Tue-moi plûtot sous un cerisier - Actualité manga

Tue-moi plûtot sous un cerisier

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 28 Septembre 2017

Critique 2


Akata est un éditeur très attaché au shôjo et aime faire découvrir des auteurs. Avec Tue-moi plutôt sous un cerisier, le lectorat francophone peut lire, pour la première fois, une œuvre de la mangaka Hina Sakurada, assez prolifique au Japon, mais qui n'a jamais eu la chance d'être publiée chez nous avant 2017.


Prépublié en 2011 dans le magazine Cheese ! De Shôgakukan, Tue-moi plutôt sous un cerisier ("Korosareru nara, Isso Sakura no Ki no Shita de" en japonais) est un titre court qui ne compte que trois chapitres ainsi qu'une histoire hors-série, pourtant directement liée à l'intrigue principale. C'est donc sous la forme d'un one-shot que le titre a été publié, l'idéal pour Akata qui a choisi la formule « one-shot shôjo de la rentrée 2017 », pour proposer l'ouvrage.


Yukino est une lycéenne qui s'apprête à vivre un véritable enfer. Un soir, elle reçoit un étrange message de sa meilleure-amie, Saho : "Fuis !". Sans comprendre le sens du SMS, elle en voit toute sa portée le lendemain quand Saho est retrouvée morte, au lycée, après s'être jetée du toit d'un bâtiment. Avant de mourir, la jeune fille a publié sur internet un message faisant clairement porter le chapeau à Yukino. Rejetée de tous et prise pour une criminelle par ses camarades, Yukino garde pourtant la sympathie de Tatewaki, petit-ami de feu Saho...


Il est assez étonnant de voir que Tue-moi plutôt sous un cerisier ait été prépublié dans une revue shôjo, tant le titre n'a rien d'une romance ordinaire et son côté macabre clairement peu adapté à une jeune lectrice. Sur cette histoire en un volume, Hina Sakurada développe les maux d'une poignée de personnages, Yukino la première puisqu'elle est directement concernée par le suicide de sa meilleure amie, et du rejet dont elle sera le principal sujet ensuite. Sur une grande partie du tome, difficile de ne pas se questionner sur le sens de tous ces événements : que s'est-il réellement passé ? Et quel sens ont les différents messages de Saho, avant son suicide ? De manière assez délicieuse, le récit entretient une atmosphère plutôt dérangeante de ce côté-là. Les persécutions envers Yukino mettent évidemment mal à l'aise, tandis que le personnage de Tatewaki entre vite en scène et accentue cette sensation dérangeante tant son comportement est ambigu. De ce côté, le coup de crayon de la mangaka se montre très efficace tant celle-ci possède un trait qui peut s'avérer classique pour une romance à destination de jeunes lectrices, à première vue, mais parvient à l'accentuer pour créer pas mal d'expressions malsaines sur les personnages, Tatewaki le premier, le jeune garçon ayant même tendance à nous glacer le sang d'un simple regard.


Ce malaise, permanent dans le récit et couplé avec les différents questionnements scénaristiques, ne reste pas tel quel sur la globalité du récit. Au contraire, la construction de l'histoire de Hina Sakurada est plutôt habile puisque sur la fin du tome et après s'être étirée en long et el large sur le quotidien déprimant de Yukino, l'autrice traite pleinement les quelques personnages centraux du volume, montrant leurs troubles au grand jour et faisant la lumière sur toute la situation initiale. Il faut clairement considérer le chapitre hors-série comme partie intégrante de l'histoire puisque celui-ci se penche sur le cas Yûko qui se montre peut-être comme le personnage le plus intéressant du point de vue de l'adolescence. Et c'est justement assez central dans ce récit, Tue-moi plutôt sous un cerisier traitant en grande partie de cette période délicate de la vie, où l'on connait un amas se sensations et où les joies des premières expériences peuvent aussi amener les premiers grands malheurs de notre existence. Yukino, Saho et Yûko caractérisent bien cet aspect du récit, si bien que dans sa globalité, le one-shot dresse un constat plutôt amer de la vie lycéenne, et pointant du doigt quelques problèmes de société comme l'ijime, autrement dit le harcèlement scolaire très marqué au Japon. Et paradoxalement, c'est aussi la faille principale du one-shot. Le récit tentant d'exposer bon nombre de situations et de thématiques en peu de temps, il lui est difficile de tout décortiquer. Aussi, certains aspects ne sont qu'évoqués, ce côté harcèlement notamment, l'autrice laissant plutôt ses lecteurs se questionner sur les différentes situations présentes. Au même titre, le personnage de Tatewaki est finalement peu exploité dans l'un des aspects de sa vie. Si son adoration presque maladive pour Yukino est bien développée, ce n'est pas le cas du motif qui l'a poussé à s'intéresser à la jeune fille. Et c'est dommage, car c'est en ce sens que le personnage perd une certaine crédibilité, même si le message clef autour de son instabilité psychologique est rendu évident par la totalité du récit.


Visuellement, c'est surtout la manière qu'a Hina Sakurada de rendre dérangeant son récit qui est à saluer. Outre les expressions glauques de certains personnages, il y a un vrai travail pour entretenir le malaise sur une grosse partie du récit. Pare exemple, le visage de Saho n'est jamais montré, y compris lors des flashbacks autour d'elle, si bien que la jeune fille apparaît comme un fantôme en toute circonstance et renforçant son aura  à chacune de ses apparitions, ce qui apporte même un aspect un poil terrifiant au volume.


Quant à l'édition, Akata livre une très bonne copie : papier de bonne facture, couverture sur papier mât on ne peut plus agréable... l'éditeur ne déçoit pas, et la traduction de Bruno Pham est dans les tons du récit.


Tue-moi plutôt sous un cerisier est donc un titre qui a de quoi intriguer par son ambiance et qui, peut-être pour ces mêmes raisons, ne plaira pas à tous. Pourtant, le titre de Hina Sakurada a une atmosphère aussi lourde que prenante, tandis que la construction du récit parvient à dresser certains thèmes intéressants, mais qui manquent d'exploitation tant le one-shot condense le récit et que nombre d'éléments sont exposés au sein de celui-ci. Pour autant, cela suffit à voir que la mangaka a du talent, aussi on espère la voir publiée de nouveau en France.


Critique 1


Après le très bon La valeur de ma vie en février dernier, le deuxième “Oneshot Shôjo” des Éditions Akata nous permet de découvrir pour la première fois en France Hina Sakurada, une mangaka qui a déjà à son actif un bon nombre d'oeuvres depuis le début de sa carrière en 2004. Au fil de sa carrière, l'artiste a essentiellement donné dans la romance et le drame, le tout parfois relevé d'érotisme, et quasiment toujours pour le compte du magazine Cheese! de Shôgakukan, un mensuel dont il peut sortir autant d'oeuvres sympathiques que de choses beaucoup moins bonnes. Le titre a été publié au Japon sous le nom Korosareru nara, Isso Sakura no Ki no Shita de en 2011, et se compose de trois chapitres + un chapitre hors-série.


Tout commence très vite pour Yukino Yamashita, adolescente tout ce qu'il y a de plus classique, plutôt mignonne, gentille et un peu naïve. Comme tous les jours, elle part de bon matin pour le lycée, mais la veille au soir elle a reçu un étrange sms de sa meilleure amie Saho : "Fuis". Puis elle croise très vite sur sa route Tatewaki, le petit copain de Saho, qui ne semble pas comme d'habitude... Mais c'est bien en arrivant à son établissement scolaire qu'elle découvre le pire : Saho a été retrouvée morte, elle se serait visiblement suicidée en sautant du haut du toit. Et la jeune fille n'a pas le temps de se remettre du choc qu'elle doit en accuser un deuxième : la veille, sur twitter, Saho a laissé un message, "Yukino est cruelle". Les regards se tournent alors vers elle, elle est considérée comme responsable de la mort de sa meilleure amie, alors qu'elle-même n'y comprend rien. La voici alors mise à l'écart, injustement considérée comme une criminelle par certaines personnes, à commencer par Yukko Sasagawa, amie proche de Saho qui se met à la brimer. Dans ce contexte douloureux où la vérité reste à faire sur la mort de Saho, Yukino ne peut compter que sur le soutien de Tatewaki...


En France, les shôjo scolaires cherchant à faire dans du vrai drame aux accents de polar sont plutôt rares (on pourrait quand même citer le très bon The End of the World, par exemple), et on appréciera donc la volonté des éditions Akata d'amener encore un exemple de la variété du genre en France, d'autant que Tue-moi plutôt sous un cerisier, sur le papier, a vraiment quelque chose d'intrigant.


Cela se confirme dès les premières pages, qui lancent plusieurs interrogations prometteuses. Qu'est-il réellement arrivé à Saho ? S'est-elle vraiment suicidée ? Pourquoi a-t-elle laissé le sms "Fuis" à Yukino ? Pourquoi ce tweet "Yukino est cruelle" ? Pourquoi, avant même d'arriver au lycée, Tatewaki ne semblait pas dans son assiette ? Puis rapidement, la mangaka joue sur plusieurs thématiques de société moderne : le suicide bien sûr, mais aussi la perte de ce en quoi l'on tient, l'exclusion et les brimades en cadre scolaire, le sentiment de culpabilité, l'irresponsabilité parentale, les sentiments homosexuels, puis le fait qu'entre amour et haine il peut parfois n'y avoir qu'un pas... A tout cela, Sakurada ajoute une pointe de "fantastique" ou, en tout cas, une légende offrant son nom à l'oeuvre : le fait que le jour du festival des cerisiers, la première personne faisant un voeu sous le plus vieux cerisier le verra exaucé par l'esprit de celui-ci. Les idées ne manquent donc pas pour offrir au récit un réel intérêt... mais encore aurait-il fallu que la mangaka exploite convenablement tout ce qu'elle propose.


Car Tue-moi plutôt sous un cerisier souffre de gros problèmes, à commencer par sa brièveté. 


Pourtant, Hina Sakurada adopte un style qui a de quoi séduire : au-delà de son coup de crayon un peu pulpeux assez typique de certaines oeuvres du magazine Cheese! et de quelques pleines pages assez fortes en émotion, elle offre une narration qui se veut assez mature et qui ne s'étale pas, ce qui crée quelques scènes assez abruptes plutôt efficaces, à commencer par les toutes dernières pages des chapitres 2 et 3. Qui plus est, l'artiste a la bonne idée d'alterner les points de vue : tandis que les deux premiers chapitres s'intéressent plutôt au ressenti de Yukino, le troisième chapitre se centre sur un Tatewaki retors, et le chapitre hors-série revient sur une Sasagawa que l'on redécouvre sous un autre jour, loin de l'image qu'elle donne auparavant. Si bien qu'au final, on a des protagonistes qui ont tous leurs mauvais côtés, mais aussi leurs douleurs et faiblesses humaines.


Mais à force de vouloir surfer sur trop de choses à la fois, la mangaka n'en exploite réellement quasiment aucune. En premier lieu, le mystère entourant la mort de Saho se devine dans les grandes lignes dès le départ, et l'autrice sous-exploite certains des éléments les plus intrigants : la raison du message "Fuis" sonne un peu comme un pétard mouillé, et on ne revient jamais réellement sur le message laissé sur twitter. N'étant jamais vraiment approfondis, les différents sujets de société sonnent creux, certains étant même simplement balancés le temps de quelques pages sans qu'on revienne dessus, si bien qu'ils ne servent à rien. Ici on pense avant tout au problème parental de Tatewaki. C'est décevant, au vu du potentiel qui était affiché.


Notons qu'après les 165 pages constituant Tue-moi plutôt sous un cerisier, on découvre un chapitre supplémentaire n'ayant aucun lien : "Quelle galère de tomber amoureuse de mecs comme ça", pendant 16 pages, voit la mangaka faire tout simplement sa pub pour deux autres de ses séries. Des sortes de "bandes-annonces" qui ont quelque chose d'assez imbuvable au vu de leur contenu : d'un côté une adolescente qui ne peut pas s'empêcher d'arrêter de tromper son petit ami avec le grand frère de celui-ci, et de l'autre une jeune fille de 15 ans entretenant une liaison ambiguë avec un "semblant de petit ami" qu'elle laisse la tripoter. Entre filles soumises et cruches et mecs profiteurs, on semble entrevoir l'une des autres facettes de la carrière de la mangaka...


Tue-moi plutôt sous un cerisier regorge d'idées intéressantes, mais risque de laisser le lecteur sur sa faim en n'exploitant finalement quasiment rien et en offrant une intrigue qui reste lisse. Dommage.


Concernant l'édition, Akata, comme toujours, a soigné son bébé avec un papier bien souple et une bonne qualité d'impression, et une traduction limpide de Bruno Pham. La jaquette a elle aussi bénéficié d'un grand soin. Le logo-titre est franchement bien trouvé avec ce "T" servant de tronc de cerisier, et l'éditeur a eu la bonne idée d'offrir un ensemble où l'écriture n'empiète pas sur l'illustration, contrairement à la jaquette japonaise où le titre gâche une partie du dessin.


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Takato

15 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

8.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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