Princesse et la Bête (la) Vol.1 - Actualité manga

Princesse et la Bête (la) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 21 June 2018

En ce mois de juin, Pika Edition accueille le premier titre de sa collection Purple Shine, l'une des nouvelles collections de la refonte "Shôjo Addict". Prépubliée depuis 2015 dans le magazine Hana to Yume de l’éditeur japonais Hakusensha sous le titre Niehime to Kemono no Ou, cette série est la première oeuvre publiée en France de Yu Tomofuji, une mangaka exerçant depuis le début des années 2010.

Nous voici plongés dans un monde où l'univers des humains côtoie celui des bêtes et démons. Vivant dans un monde à l'air impur, ces derniers, autrefois, dévoraient les humains et les dominaient. Mais depuis la fin d'une guerre sans merci, l'un des précédents rois-démons a accepté de déclarer l'armistice... à une seule condition: que régulièrement leur soit apportée une jeune fille humaine en sacrifice.
Salifie, une jeune humaine, arrive à son tour dans ce monde, en tant que futur 99e sacrifice. Forcément, elle devrait être effrayée par sa future mort et par les créatures qui l'entourent. Pourtant, elle ne ressent aucune crainte face à sa future disparition, et n'affiche par la moindre peur face au roi, pourtant destiné à la dévorer le soir du sacrifice. La raison ? Depuis sa plus tendre enfance, la jeune fille n'a jamais été réellement aimée, et a été élevée par de faux-parents uniquement en vue d'être sacrifiée un jour. Sa vie n'avait aucune valeur pour eux, elle en a gardé des séquelles, comme une sorte de résignation... et dans les yeux du roi des démons, au-delà de son apparence bestiale, elle voit bien plus d'humanité que dans ceux qui l'ont élevée. Et elle ne se trompait pas: marqué par le comportement de cette jeune humaine qui n'a pas peur de lui et ne le juge même pas, le roi commence à dévoiler sa vraie nature, le secret qu'il prend soin de cacher concernant les soi-disant sacrifices... Mais à l'heure où Salifie pourrait s'enfuir de ce monde à l'air vicié, elle ne le souhaite aucunement: elle n'a plus nulle part où aller dans le monde des humains, et se sent bien mieux auprès de ce roi dont elle cerne la bonté. C'est alors décidé: le roi, renommé affectueusement "Leonhart" ou "Leo" par Salifie, souhaite prendre pour future épouse cette jeune humaine. Une belle légende s'apprête à démarrer, mais elle sera ponctuée de nombreux dangers, car rares sont les personnes pouvant accepter qu'une le roi des démons épouse une humaine...

L'introduction de la série peut d'abord paraître très rapide, avec l'arrivée dès les premières pages de Salifie dans le monde des démons en tant que sacrifice, sans que l'on connaisse vraiment son parcours. Heureusement, cette idée se révèle finalement payante, en laissant mieux découvrir les deux personnages centraux en même temps. Tandis que l'on découvre assez vite l'enfance funeste de Salifie qui explique son caractère, on cerne également assez vite que "Leo" est un roi bon, pensant avant tout à son peuple sous ses abords parfois agressifs. Très vite, il pourra s'apaiser, s'attendrir devant notre jeune héroïne, qui l'aborde sans partis pris, sans arrières-pensées contrairement à tant d'autres, et il se noue très vite entre eux d'eux une relation assez tendre qui passe par plein de jolis petits moments où ils se découvrent un peu plus. Yu Tomofuji sait vraiment très bien poser les bases de ce lien assez fort, où le démon et l'humaine parviennent à s'apprécier, à s'observer et à se comprendre sans préjugés.

A travers Salifie qui a tout à apprendre sur ce nouveau monde qui s'ouvre à elle, l'occasion nous est donnée de cerner, petit à petit, le monde de la série. La condition du roi, tout d'abord, est loin de faire l'unanimité: lui veut préserver la paix, avant tout pour éviter à son peuple de souffrir dans une nouvelle guerre, mais face à lui il reste de nombreux rebelles partisans de la guerre, et nul doute que cet élément aura son utilité plus tard. En dehors de ça, Salifie a à coeur de se renseigner sur ce monde: le royaume d'Ozmalg sur lequel "Leo" règne, les nuages de miasmes ne disparaissant que lors des nuits de sacrifices et empêchant à toute fleur de pousser dans ce monde, l'air vicié toxique pour les humains si rien n'est fait, l'invocation de familiers et de créatures sacrées... La jeune fille, toujours désireuse d'en observer plus, pourra même, en cachant sa nature humaine, aller voir de plus près la ville, ses marchands, le comportement des habitants, et se rendra vite compte qu'entre humains et démons, il n'y a peut-être pas tant de différences dans la manière de vivre.

Et pourtant, tout au long du volume, Salifie ne cessera de se confronter aux limites de sa nouvelle vie et à de nombreux dangers, à commencer par son statut d'humaine. Tant qu'on en sait pas qu'elle est humaine, les habitants de la ville sont très gentils avec elle, et elle le leur rend bien, mais dès que sa nature est dévoilée tous changent radicalement de comportement, ce qui montre sans doute que l'ancienne guerre contre les humains les a assombris, a créé une haine nourrie de préjugés (ce qui est tout autant le cas pour les humains vis-à-vis des bêtes et démons). Alors vous pensez bien que quand le roi déclare vouloir prendre Salafie pour épouse, c'est la consternation autour de lui ! Beaucoup y sont clairement opposés. Pensez-vous: une humaine, qui plus est sans lignée... Mais il ne s'agit pas du seul problème: il y a les manigances de hauts placés qui aimeraient se mettre dans les petits papiers du roi, les jalousies de potentielles concubines dont le roi ne veut pas, les possibilités d'alliance via un mariage qui seraient alors compromises... ou, tout simplement, l'aspect toxique de l'air de ce monde, qui tuerait Salafie à petit feu si rien n'est fait. Tout au long du volume, la mangaka installe ainsi, avec efficacité et clarté, pas mal de pistes qui devraient sans nul doute beaucoup animer la série sur la longueur.

Le trait de Tomofuji est particulièrement agréable, en étant d'abord porté par le physique soigné de Léo et l'aspect adorable de la jeune Salafie. Les décors sont présents quand il le faut, les trames appuient souvent très bien les choses, et Tomofuji se fait surtout plaisir dans les designs des nombreux êtres qui apparaissent déjà. On pourra citer Anubis, le chancelier très strict et voyant Salafie d'un mauvais oeil, dont la dégaine rappelle évidemment la divinité égyptienne, ou alors Cyc et Lope, les deux amusants tout petits compagnons de Salafie, deux petits boules noires dont l'un a juste une grande bouche (car il est très bavard) et l'autre juste un grand oeil (qui lui permet quand même d'exprimer beaucoup de choses). Le seul petit regret dans tout ça, c'est d'avoir une nouvelle fois un récit où, tout compte fait, le roi peut adopter une apparence humaine, ce qui sur la longueur pourrait atténuer le propos. Mais pour l'instant nous en sommes très loin, la mangaka n'exploitant quasiment pas cet élément pour le moment.

L'édition française s'avère agréable à prendre en mains, avec une qualité de papier et d'impression honnête. La traduction de Nathalie Lejeune et très claire et s'adapte bien aux différents types de langage des personnages (par exemple, Anubis à une façon de parler un peu plus soutenue), et le travail d'adaptation graphique de Catherine Bouvier de B.L.A.C.K Studio est impeccable. La jaquette du tome est toutefois un peu kitsch avec son fond bleu nuageux.

Entre la relation belle et assez tendre qui s'installe entre deux héros désireux de se comprendre et de dépasser les préjugés de leur peuple, la mise en place d'un monde fantastique intéressant, et les déjà nombreuses hostilités qui s'installent autour de Salafie et du roi, La Princesse et la Bête s'offre une très bonne entrée en matière, qui augure du meilleur pour la suite.

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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