents sans être encombrants, ou tout simplement des expressions faciales réussies et un Daichi parfois adorable avec sa bouille assez ronde et ses yeux à la fois francs et innocents. On se laisse donc facilement porter par cette ambiance au fil de la lecture, alors même que l'on devine, via quelques brèves pages de "souvenirs" de Kôji, la douleur qu'a laissé en lui son pouvoir passé.


Le récit est en partie porté par le travail introspectif effectué sur Kôji, adolescent qui, dans les premières pages, pourrait presque apparaître assez frivole. Il profite gentiment du temps passé avec ses camarades du lycée, semble bien détaché de certaines choses, avoue que les enfants le laissent complètement indifférent... mais dès qu'on lui fait remarquer qu'il devrait penser un peu plus aux sentiments de ceux qui l'entourent, on devine déjà à sa réaction que quelque chose cloche... Quand, enfant, on a eu un tel don surnaturel, où pouvoir connaître tous les sentiments est une chose qui nous a blessés, peut-on si facilement se relever malgré les apparences que l'on donne ? Sans forcer, la mangaka, par petites touches jamais lourdes ou trop sombres, laisse bien deviner les traces que ces souvenirs d'enfance ont laissé en Kôji... mais il ne pouvait pas prévoir que le petit Daichi le changerait autant. Pourtant, au départ, il est réticent, voire un peu effrayé face à cet enfant, mais presque contre son gré il sera amené à vite le revoir plus souvent et à se prendre de sympathie pour lui. Et dès lors, c'est son monde qui risque de se retrouver changé, car l'enfant semble avoir une vision de son pouvoir bien différent de celle qu'il avait autrefois. Il faut dire, tout d'abord, que Daichi a des parents qui, loin d'être effrayés par le don de leur fils, en sont presque ravis. Si le père Masahiro, ancien escort boy au regard mauvais, joue pour l'instant surtout un petit rôle plutôt comique, il en est tout autre pour la mère Chigusa, diététicienne, et maman assez merveilleuse: elle est heureuse que son fils puisse connaître, sans mensonges, ses véritables sentiments, qui ne sont pas toujours évidents à dire tant le ressenti humain peut évidemment être complexe. Et puis il y a en Daichi, qui est bien entouré, une volonté de faire de ce don quelque chose de positif, comme le montrent le passage sur l'anniversaire de sa maman, ou la petite "enquête" qu'il effectue en fin de tome en exploitant intelligemment son pouvoir.


Une chose frappe donc Kôji: la façon dont Daichi vit son pouvoir est bien différente de la sienne, qui est restée comme un souvenir plus dur. Et il s'interroge alors. En observant le petit garçon, il ne peut s'empêcher de songer aux espoirs et déceptions que peuvent avoir des parents face à leur enfant. S'il avait su communiquer aussi bien que Daichi avec ce qui l'entoure, et si ses parents avaient montré un autre comportement, aurait-il été différent de ce qu'il est aujourd'hui, à savoir un ado qui se camoufle en partie dans un bonheur qui pourrait être factice ? Apprécie-t-il sa vie actuelle, ou alors s'ennuie-t-il avec ses potes du lycée ? Est-il seulement sincère avec son entourage ?


"Si on n'essaie même pas de s'exprimer, impossible d'être compris."


Les premières évolutions de Kôji se font alors avec crédibilité et douceur, et elles passent d'abord beaucoup par une chose: la communication avec les autres, un élément à la fois si simple et si complexe... Peut-être lui suffirait-il de dire les choses clairement à ses potes, sans masque, pour que quelque chose évolue. Mais en parallèle d'autres choses s'esquissent. Tout d'abord autour de Daichi: pas besoin de connaître ses pensées pour voir sur son visage ce qu'il peut ressentir, mélange de joie et de tristesse. Egalement, il semble bien seul à l'école... Ensuite, autour du pouvoir lui-même, où un simple contact suffit à entendre les gens, animaux et objets. Dans les souvenirs de Kôji, les voix qu'il entendait étaient plus floues que celle que Daichi entend. Aussi, il ne se sent pas capable de dire à l'enfant qu'il a perdu son pouvoir, et lui affirme simplement qu'il ne peut pas l'entendre lui, car ils ont le même don. Mais cette situation va être amenée à vite évoluer, car peu de temps après s'être mis à côtoyer le petit garçon, un étonnant changement s'opère chez l'adolescent concernant ce fameux pouvoir...


Whispering s'offre donc un premier volume particulièrement beau dans son ambiance assez douce, intrigant dans certains enjeux qui se dessinent, et intelligent dans son abord de certaines choses (la communication, l'ouverture aux autres, la complexité des rapports humains, l'impact des parents, le portrait d'enfance et d'adolescence...). Une oeuvre à suivre de très près.


Akata offre une édition d'excellente facture, portée par une traduction très claire et bien dans le ton de Claire Olivier et Anaïs Koechlin de B.L.A.C.K Studio. Le lettrage de Catherine Bouvier (du même studio) et tout aussi soigné, le travail sur les onomatopées est convaincant et bien intégré. On a droit à une très bonne impression sur un papier suffisamment épais et assez souple, ainsi qu'à des premières pages en couleurs. Saluons aussi le rendu de la jaquette française, qui reprend l'illustration de la japonaise, mais qui imagine un joli logo-titre à la fois doux et coloré.


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Einah

16 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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