Pop Team Epic Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 16 October 2020

Lancée cet été avec Pinsaro Sniper et Les rives rouges de l'adultère, tandis qu'arriveront bientôt également les séries Brisée par ton amour... et Jk Haru - Sex Worker in Another World, la jeune collection Daitan! des éditions Meian semble surtout avoir un penchant pour les titres adultes, borderline, à tendance érotique. Mais la collection ne semble heureusement pas devoir se limiter à ça puisque, en cette mi-octobre, elle a accueilli ce qui s'annonce comme l'un des plus gros OVNI de ces dernières années: Pop Team Epic !

Si ce nom vous dit quelque chose, ce ne serait pas étonnant, puisqu'en 2018 l'adaptation animée, diffusée en simulcast en France sur Crunchyroll avant de sortir physiquement chez @Anime, a su s'attirer la sympathie d'un petit paquet de spectateurs en donnant lieu à nombre de mèmes. Mais à l'origine, il s'agit donc d'un manga en cours au Japon depuis août 2014 dans le magazine Manga Life Win des éditions Takeshobo, que l'on doit à Bkub Okawa (un hyperactif de la comédie barrée depuis 2007, avec un paquet de mangas souvent courts à son actif), et qui compte actuellement 3 volumes (oui, l'auteur n'est pas un rapide, mais c'est sûrement le prix à payer pour avoir de la bonne connerie).

Le concept de l'oeuvre est on ne peut plus simple: il s'agit d'un Yonkoma (ou 4-koma), format de manga typique du Japon et constitué de strips humoristiques verticaux en 4 cases. Dans la série de Bkub Okawa, on suit les aventures de Popuko et Pipimi, deux filles aux allures d'adolescentes, dans une histoire racontant... euh... ben... Rien ? Vu qu'il n'y a pas d'histoire, en fait. La première est petite avec des couettes, suit pas mal les effets de mode, mais a tendance à vite s'emporter et à devenir un peu (beaucoup) bourrine et incontrôlable, tandis que la deuxième, grande brune avec un noeud papillon dans les cheveux, se veut un peu plus réfléchie mais tend à vite partir en vrille elle aussi. Ensemble, elles traversent, stip après strip, un océan de n'importe quoi, au gré de très courtes (4 cases, quoi) petites scènes n'ayant pas d'autre but que de partir en vrille.

Bien souvent dans ce premier volume d'environ 110 pages (eh oui, les comédies de ce genre sont souvent assez courte en nombre de pages), les choses partent d'un petit événement tout à fait anodin, mais c'est pour mieux partir en vrille dès la deuxième case et aller toujours plus loin dans les deux dernières ! Et ce qu'il faut retenir ici, c'est que le maître mot est "absurde": ne cherchez aucune logique dans ce qui se passe, car il n'y en a jamais. En revanche, cela n'empêche aucunement Bkub Okawa de jouer sur des créneaux assez variés, où le grotesque peut laisser la place au décalé, à l'illogique ou au bourrin, et où nombre de choses se côtoient: de nombreux clins d'oeil plus ou moins évidents à la culture pop dans son ensemble (mangas, animes, jeux vidéos, films...), de gros moments de méta où nos héroïne sont conscience d'être dans un manga, quelques sous-sous-niveaux de lecture, des délires autour de superhéros et divinités débiles... et, peut-être plus encore, des effets de mode de nos générations qui se voient gentiment parodiés, moqués, tournés en ridicule: les free hugs, les mots à la mode, les vidéos à la noix de Youtube, les justice warriors de twitter, les selfies, les incrustes à la télé, les pseudos spécialistes des chaînes d'infos... De fil en aiguille, pas grand chose n'échappe à l'esprit dérangé de Bkub Okawa.

Et visuellement, l'auteur appuie le tout avec un trait simple et faussement mignon, où les bouilles de nos deux héroïnes restent souvent les mêmes hormis quelques petites variantes propices aux mèmes (quand Popuko pète des câbles, quand nos héroïnes bavent...), le mieux étant que l'auteur n'hésite pas de temps à autre à tourner en dérision son propre coup de crayon en le dénigrant.

Enfin, signalons une chose appréciable: entre le manga et l'anime, il y a de sacrées différences, les gags entre les deux étant assez rarement communs, et certaines séquences (comme le "Japon Mignon") ayant été inventées pour l'anime. Ainsi, les deux supports ont beau jouer sur les mêmes créneaux d'humour sans queue ni tête, ils ne se ressemblent pas tant que ça !

L'autre bon point à souligner concerne la traduction française de Jean-Baptiste Bondis. Avec son humour allant très loin dans le n'importe quoi, ses sous-niveaux et ses références typiquement nippones, traduire Pop Team Epic en français était forcément casse-gueule par moments, mais le traducteur s'en tire on ne peut plus honnêtement. Forcément, certains jeux de mots restent intraduisibles, mais dans ces cas-là il y a un certain travail d'adaptation, où l'on cerne tantôt de gros changements, tantôt des tentatives de jeux mots volontairement moisis. Mais dans tous les cas, l'esprit de Pop Team Epic et de ses deux héroïnes est parfaitement respecté.

En somme, le manga de Pop Team Epic est, à l'image de l'anime, l'OVNI que l'on attendait, et c'est tant mieux ! L'humour tout à fait particulier de l'oeuvre fait que tout le monde n'accrochera pas (d'autant que ce qui nous touche en humour varie énormément d'une personne à l'autre), mais le tri proposé par Bkub Okawa est concrètement généreux et efficace dans son genre, tout en ne ressemblant à rien d'autre et en étant suffisamment différent de son adaptation animée. Une véritable curiosité à essayer !
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.5 20
Note de la rédaction






MN Actus
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