Oisillon sur le rivage (un) - Actualité manga

Oisillon sur le rivage (un)

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 24 April 2019

Egalement connue sous le nom Yu Minazuki, Yuu Minaduki est une artiste qui a déjà une assez longue carrière derrière elle : après avoir débuté sa carrière en 2005 en étant illustratrice de light novels boy's love, elle s'est lancée dans le manga, exclusivement dans le genre du BL, à partir de 2008. Elle a ensuite signé plus d'une quinzaine d'oeuvres, et on avait pu d'abord en découvrir une aux éditions Taifu Comics en 2001 avec Lost Memories. Depuis, l'autrice était absente des rayons français, mais en novembre 2018 les éditions Boy's Love otn décidé de changer un peu la donne avec la publication de l'une de ses oeuvres les plus récentes, Hinadori wa Shiokaze ni Madoromu. Prépubliée en 2017-2018 dans le magazine Chara des éditions Tokuma Shoten, cette oeuvre en 7 chapitres (plus un épilogue, pour un total d'environ 240 pages) est proposée chez nous sous le titre Un oisillon sur le rivage.

Yûichi, jeune homme de 28 ans, a récemment perdu dans un accident de voiture ses parents et sa soeur, et cette dernière a laissé derrière elle Ayumu, son fils unique, un petit garçon qui n'avait déjà pas de père. Ne pouvant laisser seul ce neveu qui n'a désormais plus que lui, Yûichi a choisi de le prendre en charge, et de déménager dans une ville côtière pour se lancer dans une nouvelle vie, quitte à prendre un nouveau travail qui ne lui plaît pas forcément totalement. Entre ce boulot qui lui prend du temps et le besoin de s'occuper du petit garçon introverti, Yûichi a un peu de mal à s'adapter, d'autant qu'il n'imaginait pas que s'occuper d'un enfant pouvait être si complexe, et qu'il n'a pas toujours le temps de cuisiner comme il faut. Mais heureusement, le jeune homme se lie vite d'amitié avec Ryo, gérant d'une épicerie fine qui prépare de très bons petits plats. Très gentil, Ryo facilite un peu la vie de Yûichi et Ayumu, bâtit un lien fort avec eux. Mais son amitié semble bien intéressée, et ce beau et mystérieux épicier semble lui-me^me cacher au fond de son coeur une profonde douleur...

Un oisillon sur le rivage, c'est l'histoire de trois âmes endolories, chacune à sa manière. Il y a bien sûr Yûichi et Ayumu, tous deux encore marqués par la disparition de leurs proches, mais qui font des efforts pour avancer dans la vie. Ainsi Yûichi s'applique-t-il comme il peut pour s'occuper d'Ayumu, petit garçon qui représenté désormais tout pour lui. Ayumu, lui, apparaît bien introverti, on devine facilement que cela est dû à la perte soudaine de ses parents et au changement de vie qui en a découlé, si bien que l'on cerne de façon touchante, sans que l'autrice ait besoin de trop en faire, un petit garçon un peu perdu et qui ne peut que se raccrocher à son oncle qui a choisi de le prendre en charge. Mais la situation est parfois difficile, notamment car Yûichi ne sait pas toujours quoi faire exactement dans son rôle de "parent" et pour redonner le sourire à son neveu, mais aussi parce que cerner ce que cet enfant ressent au fond de lui n'est pas toujours facile. Heureusement, au fil du récit, tous deux apprendront à mieux communiquer l'un envers l'autre ce qu'ils ressentent, témoignant de toute l'affection qu'ils ont l'un pour l'autre, et sur ce point la mangaka fait vraiment de très jolies choses, en nous touchant facilement dans sa manière dépeindre assez sobrement et délicatement deux personnages assez réalistes, qu'elle nous laisse le temps de découvrir et de comprendre. Mais tous deux ne seraient sans doute pas dans une si belle évolution s'il n'y avait pas eu à leurs côtés Ryo, qui va réellement prendre de l'importance pour chacun des deux. Rapidement, la relation de l'épicier avec Yûichi prend une tournure assez prévisible mais bien menée car rien n'y est brusqué: tandis que Ryo se montre d'emblée intéressé et affirme sa bisexualité, Yûichi, lui, ne s'imagine d'abord aucunement avec un homme, semble même plus intéressé par une autre mère de famille monoparentale, mais au fil du temps l'épicier risque fort de la conquérir naturellement. Mais Ryo est surtout intéressant dans son rapport avec le petit Ayumu, car c'est surtout à travers l'enfant qu'il va lui-même se révéler et dévoiler son passé tourmenté. Car Ryo semble se reconnaître beaucoup en Ayumu pour certaines raisons... Et se dévoile alors pour l'épicier un background assez efficace, peut-être un peu rapide sur certains points, mais suffisant.

Si le titre de l'oeuvre fait référence à un rivage, ce n'est pas pour rien, car la cote, le bord de mer, a une grande importance dans le récit. Nos héros y passeront pas mal de temps, notamment Ryo et Ayumu, et Yuu Minaduki y installe une jolie petite symbolique assez poétique autour des bris de verre que l'on y trouve. Car les trois héros sont un peu comme ces bris de verre rejetés par la mer, rejetés par leurs proches: à force d'être ballottés par les vagues, par les événements, ils pourraient bien se polir jusqu'à s'adoucir et devenir de véritables trésors l'un pour l'autre.

Le trait de la dessinatrice est soigné, précis, sobre et assez élégant. Les visages sont fins, on y cerne des expressions faciales exprimant assez bien le ressenti des protagonistes. Le découpage assez classique accompagne très bien le récit, et les décors sont présents quand il le faut afin d'entretenir l'atmosphère global, qui vogue entre mélancolie et douceur.

On aurait bien suivi encore un peu plus cet attachant trio sur certains points, mais en dehors de ça Yuu Minaduki nous offre là une très belle histoire, facilement touchante et très appliquée. L'édition française est, par ailleurs, agréable à prendre en mains grâce à son papier souple et assez épais, à sa bonne impression, à sa traduction soignée et à sa première page en couleur.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.5 20
Note de la rédaction






MN Actus
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