Sorcières de la fin du monde (les) Vol.1 - Actualité manga

Sorcières de la fin du monde (les) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 24 September 2021

En deux petites années, KUJIRA est devenue une mangaka assez importante pour les éditions Akata. Cela à commencer par la découverte, entre septembre et novembre 2019, de la série en deux volumes Entre Deux, qui décortiquait avec simplicité et justesse nombre de choses autour de l'amour à l'époque de la puberté et des apparences. Puis dans la foulée, l'éditeur a lancé une sorte de pendant plus adulte à Entre Deux: Switch Me On, récit de couple lui aussi plein de justesse, d'abord arrivé en avant-première numérique à partir d'octobre 2019 avant de débarquer en version papier l'année suivante, et suivant toujours son cours à l'heure où ces lignes sont écrites (mais qui se finira au tome 8 ). Et à présent, Akata poursuit son exploration de la bibliographie de KUJIRA en nous proposant de découvrir, en ce mois de septembre, une courte série en trois volumes qui a vu le jour au Japon la même année que Switch Me On, au sein du label Comic It d'ASCII Mediaworks/Kadokawa, la bel nous ayant déjà offert Whispering, Goodnight I Love You ou encore Tant que nous serons ensemble.

De son nom original Sekai no Owari to Majo no Koi (littéralement "La Fin du Monde et l'Amour de la Sorcière"), Les Sorcières de la Fin du Monde fut prépublié entre 2018 et fin 2020, et nous immisce, comme le laisse deviner le titre, dans un monde où les sorcières existent. Plus précisément, KUJIRA reprend tout d'abord la sombre réalité de la chasse aux sorcières du XVIIE siècle, mais à sa sauce. Face à des phénomènes inexpliqués qui terrifiaient les humains à cette époque, ces derniers se sont mis à accuser les sorcières, et les ont exécutées en masse, alors qu'auparavant l'entente entre humains et sorcières était bonne, et que ces dernières rendaient même plus d'un service de façon paisible. Au XVIIIe siècle, cette chasse aux sorcières a petit à petit pris fin, car ces dernières ont pu invoquer la protection des dirigeants de leurs pays respectifs, sous condition d'exercer en coulisses leurs pouvoirs au profit des dirigeants en question, comme une force cachée. Face au besoin grandissant de sorcières toujours plus puissantes, un établissement spécialisé dans leur formation a même été érigé: l'hexenschule (littéralement "école de sorcières" en allemand) "Sternenlichtl" (signifiant "Lumière des étoiles"), caché au fin fond d'une forêt.

C'est dans cette école que brille la nouvelle étoile des sorcières: Alice Keating, élève sérieuse et surdouée, suscitant l'admiration de toutes. Petite, son aïeule (la fondatrice de l'école) lui affirmait que son pouvoir rendra un jour le monde des sorcières plus puissant que jamais, si bien qu'elle n'a jamais vraiment douté d'elle. Et à l'école, elle ne doute aucunement des cours de Madame Dolly, affirmant que si les sorcières prêtent leurs pouvoirs aux humains, c'est pour mieux se venger d'eux à l'avenir.

Non, Alice n'a jamais douté... tout du moins, jusqu'au jour où elle se retrouve obligée de se rapprocher de Mari Musuruma, camarade de classe qui est la risée de toutes. Mari vient étonnamment du monde des humains, dort en classe, contredit avec candeur les dires de Dolly concernant la vengeance future des sorcières qu'elle ne trouverait pas très bien, affirme tout aussi naïvement qu'il serait préférable d'humains et sorcières retrouvent leur entente d'autrefois pour que tout le monde soit heureux, n'excelle dans absolument aucun domaine (elle ne sait même pas faire décoller son balai magique, c'est dire), est rejetée par les autres élèves à cause de tout ça, à tel point qu'elle se demande souvent pourquoi on l'a faite venir dans cette école.

Et pourtant, Mari semble bel et bien posséder en elle quelque chose de tout à fait unique, expliquant son admission dans l'école, et poussant même bientôt Madame Dolly à lui imposer Alice comme tutrice et camarade de chambre afin de l'aider à progresser. Au fil de cette progression, la façon d'être de Mari va surtout éveiller de la curiosité en Alice, voire plus encore... mais à quel prix ? Car, paraît-il, l'amour entre sorcière est un tabou qui pourrait provoquer la fin du monde.

Ce premier volume constitue une lecture qui défile somme tout très vite, dans la mesure où il ne compte que 140 pages environ, et que les choses défilent rapidement à grands renforts de grandes cases et de textes allant à l'essentiel. Cela pourrait frustrer un peu, et il faut même avouer que cela donne à la mise en place un côté un peu expéditif. Et pourtant, tout est là pour susciter la curiosité, en premier lieu parce que KUJIRA parvient malgré tout à distiller toutes les grandes lignes de son petit univers et de son passé, mais aussi parce que son économie de textes lui permet de se focaliser sur l'essentiel, à savoir le rôle futur d'Alice et de Mari, le début de leur relation, la jalousie qu'elle peut susciter chez d'autres élèves, leur passé, et leurs différences (Alice est une surdouée issue de la plus noble lignée de sorcières et promise au plus brillant avenir, là où Mari apparaît aux yeux des autres comme une cancre arrachée au monde des humains et ne sachant pas ce qu'elle fait là) voire leurs oppositions de valeurs (Alice n'aime pas les gens ne maîtrisant pas leur vie comme Mari, alors que Mari n'aime pas les gens qui, comme Mari, se contentent d'apprendre et d'obéir selon les ordres qu'on leur dicte sans afficher de volonté propre) dont elles tireront peut-être pourtant beaucoup.

En somme, la lecture est plutôt brève, mais dans l'ensemble la mangaka maîtrise sa narration pour nous offrir un récit suffisamment intrigant, surtout dans ses deux héroïnes. Et l'ensemble est accompagné par un dessin soigné, un poil différent de celui d'Entre Deux ou de Switch Me On avec des designs un peu plus marqués ainsi que la part de fantastique. Un début d'histoire assez immersif, donc, dont on attendra avec intérêt la suite.

Concernant l'édition, Akata nous livre une belle copie avec un papier assez épais et souple permettant une bonne qualité d'impression, une traduction limpide de Claire Olivier, un lettrage soigné (y compris pour les onomatopées traduites) de Tom "spAde" Bertrand, et une jaquette fidèle à l'originale japonaise tout en bénéficiant d'un joli logo-titre conçu par Clémence Aresu.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15 20
Note de la rédaction






MN Actus
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