Oiseau de Shangri-La (l') Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 24 January 2020

En ce début d'année 2020, la talentueuse Ranmaru Zariya revient dans la collection Hana des éditions Boy's Love avec ce qui est sa dernière série en date: L'oiseau de Shangri-la, alias Shangri La no Tori en vo. Lancée en octobre 2017 dans le magazine Canna des éditions Printemps Shuppan et comptant actuellement deux volumes, cette oeuvre nous immisce en profondeur dans une maison close pas comme les autres.

Cette maison close, c'est le Shangri-la. Bâtie par un riche patron sur une île qu'au vu des quelques petits indices on a envie de situer non loin des USA, et où l'on accède en ferry, elle offre un cadre paradisiaque à ses prostitués, uniquement masculins, que le patron appelle affectueusement ses "oiseaux". Ici, pas question de laisser les prostitués sombrer dans la déprime, bien au contraire, le patron ayant imposé des règles strictes pour leur bonheur. Les employés sont là toujours de leur plein gré, sans avoir besoin d'expliquer leur passé ni leurs motivations, et peuvent profiter du cadre idyllique et tout confort tant qu'ils offrent un travail satisfaisant. Si, un jour, le patron sent que l'un d'eux n'est plus heureux, il peut tout à fait le congédier pour cette simple raison. La clientèle est triée sur le volet, la moindre violence est jugée intolérable, et il suffit que l'un des "oiseaux" montre une seule fois son mécontentement envers un client pour que celui-ci soir définitivement banni des listes. Enfin, surtout, il existe à Shangri-la des hommes nommés "étalons", chargés de "préparer" les "oiseaux" avant leur rencontre avec les clients, afin de faire naître en eux le désir, à coup de caresses, de baisers, etc... les seules règles pour les "étalons" étant de ne pas faire jouir les prostitués, de ne pas les pénétrer, et de ne jamais tomber amoureux.

En somme, voici un bordel aux petits soins avec ses employés, et dont les règles sont clairement présentées par la mangaka, tandis qu'en parallèle on découvre les deux hommes voués à être les principaux personnages. L'un, Fee, est un fin et beau métis aux cheveux blonds, tatoué, qui a beaucoup de succès, et dont le corps jugé parfait excite au plus haut point les clients. L'autre, Apollon, grand bonhomme d'1m92 musclé comme un dieu, vient tout juste d'être embauché en tant qu'étalon. Son signe particulier ? Il est hétéro, et ne connaît donc rien au monde gay. Afin d'être formé à son nouveau travail, le voici confié par le patron à un seul "oiseau" dont il devra bien s'occuper: Fee.

Avec un tel pitch, inutile de dire que les scènes chaudes sont amplement au rendez-vous, et rien que la première page vous en donnera un bon avant-goût. De ce côté-là, Zariya fait un travail aussi remarquable que dans ses oeuvres précédentes: c'est très sexy, les corps finement musclés des personnages ont de quoi ravir les yeux, tous sont bien différents et ont leur charme physique (même si Apollon et surtout Fee sont plus en avant), le côté charnel n'empêche pas d'avoir ici beaucoup de sensualité au travers d'un excellent sens du découpage et des angles de vue... Mais ces scènes ont également pour utilité de mieux cerner les deux principaux personnages que sont Fee et Apollon. Car s'il ne fait aucun doute que le premier est avide de sexe et s'y adonne très souvent avec plaisir, on voit bien que son "étalon" est un hétéro maladroit, ayant tout à découvrir de ce nouveau travail, n'osant pas franchir certaines étapes, et montrant même plusieurs petites attentions forcément étonnantes dans un tel cadre (il faut voir le moment où il éteint la lumière par bienveillance, que Fee, sans étonné, puis qu'il raconte ça à ses collègues qui en sont tout attendris).

S'entame alors entre ces deux-là un lien pour le moins étonnant et assez unique, qui n'est pas de l'amour (en tout cas, pas pour l'instant), mais où l'on cerne une certaine curiosité mutuelle... et qui sait, peut-être bien que cette curiosité pourrait finir par se changer en attrait, et que cet attrait poussera chacun des deux hommes à vouloir en apprendre plus sur l'autre. Car évidemment, il apparaît très vite clair qu'Apollon tout comme Fee cachent tous deux en eux des douleurs enfouies, et pour cela Ranmaru Zariya offre une très bonne construction où elle distille vite et bien divers petits indices: la trace de bague au doigt d'Apollon, le fait qu'un hétéro comme lui vienne travailler dans un bordel gay, le fait qu'il ait toujours l'air un peu éteint et ne sourie jamais, la visite auprès de lui d'un avocat... et, du côté de Fee, un comportement charnel presque provocateur parfois (comme s'il cherchait à se noyer dans le sexe), le fait qu'il plaisante en disant à Apollon qu'il a peut-être tué quelqu'un (chose qu'il dit avec un regard pénétrant, même s'il dit que c'est une plaisanterie), des sautes d'humeur violentes... Et si, dans ce premier tome, le plus gros semble déjà dévoilé concernant Apollon et ses désillusions face à l'amour, il semble rester beaucoup de choses à dévoiler sur Fee, jeune homme hypnotique à l'enfance et au passé très loin d'être idéaux.

Par sa narration fine, sa construction maligne et tout ce qu'elle véhicule de puissance et de petits non-dits dans ses dessins, Zariya entame alors un récit plus captivant que son pitch pourrait le laisser croire, d'autant qu'à tout ceci s'ajoute une autre qualité visuelle: le cadre-même de Shangri-la, impeccable. La mangaka a imaginé un lieu à l'architecture ample et belle, où, entre les intérieurs, les côtes, les plantes ou les repas, elle offre un cadre luxueux et idyllique toujours soigné. Les fonds sont très présents, toujours relevés comme il faut par des trames finement appliquées et apportant encore plus de profondeur... En un mot: superbe.

Ce premier tome, immersif à souhait et possédant une certaine profondeur derrière son cadre et son côté très sexy, pique donc l'attention à vif, en témoignant une nouvelle fois de tout le talent de cette mangaka dans son domaine. Du côté de l'édition, c'est également du bon travail: la jaquette est soignée et fidèle à l'originale, le papier allie souplesse et épaisseur, l'impression est très bonne, et la traduction de Laurie Asin s'avère très fluide et naturelle malgré 2-3 discrètes coquilles ayant échappé à la relecture.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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