Tant que nous serons ensemble Vol.1 - Actualité manga

Tant que nous serons ensemble Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 09 October 2019

Keiichi et Akira Hirose ont tout du jeune couple plein d'avenir, du moins an apparence. En venant emménager dans un nouveau quartier paisible, ils sont accueillis par une propriétaire qui les voit comme de ravissants jeunes mariés. Et dans leur nouvelle habitation, chacun d'eux deux s'adonne à son travail, lui dans une maison d'édition pour la jeunesse où il supervise des auteurs, et elle en tant que puéricultrice dans un jardin d'enfants. Rien ne vient brusquer ce quotidien... ou presque rien. Les nerfs d'Aki qui manquent de lâcher au début, des coups de téléphone alors qu'ils ont décidé de partir en ne prévenant personne, un autre coup de fil alarmiste de la famille, leur demandant où ils sont passés et leur sommant de rentrer au plus vite. Alors qu'ils cherchent simplement à vivre heureux l'un auprès de l'autre, quelque chose semble clocher les concernant, comme une secrète douleur qu'il vaut mieux ne pas dévoiler. Car si les deux amoureux portent le même nom de famille, ce n'est aucunement car le mariage les unit. Ce mariage, ils ne pourront d'ailleurs jamais y avoir droit...

Les éditions Akata ont un don pour dénicher des oeuvres abordant des sujets de société assez sensibles avec pertinence, et nul doute qu'avec Tant que nous serons ensemble il en sera de même. De son nom original Saraba, Yoki Hi, cette série est en cours de parution depuis 2015 aux éditions ASCII Mediaworks / Kadokawa, et il s'agit de la quatrième oeuvre publiée par Akata à être issue du très intéressant label IT comics, après Whispering - les voix du silence, Goodnight, I love you... et Entre Deux. Akata a d'ailleurs présenté cette série l'oeuvre comme étant la plus remarquée du label IT comics, et on la doit à Yuki Akaneda, une mangaka pas tout à fait inconnue chez nous, puisqu'elle poursuit aussi une carrière dans le boy's love sous le nom de Yuki Fumino, et que dans ce domaine on lui doit la perle Hidamari ga kikoeru, merveille de tranche de vie aux visuels léchés et poétiques et au sujet très bien traité.

D'ailleurs, le ton adopté dans Tant que nous serons ensemble est, d'emblée, assez similaire, avec un rendu posé, tout en subtilité, voire poétique dans le quotidien. Ne brusquant jamais son récit, Akaneda démarre ici une tranche de vie nous invitant assez à observer les petits riens, afin de nous faire comprendre sans avoir besoin de le dire haut et fort la situation. Une situation tabou parmi les tabous, puisque l'oeuvre aborde l'amour qu'un frère et une soeur ressentent l'un pour l'autre, au point de tout abandonner derrière eux pour aller vivre ensemble là où on ne les connaît pas. Les amours frère/soeur, ce n'est pas forcément nouveau dans les mangas parus en France, mais dans quasiment tous les cas il s'agit juste de faux rebondissements traités par dessus la jambe et sans traitement sérieux. Ici, Akaneda ne tombe aucunement dans cette voie et a bel et bien l'intention de décortiquer avec crédibilité et attention la situation de Kei et d'Aki, ainsi que l'amour qu'ils se portent, amour purement platonique. C'est donc en les observant au plus près que l'on comprend ce qui les lie, et très vite bien des paroles prennent un double-sens poignant, comme lorsqu'ils évoquent l'impossibilité de se marier ou d'avoir des enfants, ce à quoi ils se répondent par la plus belle des choses: tant qu'ils sont simplement ensemble, l'un à côté de l'autre, ils sont heureux. Et la magie d'Akaneda, en plus d'une narration sobre, subtil et parfois en sous-entendus, c'est de ne poser absolument aucun jugement de valeur sur ses deux héros: ne se montrant ni pour ni contre, l'autrice croque tout simplement Aki et Kei posément, en présentant sans parti pris leur vie, leur quotidien, leur décision, et leurs sentiments. Sentiments ayant eu tout le temps de se se peaufiner et de s'affirmer, comme nous le montrera ce récit alternant entre les époques (des flashbacks sur l'époque du collège et du lycée, entre autres) mais aussi entre les points de vue. Sur ce dernier point, la mangaka prend vraiment soin de s'attarder sur chacun de ses deux principaux personnages, notamment beaucoup Aki dans le deuxième chapitre, et on a alors tout le loisir de cerner le ressenti de chacun des deux. Mais Akaneda ne s'arrête pas là, et son récit prend même des allures un peu chorales à partir du chapitre 3, où elle nous fait vivre une période du collège du point de vue de Tamaki Mori, la meilleure amie d'Aki, qui a elle-même des problèmes sentimentaux et surtout familiaux difficiles qui sont traités avec sobriété, tandis qu'on a à nouveau l'occasion, à travers les yeux de cette jeune fille, d'observer sous un autre angle Aki, toute l'importance que son amie a pour elle, et son lien exclusif avec Kei.

C'est ainsi que l'on découvre le plus naturellement du monde le parcours et la relation entre un grand frère maladroit et une petite soeur paraissant bien souvent plus mûre, le tout étant servi par le trait ravissant de la mangaka. Tout comme dans Hidamari ga kikoeru, Akaneda soigne énormément ses décors, ses jeux de lumière, ses angles de vue souvent très photographiques avec des angles de vue qui ont du sens, ainsi que les expressions tout en nuance et souvent en retenue de ses personnages.

Abordant une thématique souvent considérée comme tabou mais existant bel et bien, l'autrice s'en sort pour l'instant à merveille, en offrant un récit subtilement construit, narré et dessiné, promettant d'être construit sur plusieurs points de vue et époques, et restant on ne peut plus sobre dans son abord. Il s'agit d'un très bon démarrage, pour une oeuvre qui a tout pour gagner encore en intérêt sur la longueur.

Concernant l'édition, Akata nous offre une jaquette sobre et poétique, fidèle à la japonaise. A l'intérieur, le papier est bien épais, souple et sans transparence, l'impression possède quelques moirages mais reste dans l'ensemble très bonne, le travail sur les onomatopées et autres textes "visuels" est soigné, et la traduction d'Aurélie Lafosse-Marin n'a aucun mal à retranscrire la subtilité des textes.
  


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.25 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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