My capricorn friend - Actualité manga

My capricorn friend

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 27 October 2021

Déjà connu dans le domaine du manga en France pour les titres Goth (Pika Edition), L'âge de déraison (Sakka/Casterman) et Mad World (Soleil Manga), le romancier/scénariste Otsuichi, spécialisé dans les récits à suspense sur fond sociétal, arrive cette fois-ci dans la collection MoonLight de Delcourt/Tonkam avec My capricorn friend, un récit en 7 chapitres pour un total d'environ 220 pages, qui fut prépublié au Japon en 2014-2015 sur la plateforme numérique Shônen Jump+ des éditions Shûeisha sous le titre Yagiza no Yûjin. Uniquement scénariste comme à son habitude, Otsuichi a délégué ici la partie dessins à Masaru Miyokawa, un ancien assistant de Yûsuke Murata (One-Punch Man, EyeSHield 21) que l'on connaît déjà pour les dessins de la série ST1RS sortie chez Panini.

Dans cette oeuvre, tout commence par une constatation tragique et amère, avec des premières pages relatant, au fil du temps, depuis les années 80, la mort par suicide d'adolescents qui, tous, avaient pour point commun de connaître de sévères brimades au collège. Yuya Matsuda, le héros de notre histoire, n'a jamais connu de brimades, lui. Ce qui ne va pas l'empêcher de se retrouver impliqué dans une triste et sordide affaire impliquant la mort d'un camarade de classe. A l'école, Yuya, comme beaucoup d'autres élèves et professeurs, a toujours pris soin de ne pas se mêler de ce genre de problème quand il en voit, car essayer d'y faire quelque chose, ça reviendrait sans doute à s'attirer les foudres des agresseurs et à devenir le nouveau brimé. La seule personne de son entourage qui, un jour, a essayé de briser le silence en allant voir un prof (en vain), c'est sa camarade de classe Honjô, belle et posée jeune fille avec qui il partage un secret: la maison du garçon, située tout en haut d'une colline extrêmement ventée comme si elle se trouvait sur un vortex aérien invisible, est régulièrement envahie par des objets (voire des animaux) qui se sont envolés jusque-là, et qui peuvent dater de différentes époques... y compris du futur. Et voilà qu'un jour, l'adolescent trouve dans le tas un article journal datant de quelques jours dans le futur et évoquant un meurtre non loin de chez lui... Ce meurtre, il en entendra bien vite parler de plus près, dès lors qu'un soir, dans la rue, il tombe sur Naoto Wakatsuki, un camarade de classe violemment brimé depuis un bon moment par Akira Kaneshiro, un garçon à la réputation atroce depuis des années puisque sa violence aurait déjà poussé une enseignante à disparaître et une collégienne d'une ville voisine à se suicider. Ce soir-là, Naoto se promène avec une batte métallique tâchée de sang, et il semble plutôt serein en pensant que ses problèmes sont réglés et qu'il n'a plus qu'à se livrer à la police. mais Yuya, lui, connaît déjà tout la vérité grâce au morceau de journal du futur: non seulement son camarade de classe vient de tuer le démon Kaneshiro qui a fait du mal à tant de gens, mais en plus il ne s'agit que de la première partie du drame puisque, seulement quelque jours plus tard, Naoto est voué à se suicider dans le commissariat où il sera retenu. Alors, pour la première fois, Yuya décide de ne plus faire comme si de rien n'était, et d'agir: ce camarade de classe vraisemblablement meurtrier et à qui il n'avait jamais parlé, il va le cacher puis s'enfuir avec lui. Mais au fil de ses pérégrinations, Yuya, en rejoignant certains indices, est pris d'un doute: Naoto est-il vraiment le meurtrier ?

Entre la petite pointe de fantastique, la fugue ensemble des deux garçons, la petite enquête de Yuya pour découvrir si oui ou non Naoto est vraiment le meurtrier, et le désir de notre héros d'empêcher le sort funeste de son camarade de classe dans quelques jours, Otsuichi livre une histoire qui, globalement, brille par son ambiance, voguant entre le récit à suspense et le drame marqué par l'amertume de ses principaux personnages. La quête de vérité de Yuya concernant le meurtrier n'est pas forcément très surprenante: les indices sont assez vite gros, la vérité n'est donc pas forcément surprenante pour un lectorat qui serait habitué à ce genre de titre... mais cela n'empêche aucunement le scénariste de rattacher toutes ses pistes soigneusement en expliquant chaque élément, et, surtout, de croquer avec un certain vague à l'âme un mal qui reste toujours aussi présent, à savoir ces brimades qui peuvent briser des vies et face auxquelles bien trop de monde reste sans doute trop silencieux. Et le message est surement là: si Yuya et d'autres personnages avait osé faire quelque chose ou parler de tout ça, si certains adulte avaient décidé de prendre leurs responsabilités, peut-être que bien des drames auraient pu être évités.

Masaru Miyokawa met en image cette histoire de façon vraiment soignée, avec un trait précis pour les personnages en qui on ressent bien la part d'amertume, mais aussi des décors réalistes très présents et travaillés, et des choix de découpage et d'angles parfois très prégnants, surtout quand il s'agit de mettre en avant certains moments d'égarement ou d'émotion des personnages.

Il s'agit alors d'une lecture très bien menée dans l'ensemble, pas forcément surprenante, mais efficace de A à Z et abordant avec une certaine intelligence un sujet de société toujours aussi grave malgré les années qui passent.

Quant à l'édition française, elle s'avère très propre. Le papier est souple et sans transparence, l'impression est bonne, la première page en couleurs est appréciable, la traduction de Satoko Fujimoto est très soignée, le lettrage de Tomiko Benezet-Toulze est convaincant, est la jaquette se veut à la fois fidèle à l'originale japonaise et un peu plus sobre que cette dernière, grâce à un logo-titre moins envahissant et qui n'empiète pas trop sur l'illustration.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.5 20
Note de la rédaction






MN Actus
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