Renard et le Petit Tanuki (le) Vol.1 - Actualité manga

Renard et le Petit Tanuki (le) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 05 November 2020

En 2016, les éditions Ki-oon nous invitaient à découvrir l'artiste Mi Tagawa avec son tout premier manga, Père & Fils. Forte d'un dessin léché, d'une atmosphère de Japon légèrement ancien réussie, et de la beauté de sa relation familiale, l'oeuvre avait facilement su nous conquérir, jusqu'à sa conclusion au 8e opus en octobre 2018. Depuis, on espérait fortement revoir cette artiste dans nos langue, et c'est désormais chose faite avec l'arrivée ce mois-ci, toujours chez Ki-oon, de la dernière série en date de Tagawa, Le Renard et le petit Tanuki ! De son nom original Korisenman, cette oeuvre suit son cours au Japon depuis 2018 dans le magazine Comic Avarus des éditions Mag Garden (le magazine de Ken'en - Comme chien et singe, Alice au Royaume de Coeur...), et elle compte actuellement 3 volumes.

Une nouvelle fois, Mi Tagawa nous immisce ici dans un Japon aux allures un peu anciennes/traditionnelles, mais délaisse l'herboristerie et le côté road trip de Père & Fils pour plutôt nous plonger dans une fable animalière sur fond de divinités nippones shintoïstes. Dans ce monde, les métamorphes, animaux à pouvoirs et souvent aptes à se transformer, sont au service des divinités quand ils ne sont pas errants. Il y a bien longtemps, Senzo, un métamorphe renard noir de son état, utilisait sa grande puissance pour semer la terreur et se moquer des dieux, jusqu'au jour où la divinité du soleil Amaterasu et ses congénères en eurent assez et, sous le coup de la colère, plongèrent le renard noir dans un sommeil multi-séculaire. 300 ans plus tard, voici que le caractériel et rebelle animal est enfin réveillé... car Amaterasu a une mission à lui proposer, ou, plutôt, à lui imposer: pour faire acte de rédemption, il devra veiller sur Manpachi, un tout jeune tanuki, afin d'en faire un parfait serviteur de la divinité du soleil...

La mission ne s'annonce clairement pas facile, non seulement car l'adorable Manpachi a tout à découvrir avec une innocence mêlée de maladresse et d'insouciance, mais aussi parce qu'un collier spécial prive Senzo de sa puissance destructrice afin qu'il n'en profite pas pour se rebeller. Et tout en devant composer avec la surveillance d'autres animaux, ce duo mal assorti devra accomplir certaines missions comme aider un esprit du logis, et se méfier de certaines créature malintentionnées...

A l'instar de Père & Fils, Tagawa nous refait le coup du duo pas très bien assorti, mais y a apporte évidemment suffisamment de différence, de par le fait qu'on a ici des animaux bien sûr, mais également à travers leur absence de lien familial et, surtout, des caractères bien différents. Ainsi, si le côté enfantin totalement chou de Mankichi rappelle quand même un peu l'adorable petit garçon Shiro de Père & Fils, il en est tout autre pour Senzo, renard au sale caractère qui ne se privera pas forcément pour dire ce qu'il pense au petit tanuki. L'apprivoisement mutuel sera sans nul doute l'une des clés de voûte de ce récit, tant les deux héros animaliers devraient avoir à apprendre l'un de l'autre, Mankichi pour peut-être devenir un parfait serviteur de la divinité du soleil, et Senzo pour s'ouvrir plus. La découverte de l'autre se ressent déjà par bribes, tant on cerne déjà en Mankichi un petit animal candide et joyeux alors que sa famille l'a rejeté à cause de sa différence, et en Senzo un renard sans doute bien moins méchant que meurtri, le contact avec le tanuki semblant déjà réveiller en lui de bien douloureux souvenirs du passé qui l'on, sans aucun doute, conduit à l'animal rebelle et provocateur qu'il était 3 siècles auparavant. Alors à l'instar de Senzo, Mankichi, en prenant conscience de ce qui l'entoure et du rejet de sa famille entre autres, va-t-il se mettre à détester ce monde, maudire son destin et se révolter comme le fit le renard noir ? Ou, au contraire, est-ce Senzo qui s'adoucira et reverra sa vision des choses au contact de l'attachant tanuki ?

Le parcours de ces deux-là ensemble promet donc d'être joli et plaisant, d'autant qu'autour d'eux viennent se greffer d'autres figures prometteuses. On pense à Koyuki, ravissante et élégante renarde blanche au service de la divinité Inari et désignée tutrice. Au loup Mikumo et au chien Tachibana qui surveillent nos héros dans l'ombre. Ou encore à l'orgueilleux coq Kokei représentant Amaterasu. par ailleurs, on appréciera différents aspects se référençant doucement à la mythologie ou à des croyances populaires, comme la présence du coq en tant que serviteur d'Amaterasu (celui-ci ayant joué un grand rôle lors de la retraite d'Amaterasu dans la mythologie, le mets préféré d'Inari, la croyance voulant que les tanukis sont des créatures insouciantes, étourdies et peu dégourdies...

Enfin, visuellement, retrouver le dessin léché de Tagawa est un plaisir qui accompagne très bien ce récit. En particulier, l'autrice a imaginé des designs très animaliers et plutôt réalistes sur ce plan, à ceci près qu'elle leur a conféré une expressivité plus humaine, donnant lieu à des bouilles craquantes à souhait en Mankichi par exemple, ou à des frimousses plus amusantes (Tachibana est exceptionnel, avec sa bonne bouille de gros toutou et sa langue qui dépasse toujours). L'ensemble dégage beaucoup de clarté et une universalité pouvant plaire à tous les publics.

Bref, Le Renard et le petit Tanuki tient ses promesses. Si le fond n'est pas nouveau, Mi Tagawa a une manière bien à elle de l'aborder pour offrir un récit craquant et attachant, porté par son univers animalier aux connotations divines et mythologiques et par des visuels impeccables dans leur genre. On suivra avec grand plaisir cette nouvelle oeuvre universelle après ces débuts emballants !

Classée dans la collection Kizuna de Ki-oon (ce qui est on ne peut plus logique), la série profite d'une édition de qualité, en particulier pour la traduction de Géraldine Oudin. Habituée à ce genre d'oeuvre, celle-ci colle bien, dans ses textes, au caractère des différents personnages, et propose un travail animé, emballant et adapté à toutes les tranches d'âge, d'autant plus que quelques notes de traduction concises sont là quand il le faut pour expliquer certains détails. A part ça, la première page en couleurs est très belle, le papier et l'impression sont de qualité, le lettrage est convaincant, et la jaquette est bien dans le ton avec son illustration et son logo-titre proches de l'originale japonaise.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.25 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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