Ombre de Shanghai (l') Vol.1

Le retour du fils

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 26 November 2014

Continuant de faire un pont entre culture chinoise et culture française, les éditions Fei nous proposent de découvrir une nouvelle collaboration franco-chinoise où l'on retrouve au scénario Patick Marty, qui a déjà officié sur le Juge Bao et la Balade de Yaya. Il s'associe ici au coscénariste Williams Crépin et à la dessinatrice chinoise Li Lu pour nous plonger dans une époque qui le fascine particulièrement, la Chine des années 1930.


L'Ombre de Shanghai, c'est l'histoire d'une amitié qui a l'air brisée. Elevée depuis l'enfance par les époux Cartier, riche famille française vivant dans les quartiers de luxe de Shanghai, Lila est une jeune Chinoise qui, depuis plusieurs années, attend le retour au Pays de Gaspard, son frère d'adoption et ami d'enfance, parti il y a longtemps en France pour des raisons de santé, et devant enfin faire son retour. Quand les retrouvailles ont enfin lieu, Gaspard est devenu un jeune homme certes beau, mais étonnamment froid avec Lila. Malgré leur promesse d'enfance de se retrouver un jour, Lila ne peut qu'être déçue : celui qu'elle adore est devenu un garçon odieux, refusant de s'intéresser à une vulgaire "chinetoque", et préférant largement plus fricoter avec Clara Von Herling, belle jeune fille riche rencontrée sur le bateau du retour et future camarade de classe de Gaspard dans sa nouvelle école.


Pour Lila, le dur retour à la réalité ne s'arrête pas là. Remarquant les talents de sa fille adoptive, Eva Cartier décide de tout faire pour l'inscrire dans la même école que Gaspard, école pourtant censée être réservée aux Occidentaux. Et les premiers pas de la jeune fille dans cet établissement seront difficiles : observée d'un mauvais oeil par la plupart des jeunes occidentaux, elle est même sévèrement prise à partie par Clara qui ne supporte pas qu'on lui fasse de l'ombre, puis par Dino, gorille faisant les yeux doux à Clara, le tout sans que Gaspard réagisse...


Lila va de déception en déception, mais au bout du chemin, le bonheur lui reviendra peut-être ? C'est ce que laisse penser un étrange événement : une ombre mystérieuse qui, depuis peu, s'immisce en elle pour la protéger dès qu'elle est en danger, tel un ange gardien...


Dans le fond, L'ombre de Shanghai n'offre pas de surprise : on nage en plein récit adolescent, avec ce que ça implique de tourments amoureux et de manigances scolaires, entre l'amour (?) transi de Lila, le triangle voire carré amoureux qui se dessine entre elle, Gaspard, Clara et Dino, et les coups durs que la jeune Chinoise doit affronter. Evidemment, Lila est un symbole de pureté et de gentillesse, là où Carla et Dino, derrière leurs belles apparences, s'avèrent être une peste hautaine pour la première, et une brute pour le deuxième. Au fil des 80 pages qui composent ce premier tome, i ly a néanmoins suffisamment d'éléments intrigants pour se laisser emballer. Les personnages ont beau être des stéréotypes, ils sont bien mis en place et bien campés. On découvre avec intérêt es origines de l'adoption de Lila par les Cartier, ou encore la jalousie qui semble avoir rongé un Gaspard seul en France face à la maladie. On se demande forcément si cette jalousie apparente est la seule raison qui l'a tant fait changer, tout comme on a envie de découvrir la nature de l'ombre protégeant Lila, qui apporte au récit une petite touche fantastique bienvenue.


Classique, mais plutôt efficace, le récit semble surtout être un prétexte pour nous immerger dans un lieu précis à une époque souvent méconnue chez nous : le Shanghai des années 1930, en plein foisonnement culturel. A l'époque, celle que l'on nomme la "Perle d'Asie" rivalise avec les plus grandes villes occidentales, attirant à elle des commerces de choix, des lieux de culture et des personnalités reconnues autant que des tripots, des mafias et hommes d'affaires douteux (Mr Li dans la série), puis se développant suffisamment pour attirer nombre d'étrangers vivant près des quartiers historiques, dans la concession française et la concession internationale. Regroupant les familles étrangères les plus aisées, la concession française est vue comme un endroit calme où tous aimeraient habiter, et où l'on trouve des Français tels les Cartier, des Allemands comme Clara, ou des Italiens à l'image de Dino. A deux pas de là, pourtant le petit peuple tente de survivre comme il le peut, quitte à faire dans le petit banditisme, à l'instar de Feng, l'homme qui s'occuper de Lila avant son adoption par les Cartier.


C'est donc dans un milieu très éclectique que vont évoluer les personnages, dont une Lila, petite Chinoise prise dans un contexte raciste.


L'immersion dans ce Shanghaï des années 1930 est parfaitement servi par les dessins de Li Lu, qui, avec précision et en usant d'une belle palette de couleurs variées et non agressives, croque avec détail les rues, les bâtiments, les intérieurs et les vêtements de l'époque, qui sont autant de témoins de cette ville en deux temps, partagés entre son essor international et son Histoire où les traditions croisent les croyances magiques, entre ses nouveaux habitants aisés et son peuple plus pauvre cherchant à survivre.


Sur un fond pourtant classique, voire banal, le voyage dans l'espace et le temps que nous offrent les trois auteurs commence de belle manière.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14 20
Note de la rédaction






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