Pil

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 02 May 2013

Fortes du succès de Thermae Romae, les éditions Casterman semblent bien parties pour imposer Mari Yamazaki comme l'une des nouvelles vedettes de leur catalogue. Avec une parution dans la collection écritures, un bandeau mettant en avant une citation élogieuse de Jiro Taniguchi, et une préface de ce même Taniguchi, Pil va clairement dans cette direction.

Pil, c'est l'histoire de Nanami Hatano, lycéenne vivant seule avec son grand-père Tokushirô en l'absence de sa mère dans le Tokyo des années 80. Bien qu'élève dans un prestigieux lycée chrétien pour filles de bonne famille, Nanami a du mal à joindre les deux bouts financièrement, et pour cela ne peut guère compter sur son aïeul, incapable de gérer convenablement l'argent et le dépensant sans cesse à tort et à travers pour des raisons farfelues.
Face à la situation, Nanami, très énergique, s'élève et s'impose, bien décidée à gagner de l'argent en secret du lycée, et portée par son amour grandissant pour l'Angleterre et le mouvement musical qui s'y élève alors : le punk, courant inventé par la travailleuse classe ouvrière.

"Regarde ces gens ! Ils n'ont ni crête ni ceinture cloutée... Mais ce sont leurs semblables, des ouvriers, qui ont donné naissance à l'esprit punk !"

Pil, nom tiré d'un célèbre groupe de Punk (Public Image Limited, groupe fondé par John Lydon, chanteur des Sex Pistols, après la dissolution des Pistols et la mort de Sid Vicious), propose une chronique énergique et un choc des générations, le tout sur fond de punk.
D'un côté, l'aïeul Tokushirô, dépensier comme pas deux, beaucoup trop naïf au point de tomber dans tous les pièges, et ayant une vision de la scolarité que ne partage pas forcément sa petite-fille. De l'autre côté, Nanami, 16 ans, en pleine révolution intérieure, se sentant étouffée par un lycée qui tente de la faire entrer dans le moule, et trouvant une véritable échappatoire dans la musique punk, dans son côté contestataire et dans ses origines ouvrières mettant en avant la valeur du vrai travail.

Entre la jeune fille et le vieil homme, c'est donc toujours un peu la tension, au fil de 5 chapitres plus ou moins indépendants qui font toutefois évoluer chacun des deux, par bribes. Dans l'un, il s'agira pour Nanami de se confronter au monde du travail en ramassant des vieux journaux. Dans un autre, elle devra mettre de côté un amour naissant pour distinguer le vrai punk du faux punk. Dans un autre encore, c'est Tokushirô qui devra éviter de tomber dans le piège d'une vendeuse peu scrupuleuse... De fil en aiguille, les différences entre Nanami et son grand-père nous apparaissent, mais c'est encore plus leur relation soudée qui est mise en avant, car malgré leurs conflits réguliers, ils possèdent tous deux un côté fantasque et un lien étroit avec l'Angleterre (Tokushirô y a vécu) qui les rapprochent en créant une alchimie et une véritable affection qui surpasse tout. Il ne sera donc pas rare de voir l'aïeul s'inquiéter pour sa petite-fille, et vice versa.

Le trait de Mari Yamazaki est assez proche de ce qu'elle fait sur Thermae Romae, peut-être un peu plus relâché, mais efficace quand il s'agit de faire passer les émotions (le grand-père a beau avoir ses yeux souvent cachés par ses lunettes, ses sourcils et sa bouche en disent long), côté décors c'est pauvre mais ça a le mérite d'éclaircir les pages pour faire ressortir les protagonistes ou les quelques dialogues de musique punk qui apparaissent par-ci par-là. Quant au côté fantasque et excentrique de nos deux héros, il apporte évidemment un certain dynamisme teinté d'humour, qui ne manque pas de les rendre plutôt attachants et authentiques.

Finalement, le principal problème de Pil vient de son format assez court, fait de 5 chapitres pas toujours étroitement liés, même s'il y a une évolution logique. Certains rebondissements sont un peu gros, amenés à la va-vite (la toute fin, notamment), les personnages secondaires restent un peu trop discrets pour vraiment marquer (c'est notamment le cas de Sasa ou du jardinier, dont les évolutions sont présentées de façon très sommaire), et, surtout, on pouvait peut-être s'attendre à une plus forte présence du punk, souvent évoqué, parfois de façon enrichissante (les origines ouvrières du courant), mais de manière globalement superficielle, sans que ça ne soit approfondi.

Il faut donc réellement voir Pil comme une chronique quotidienne sur fond de punk, plutôt légère et sans grande prétention, un peu lisse, mais qui a quelque chose de réellement authentique. Une authenticité qui se ressent sans doute grâce à deux héros sympathiques et à l'aspect en partie autobiographique de l'oeuvre, comme l'avoue Mari Yamazaki elle-même dans sa postface. Une lecture pas transcendante mais on ne peut plus sympathique... à lire sur un fond de Public Image Limited, bien entendu.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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