Not ready ?! Sensei - Actualité manga

Not ready ?! Sensei

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 14 January 2010

Hiroshi est un mangaka endossant parfois le rôle d’assistant. Son domaine, le shonen ! Alors quand il se retrouve brusquement plongé dans le monde du shojo, et plus précisément du yaoi, c’est un sacré changement pour lui. Surtout que si presque toutes les filles du milieu adorent littéralement voir deux éphèbes en pleine étreinte, ce n’est pas forcément le cas d’Hiroshi, qui est bien hétéro. Manque de chance, un mangaka réputé dans ce domaine lui fait du gringue. Dans les premiers chapitres, on découvre alors le monde du manga mais aussi les relations qu’entretiennent auteurs, assistants, collègues et autres personnages. Tant est si bien que l’on se perd très facilement dans ce déluge de situations, de personnages et d’action. Ainsi, les premiers chapitres sont fastidieux et l’on ne profite absolument pas des personnalités d’Hiroshi ou de Kagura, qui ont pourtant parfois de bons côtés. De plus, comme à son habitude, Kazuma Kodaka introduit très rapidement des scènes érotiques, ce qui fait toujours partir son récit sur des bases instables. Mais cette fois ci, la phase de transition pendant laquelle le personnage principal a le temps de revenir sur tout ça afin d’y réfléchir est bien plus courte qu’on ne le pensait, ou alors entrecoupée de quelques écarts charnels pour satisfaire les yeux des lectrices. Cet aspect là du manga, ajouté à l’habitude récurrente de Kodaka de rendre tous ses personnages masculins gays, décrédibilise quelque peu le récit. Quelle petite amie accepterait que son compagnon couche plusieurs fois avec un homme sans le quitter dans l’instant ? Les causes de la rupture sont floues, et c’est apparemment plus le sentiment amoureux qui s’en va qui dérange Rumi, et pas le fait qu’elle ait été trompée. Enfin, Hiroshi même est trop inconstant et « je ferme les yeux en profitant » pour être réaliste. Mais c'est justement ça qui plait, et contre toute attente !

On l’aura compris, ce n’est pas le réalisme des personnalités qui tranche ici (quoi que les réactions des yaoistes soient assez naturelles), tant chaque personnage est plus ou moins dérangé, et ceci à tous les niveaux. Ceci dit, ce yaoi demeure très original. On sort de tout ce que l’on connaît déjà pour se retrouver face à des auteurs de mangas … Kodaka en profite alors pour passer une satire du monde dans lequel elle évolue. Celui des mangakas, impitoyable et rigoureux à l’extrême. Entre la pression, la fatigue, les rendus fréquents, la masse de travail à abattre, la nécessité de se distinguer et le moral qui ne suit pas toujours, l’auteur fait ici une bonne description d’un « métier » très prisé dans la société nipponne, où la concurrence est rude et où il faut toujours travailler plus. Elle fait le lien entre le manga et le yaoi en introduisant Hiroshi dans les histoires de Kagura, ce qui permet aux deux protagonistes de se rapprocher d’autant plus. Comme toujours, le couple le plus évident est rapidement formé et devient un décor du paysage, ce qui permet de ne jamais perdre le fil de la narration. Là où Kizuna se perdait parfois totalement en dehors du monde de la mafia, Not ready ?! Sensei conserve toujours un pied dans son histoire, et l’exploite correctement. L’auteur garde toutefois, et malgré le thème du manga, beaucoup de points communs avec sa série Kizuna. Hiroshi ressemble quelque peu à Kai, tandis que le couple formé par Ryo et Shinozaki est amené au cours de l’histoire puis exploité en fin de chapitre : tout à fait le profil de la précédente série de l’auteur. On se serait peut être passé du SM et des cosplays de Shinozaki, mais après tout cela sert son caractère qui diffère un peu de la norme en s’inscrivant dans un réel souci de plaire malgré son passé amoureux éphémère. Et puis cela sert un humour omniprésent, qui permet toujours d’alléger les pages en ne prenant que peu de choses au sérieux (à part le travail -et encore-, rien ne l’est vraiment).

Pour ce qui est du reste, les dessins suivent globalement bien l’évolution de l’histoire : assez médiocres au début, ils deviennent rapidement plus fins et agréables. Le trait de l’auteur prend un style plus doux, d’avantage esthétique. On sent que ses graphismes n’accrochent plus le papier mais filent sur lui, permettant à la deuxième partie du manga d’être réellement beau. Mis à part les yeux un peu trop exagérés d’Hiroshi, les personnages semblent beaucoup plus réalistes et ancrés dans une narration qui n’est pas saccadée par un dessin trop géométrique ou gênant pour l’œil. Bref, Kazuma Kodaka a fait de réels progrès et l’œuvre en elle-même en est le témoignage. Les expressions sont très claires, notamment grâce à la présence de nombreux SD qui ne gâchent en rien l’humour du récit. Pour ce qui est du yaoi, on en a pour son argent. Ce tome fait un peu moins de deux volumes normaux, il est donc logique que le prix en fasse de même. Mais la pilule passe obligatoirement mal quand la facture monte à deux chiffres au lieu d’un … Surtout que dans un grand tome au lieu de deux petits, il n’y a qu’une couverture … et pour le coup, même pas de pages couleurs ! Ceci dit, le visuel extérieur est sympathique. Mais par la finesse des pages, les quelques petites erreurs et les onomatopées non traduites, Tonkam ne brille pas particulièrement par sa qualité. Ni bon, ni mauvais, en somme. Tout comme ce manga un peu paradoxal, qui parvient à plaire mais décevra également de nombreux lecteurs. Objectivement, rien de transcendant mais il y a ce petit quelque chose qui fait que l’on passe un bon moment, et que même s’il est un peu gros, un one shot reste un one shot. A tester, une fois les premiers chapitres dépassés, ne serait ce que pour l’originalité du titre !


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
NiDNiM

15 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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