Maux Mélés Vol.1 - Actualité manga

Maux Mélés Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 14 September 2021

Chronique 2 :

A ce jour, la mangaka Tohru Tagura n'était connue chez nous que pour le boy's love intitulé Love Stories dans nos contrées. Pourtant, l'artiste a une jolie carrière, à la fois dans la romance entre garçons mais aussi dans le shôjo, et n'hésite pas à traiter différents genres allant de la tranche de vie au fantastique, en passant par le drame.

C'est fin août, pile poil pour la rentrée scolaire, que les éditions Akata accueillent l'autrice dans son catalogue avec Maux Mêlés. Récit en deux tomes, cette fiction fut initialement publiée entre 2017 et 2018 sous le titre Kojikoi, dans la revue Sylph des éditions ASCII Mediaworks / Kadokawa Shoten. Il est à noter que Tohru Tagura ne gère ici que la partie graphique du récit, l'histoire étant conçue par Meguru Izawa dont il semble s'agir du premier manga.

Tsukasa Ayase, lycéenne, est la fille des gérants d'une auberge du coin. Adolescente ordinaire, elle a un blocage envers les garçons depuis que des camarades d'école l'ont traumatisée par des mots violents et moqueurs envers son comportement. Pourtant, c'est contre son gré que Tsukasa va devoir surmonter cet obstacle, puisque ses parents décident de louer deux chambres de l'auberge à deux adolescents, et du même lycée que la jeune fille. Ainsi, elle fait la rencontre de Ren Matsuoka, garçon qui semble aussi renfermé qu'elle, mais vis à vis des femmes. Après une première intéraction teinte de quiproquo, tous deux se montreront prêts à faire des efforts pour s'accepter, se connaître et se soutenir. Mais les choses n'iront pas forcément aussi bien avec le second pensionnaire qui rappellera de mauvais souvenirs à Tsukasa...

Dès les premières pages, les intentions de Maux Mêlés sont assez claires. Nous présentant le traumat vécu par Tsukasa Ayase, justifiant son actuel blocage vis à vis de la gente masculine, le titre s'annonce comme une romance abordant des thématiques sociales telles que les comportements toxiques capables de nous marquer à vie. Le sujet abordé n'est pas celui du harcèlement scolaire, mais s'en rapproche grandement. Une amorce qui nous permet immédiatement de nous prendre d'empathie pour Tsukasa, adolescente pleine de bonnes intentions mais donc le choc passé la marque encore aujourd'hui. Rapidement, son parcours croise celui de Ren, un garçon qui semble avoir la même méfiance qu'elle vis à vis des femmes. Une rencontre presque prédestinée puisque c'est parce qu'ils sont à même de se comprendre que les deux jeunes gens vont pouvoir s'entendre, et peut-être avancer.

Malgré son sujet initial assez dur, ce premier tome de Maux Mêlés se teinte d'une ambiance résolument touchante, grâce à cette alchimie qui se noue entre Tsukasa et Ren. Deux adolescents dont les traumas respectifs laissaient croire à une mésentente évidente, mais la récit écrit par Meguru Izawa se dote d'une poésie rafraichissante en montrant une avancée commune des deux personnages. Alors, un élément perturbateur entre en scène : Miwa. Enjôleur, ce dernier clame son amour pour Tsukasa et est en partie responsable de son choc d'autrefois. Après un début de relation si doux entre les deux protagonistes, difficile de s'attacher à ce troisième individu qui semble presque jouer avec les émotions de la jeune femme. Est-il sincère ? Est-il manipulateur ? Le garçon est tout bonnement imperceptible, ce qui agacera certains mais pourra piquer la curiosité d'autres.

A ceci s'ajoutera une planche distincte qui plantera la dimension romantique de l'histoire, dans ce premier tome qui ne l'aborde pas frontalement. On sent alors que le schéma de l'évolution de ce trio est déjà défini chez l'autrice, ce qui accroit forcément la curiosité de découvrir le fin mot de cette course série. La réponse arrivera rapidement puisque le second tome sera aussi le dernier.

Au au-delà du scénario, c'est aussi la mise en dessin par Tohru Tagura qui confère à cette série un charme indéniable. Son trait est fin et raffiné, mais aussi capable de retranscrire chaque aspect du trio central. Les timidités respectives de Tsukasa et Ren transcendent le récit à chaque fois, tandis que Miwa affichera sans cesse ses expressions à la fois sincères, et d'autrefois plus hautaines. Le tout s'incruste dans une narration épurée lors de moments charnières entre les membres de ce trio, permettant une immersion forte à leurs côtés, et attestant un récit centré sur ces trois protagonistes et les tourments qui les caractérisent.

Touchant et peut-être déroutant pour certain en ce qui concerne l'un des trois personnages vedettes, ce premier tome de Maux Mêlés aborde ses idées avec une certaine atmosphère, presque envoutante, tout en laissant une belle marge d'évolution pour le second et dernier tome. Un opus qui attire déjà notre curiosité puisqu'il devrait permettre un regard global sur l’œuvre, et pourquoi pas une redécouverte de ce premier tome, lors d'une relecture.

Côté édition, Akata propose un format « medium », garantissant une jolie qualité de fabrication, dont un papier plutôt épais et une couverture matte. La traduction, signée Ryoko Akiyama, est sans fausse note apparente, notamment parce qu'elle retranscrit comme il se doit les ambiances de ce tome et les tourments de ses protagonistes.


Chronique 1 :

En 2017, les éditions Taifu Comics frappaient un joli coup en nous faisant découvrir, avec le très beau yaoi Love Stories, Tohru Tagura. Depuis, la mangaka a continué sa route, en exerçant ses talents aussi bien dans le yaoi que dans d'autres genres, en particulier le shôjo. Et ainsi, les éditions Akata nous font plutôt plaisir en remettant enfin en avant en France cette artiste via la publication récente du premier volume de Maux Mêlés.

De son nom original Koji Koi (que l'on pourrait traduite par "Amour Incertain" ou "Coeurs Incertains"), cette courte série bouclée en 2 volumes fut prépubliée en 2017-2018 dans le magazine Sylph d'ASCII Media Works, magazine dont proviennent également les séries Entre Deux, Celle que je suis et Welcome to hotel Williams Child Bird, entre autres. Tohru Tagura y met en images un scénario de Meguru Izawa.

Dans ce récit, on suit Tsukasa Ayase, une lycéenne de 16 ans qui est sur le point d'entrer en deuxième année et qui, malgré son allure athlétique et sa beauté attirant certains regards, a pour problème d'avoir peur des garçon. Elle ne sait pas exactement depuis quand, et ne parvient pas à mettre un mot exact sur les traumatismes qui l'ont rendue ainsi. Mais le fait est que dès qu'un garçon lui parle ou essaie de la toucher, elle se recroqueville sur elle-même, panique voire fuit. Si bien que ces derniers, plutôt que d'essayer de comprendre pourquoi elle est comme ça, se contentent de la trouver froide, sinistre, bizarre, dans un cercle vicieux où l'adolescente s'enferme toujours plus dans sa carapace au fil du temps. La seule confidente de la jeune fille ( quand bien même elle a des amies au lycée) ? Sa mère... ou, pour être exact, l'autel mortuaire de sa mère, visiblement décédée depuis longtemps, et qu'elle regrette beaucoup, tant elle se considère incapable de devenir un jour aussi rayonnante et lumineuse que cette maman disparue trop tôt.

Alors quand son grand-père et son père, gérants de l'auberge familiale en bord de mer, décident de faire du bâtiment une pension pour garçons car les finances vont mal, la jeune fille commence forcément à paniquer et à stresser... d'autant que les deux pensionnaires retenus s'avéreront être de son lycée ! L'un, Ryôhei Miwa, est un garçon expansif et à l'allure frivole, qui s'entendait bien avec notre héroïne au collège, et qui n'a même jamais cessé de lui dire qu'il l'aime. Quant à l'autre, Ren Matsuoka, il montre d'emblée, derrière son allure de beau gosse, beaucoup de froideur... Froideur qui semble surtout cacher son propre traumatisme.

Maux Mêlés est donc une tranche de vie nous immisçant auprès de trois personnages principaux qui, tous trois, ont sûrement leurs propres tourments enfouis. On découvre d'emblée ceux que Tsukasa, et on ne tarde pas à entrevoir ceux de Ren qui sont finalement proches de ceux de notre héroïne, tandis que Ryôhei reste pour l'instant à part avec son allure plus frivole et expansive... mais s'il a choisi d'aller dans une pension, c'est peut-être parce qu'il a lui aussi des tourments ?

Dans tous les cas, l'objectif du récit est assez simple: permettre à ces jeunes tourmentés d'apprendre à avancer, ce qui ne pourra se faire qu'au contact les une(e) des autres. Ainsi, si le premier contact entre Tsukasa et Ren est particulièrement froid, ce n'est aucunement par méchanceté ou par détestation de l'autre: simplement, ils sont tous les deux conditionnés par leurs traumatismes, par leur peur, et il leur faudra forcément parvenir à dépasser cela pour se comprendre. La compréhension pouvant tout à fait commencer par de simples excuses.

On ne va pas le cacher, l'une des principales limites de l'histoire est sa rapidité: l'oeuvre ne durant que deux courts volumes (ce premier opus ne fait que 150 pages environ), les autrices doivent aller à l'essentiel, quitte à opter pour quelques petites facilités (les deux nouveaux pensionnaires sont deux beaux gosses du lycée de notre héroïne, etc) ou à rester en surface (mais peut-être que ça changera dans le tome 2 ?) sur certains éléments comme l'absence de la mère défunte de Tsukasa. Mais globalement, le récit avance de bonne manière grâce à certaines qualités évidentes. On pensera tout simplement aux visuels de Tagura qui distillent des émotions contenues assez subtiles, mais aussi à certains indices narratifs fort bien disséminés pour nous laisser deviner certains éléments du passé ou de l'avenir, et aux différents instants où l'oeuvre se veut vraiment introspective pour souligner la profondeur et la délicatesse des doutes, des tourments, des incertitudes de notre héroïne. Ne serait-ce que quand elle se demande comment elle est censée se comporter, elle sur qui on s'imagine des choses quand elle essaie d'être agréable avec tout le monde, et que l'on trouve froide quand elle essaie de mettre plus de distance. Les rapports humains peuvent être particulièrement complexes à jauger, et c'est quelque chose que l'oeuvre de Tagura et d'Izawa fait ressortir assez bien.

On se retrouve alors avec une lecture qui, certes, est courte et défile vite, mais au fil de laquelle les deux mangakas parviennent à approfondir de façon assez attentionnée leur héroïne mais aussi les deux garçons gravitant autour d'elle. Il ne reste plus à l'oeuvre qu'à affirmer ses qualités dans le deuxième et déjà dernier tome, mais en attendant on appréciera également la petite nouvelle écrite par Izawa en fin de tome, qui vient approfondir un petit peu plus un passage de l'histoire.

Cette chronique ayant été faite à partir d'une épreuve numérique, pas d'avis sur l'édition.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Takato

15 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14.75 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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