Goodbye Santa Claus - Actualité manga

Goodbye Santa Claus

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 13 October 2021

Masako Yoshi est assurément l'une des autrices les plus emblématiques de Black Box, puisque c'est avec elle que l'éditeur a fait ses débuts en 2013, via la publication successive des séries Comment ne pas t'aimer, Manabu et Du haut de mon monde. Tâchant généralement d'être fidèle à ses artistes, l'éditeur a ensuite continué de nous faire découvrir cette mangaka, avec Très cher Mozart en 2014, puis avec le triptyque Histoires de femmes en 2018... Et en cet automne 2021, l'autrice est à nouveau de retour dans notre pays avec trois one-shot parus fin septembre. Après être revenus sur le premier des trois, Haru Ru Ru Ru - Petits contes de printemps, intéressons-nous cette fois-ci au deuxième ouvrage, Goodbye Santa Claus.

De son nom original Sayonara Santa Claus, cet ouvrage à la jaquette délicieusement rétro et nostalgique est sorti au Japon pile pour Noël, en décembre 1986, un an après Du haut de mon monde (sorti en novembre 1985), et regroupant donc des histoires courtes dessinées essentiellement cette année-là. Au programme, cinq récits dont les deux derniers se font écho, et faisant respectivement environ 50 pages chacun pour les deux premiers, et une grosse trentaine de pages chacun pour les trois derniers.

La première histoire, qui offre son nom au recueil, nous immisce aux côtés de deux enfants jumeaux, qui ont 6 ans au début du récit, et qui affichent une façon d'être ben différente dès les premières pages, où l'un fait semblant de toujours croire au Père-Noël pour s'attirer les faveurs de ses parents, tandis que l'autre n'y croit plus non plus mais le dit clairement, quitte à caser l'ambiance. Telle est la relation entre Mamoru et Takeru. Ils ont beau souvent penser un peu pareil, Mamoru tâche toujours d'être gentil et serviable avec tout le monde et de répondre à leurs attentes pour être le plus aimé et avoir le sentiment qu'il surpasse son frère, tandis que Takeru, lui, se fiche complètement de toute rivalité et reste lui-même, quitte à régulièrement paraître froid et distant envers les autres. Quelques années continuent de passer ainsi, toujours dans cette atmosphère de rivalité pour Mamoru... mais à force de vouloir se démarquer de son frère, de suivre le regard des autres pour leur plaire, peut-être oublie-t-il l'essentiel: être lui-même, exprimer son vrai lui. Masako Yoshi distille alors des sujets très intéressants dans cette histoire, et il est juste dommage que celle-ci ne dure pas un peu plus, tant la chute est abrupte et a un goût de non-fin.

Le deuxième récit, nommé "L'auberge avec onsen d'Ihatov", nous plonge auprès d'Achako Yoji (la consonance proche du nom de Masako Yoshi n'est sans doute pas involontaire), une jeune mangaka ayant soudainement décidé de disparaître de la circulation sans rien dire, pour se rendre au nord du pays et y vivre une deuxième vie en devenant geisha dans une auberge avec onsen. Mais sur place, tout ne se passe pas exactement comme espéré pour elle: la vision des geisha que les gens d'Ihatov ont n'est pas la même qu'elle, les deux enfants de l'auberge sont plutôt turbulents et démasquent vite son identité de mangaka... et, surtout, il y a un homme étrange qui est arrivé le même jour qu'elle: Niira, à l'allure solitaire et un peu triste, et qui va pourtant emmener son entourage dans un "voyage" irréel dès lors qu'il s'emparera de son violoncelle... Tour à tour amusant et onirique avec même des personnages humains sus des traits animaliers, ce récit voit surtout Masako Yoshi s'inspirer à sa sauce de certains écrits de Kenji Miyazawa, en tête desquels Train de nuit dans la Voie Lactée, pour un résultat en forme de petite friandise ne manquant pas de charme.

"La boutique de mensonges", troisième histoire de ce recueil, nous immisce au coeur d'un petit magasin très particulier puisque son gérant, un vieil homme, y vend à des prix très variés des mensonges... mais des mensonges sublimes voués à faire se surpasser ses clients, à les pousser de l'avant face à certaines épreuves car, pour lui, le mensonge surpasse la réalité et peut permettre de supporter les échecs. Que ce soit ce jeune homme n'ayant aucune confiance en lui car se jugeant trop banal qui achète une chaise rendant sa fierté quand on s'y s'assoit, ou encore cette femme venant acheter de quoi oser dire ce qu'elle ne pense pas pour réussir à se sortir d'un amour sincère mais adultère où elle se sent coupable, les clients regrettent rarement leur choix... encore plus quand les objets achetés semblent presque avoir réellement une part fantastique. L'idée de départ, dans sa manière d'aborder humainement le concept de mensonge, est géniale, et l'autrice parvient à fort bien l'aborder en seulement une trentaine de pages, à tel point qu'on aurait adoré voir la chose approfondie sur une plus grande longueur.

Quatrième histoire du livre, "L'instant Salade" nous fait suivre Takako, une lycéenne aussi belle que distante, au grand dam d'un certain Hamamoto qui ne cesse, de façon un peu lourde, de lui faire des avances. L'adolescente n'apprécie guère tut ce qui la "colle", est donc aussi fuyante qu'un chat envers celles et ceux qui veulent trop l'approcher, prend bien plus de plaisir à observer ce qui l'entoure plutôt qu'à créer des relations autres qu'avec ses amies... Et c'est pourtant au gré de ses observations qu'elle semble s'être éprise, sans trop mettre de nom sur ses sentiments, d'un homme n peu plus âgé qu'elle, sans doute un employé, qu'elle suit tous les matins pendant quelques minutes, amusée en regardant ses réactions face au livre qu'il lit, au point d'elle-même acheter ensuite le même livre pour anticiper ses réactions. Une "amourette impossible" assez légère, bien portée par cette héroïne un peu atypique que l'on prend beaucoup de plaisir à suivre à travers ses pensées/observations.

Quant à la dernière histoire, nommé "L'instant Godzilla", elle nous replonge dans l'histoire de Takako, mais depuis le point de vue de Hamamoto, cet adolescent pouvant paraître un peu rustre et lourd (avec nos yeux d'aujourd'hui, certaines de ses approches peuvent même être vues comme du harcèlement), et qui semble pourtant avoir un intérêt sincère pour la jeune fille, au point de négliger le club de rugby où il était l'un des éléments forts, d'aller observer Takako plus calmement à la bibliothèque, et de cherche à revoir ce sourire qu'elle lui a offert une seule fois par le passé et qui a contribué à la rendre fou d'elle. Le récit ne va pas chercher, l'issue est rapide, mais l'ensemble n'est pas déplaisant à suivre, surtout en le mettant en parallèle au chapitre précédent.

Dans l'ensemble, on a donc droit à un recueil sympathique, avec des histoires où Masako Yoshi joue sur différents créneaux avec un certains talent, tout en affinant/affirmant un petit peu plus son dessin, en lui offrant quelques petits partis pris ravissants, et en esquissant des thèmes un peu plus profonds qui sont sans doute les témoins de ses propres prises de maturité de l'époque.

Quant à l'édition française, hormis quelques coquilles un petit peu plus présentes dans les textes (mais jamais très gênantes) ayant échappé à la relecture, elle est dans les standards de Black Box: grand format sans jaquette mais avec rabats, d'impression convaincante sur un papier assez qualitatif malgré une transparence parfois prononcée, lettrage soigné de la part de Mathilda Rousseau, et traduction globalement appliquée et claire de Sébastien Descamps.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15 20
Note de la rédaction






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