Tokyo Killers - Actualité manga

Tokyo Killers

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 23 June 2016

En 2013-2014, les éditions Kana nous proposaient de découvrir Trouble is my business, une oeuvre en forme d'hommage et de parodie de films noirs, scénarisée par Natsuo Sekikawa et dessiné dans les années 1980 par un artiste encore au début de sa carrière, mais qui était vouée par la suite à gagner de plus en plus en renommée dans un tout autre style : Jiro Taniguchi. Inégale, mais souvent saisissante dans son atmosphère, cette série avait su attirer notre attention.
Deux ans après la fin de Trouble is my business en France, Kana récidive avec un titre qui lui est encore antérieur et où l'on retrouve les deux mêmes artistes. Tokyo Killers, anthologie d'histoires courtes parue au Japon en 1983, s'ancre toutefois dans une ambiance encore plus typée "film noir" que TISB, en en reprenant à chaque récit l'une des figures les plus emblématiques : celle du tueur.

Autant le dire tout de suite : il ne faut clairement pas s'attendre à des récits passionnants. Très courts et assez plans-plans dans leurs quelques rebondissements, ils ne développent pas grand-chose, s'intéressent très peu aux personnages en eux-mêmes. Ici, c'est vraiment la figure même du tueur, et les formes que celle-ci peut prendre, qui intéressent le plus. Et dans un genre qui était jusque là très rare dans le paysage du manga, Sekikawa et Taniguchi parviennent à croquer des figures qui certes paraîtront très banales et basiques, mais qui savent régulièrement dégager quelque chose de captivant.

Reste que l'oeuvre vaut surtout le coup pour la patte de Taniguchi, déjà très travaillée à cette époque. On le redit, il ne faut pas vraiment chercher de dynamisme fou ni d'emballement dans ces récits parfois à la limite du soporifique : tout est question de cadrages et de richesse du dessin, et de ce côté-là le dessinateur se montrait déjà capable de nous en mettre plein a vue. Dans un style très cinématographique, il varie avec clarté les angles de vues, découpe brillamment certaines scènes-clés (on pense à la fin de l'histoire "Hotel Harbour-View", avec cette balle se rapprochant peu à peu de sa cible), alterne avec aisance les plans assez vastes et les vues très rapprochées, serrées et focalisées sur les visages. Et pour tout ça, on note plus d'une fois des visages saisissants d'expressivité réaliste, et des décors de cités qui peuvent faire des merveilles (surtout ceux dans la nuit). Le mangaka maîtrise son trait et son encrage.

Il faut donc prendre ce Tokyo Killers pour ce qu'il est : une anthologie peu intéressante au niveau des histoires elles-mêmes, mais assez novatrice pour son époque, et montrant pleinement que Taniguchi maîtrisait déjà beaucoup son art dans un registre qu'il a dû par la suite abandonner.

Quant à l'édition fournie par Kana, elle est impeccable avec son grand format, sa quarantaine de pages en couleur, sa traduction claire, son papier et son impression honnêtes.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

12.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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