Critique du volume manga
Publiée le Mercredi, 17 Décembre 2025
En guise de dernière nouveauté de leur collection Moonlight pour cette année 2025, les éditions Delcourt/Tonkam nous proposent de découvrir, depuis quelques jours, les deux tomes de la courte série Reprendre goût à la vie. Cette oeuvre a été conçue par l'artiste à l'origine de Monsieur Méchant va détruire la terre (après ses congés) et de La désastreuse histoire des jumeaux Stevenson, à savoir Yû Morikawa. Au Japon, elle a été prépubliée en 2018-2019 sur la plateforme Hug Pixiv sous le titre "Hiru to Yoru no Oishii Jikan" (littéralement "Délicieux de jour comme de nuit"), avant de paraître en version physique aux éditions Frontier Works.
On plonge ici dans une étonnante colocation, à savoir celle du lycéen Mahiru Asaoka avec une femme qu'il ne connaissait même il y a encore très peu de temps: Yoruko Kitagawa. Après avoir perdu sa mère alors qu'il n'avait que cinq ans, notre héros n'a jamais réussi à attirer l'attention de son père, toujours trop occupé par son travail, et ayant récemment fini par se remarier en partant vivre à l'étranger. Ayant refusé de suivre hors du Japon cet homme qui n'a de père que le nom, Mahiru a donc fini par "échouer" chez une connaissance de son paternel, romancière qu'il n'avait rencontrée auparavant. Ayant appris à se débrouiller tout seul au fil des années puisqu'il était délaissé par son père, Mahiru entreprend d'être une vraie petit fée du logis chez Yoruko, d'autant plus que celle-ci est plutôt très négligente. Il reste toutefois un hic: alors que le jeune garçon cuisine divinement bien, sa logeuse refuse catégoriquement tous ses repas: elle ne mange jamais, et n'ingurgite guère que du café, du tabac et des compléments alimentaires. Inquiet pour elle, Mahiru décide de persister quotidiennement avec ses bons petits plats, avec l'espoir de redonner de l'appétit à Yoruko, voire de comprendre pourquoi elle est comme ça...
Au vu du titre français de l'oeuvre, on comprend vite qu'il devrait être question ici de croquer la nouvelle existence à deux de deux personnages qui, malgré la différence d'âge et bien qu'ils ne se connaissaient pas du tout il y a encore très peu de temps, ont pour point commun d'avoir été tourmentés par un passé douloureux auxquels ils ont sûrement besoin de faire face pour repartir de l'avant. Ainsi, au vu de la triste situation initiale de Mahiru qui n'a jamais connu le bonheur d'un foyer familial soudé, on cerne vite ce que le jeune garçon pourrait trouver en Yoruko. Mais pour ça, il faudrait que la romancière lui ouvre un peu plus son coeur, ne serait-ce qu'en se confiant sur les raisons pour lesquelles elle ne mange plus... et tout ça, pour l'instant, on ne l'a pas du tout dans ce premier tome.
C'est sans doute le plus gros problème ici: au bout de ce volume qui nous fait déjà arriver à la moitié de la série, on n'est pas beaucoup plus avancé. Certes, la dernière page nous laisse penser à plus d'informations consistantes pour le tome 2, mais en attendant, ici on navigue un peu à vue, et surtout on bute sur le fait que tout paraisse un peu trop simpliste et rapide: Yoruko qui propose d'héberger cet adolescent qu'elle ne connaît pas, le père de Mahiru qui accepte sans trop se poser de questions alors que ça faisait longtemps qu'il ne voyait plus Yoruko, Mahiru qui s'attache excessivement vite à cette femme qu'il n'avait jamais vue... sans oublier les éventuelles complications qui pourraient survenir dans une telle situation où une femme trop négligée (rien qu'à sa première rencontre avec Mahiru, elle est très légèrement vêtue) se retrouve à vivre avec un ado bien plus jeune qu'elle. En fait, les personnages donnent un peu trop l'impression de ne pas beaucoup réfléchir à leur situation...
Quant au côté culinaire qui était une des belles promesses du pitch de départ, pour l'instant il est basique. On voit bien défiler quelques petits plats qui ont l'air savoureux, mais il ne faut pour l'instant pas compter sur plus que ça. On se rattache alors à une simple constatation: dans les faits, la lecture défile toute seule, portée par un dessin assez clair et agréable et par les bonnes bouilles d'un Mahiru qui, malgré ses douleurs, dégage régulièrement quelque chose d'assez lumineux et attachant.
A l'arrivée, on a un premier tome qui n'est pas déplaisant à lire, mais qui manque trop de consistance pour vraiment interpeller et passionner. Tout porte néanmoins à croire que le volume 2 sera plus généreux de ce côté-là, donc espérons ne pas être déçus !
Côté édition française, enfin, on a une copie très correcte: la jaquette adapte joliment l'originale japonaise avec notamment un logo-titre propre et un vernis sélectif, le papier est souple et suffisamment opaque, l'impression est satisfaisante, la traduction d'Essia Mokdad est assez claire, et le lettrage du Studio Charon est très soigné.
10/12/2025