Critique du volume manga
Publiée le Mercredi, 23 Février 2011
Dans l’univers de la police, essentiellement masculin, il faut parfois se faire une place. Pour Gotoh Yoshiki, pas de problème : son physique de rêve et son sourire charmeur, ainsi que le pistonnage de son père lui permettront normalement sans grand problème de faire carrière et de toucher l’élite rapidement. Il vient pourtant d’achever sa formation, mais le jeune homme n’a qu’une idée en tête : grimper rapidement l’échelle, devenir un « carriériste » plutôt qu’un bon enquêteur. Mais c’était avant de connaitre la partenaire qui lui a été attribuée : Kujo Shinobu est étrange, prend très à cœur son métier, dévie les règles et en profite pour mener ses enquêtes à sa manière tout en se défoulant sur son associé, rarement au courant de ses manœuvres, souvent pris dans ses filets d’inspectrice sexy et aguicheuse à souhait. Mais voilà, Kujo est également une fumeuse impressionnante, caractérielle, moqueuse et dédaigneuse de ce qui ne la concerne pas directement, qui n’aime que le terrain et déteste les rapports ... et met tout le monde à ses pieds, hommes ou femmes. Au travers de diverses histoires de meurtres, toujours perpétrées par des psychopathes, cet étrange binôme va apprendre à se découvrir, Yoshiki abandonnant sa flegme pour s’attacher plus que de raison à Kujo, s’impliquant au passage dans les enquêtes qui leur seront confiées.
L’auteur a pris le parti d’un univers sombre, peuplé de psychopathes. Premier défaut, sans doute, quand on sait que ce genre de meurtres maniaques et motivés par un esprit pervers et dérangé mais très intelligent sont assez rares par rapport aux autres ... On veut bien admettre que ce soit plus intéressant, d’autant que Kujo parvient avec brio à se mettre à la place des tueurs en questions mais ... cela banalise l’intrigue, l’horreur, la pertinence des situations. De plus, c’est plus effrayant qu’autre chose de voir qu’une policière qui n’est pas profileuse parvient à comprendre les plus dangereux psychopathes tueurs en série, l’explication qui en est donnée étant de plus un peu légère. Et quitte à parler de cet aspect-là, on remarquera que, finalement et contre toute attente, les enquêtes policières sont quelque peu reléguées au second plan, et ont toutes un rapport de près ou de loin avec l’héroïne du manga, la première affaire lui étant totalement dédiée. Toujours, l’auteur rattache les faits au traumatisme de Kujo que l’on devine avant qu’il ne nous soit expliqué, et cela laisse un goût d’inachevé, de facile. Tout se concentre alors exclusivement sur nos héros, que ce soit à l’intérieur des faits criminels ou en dehors lors de passage plus humoristiques ou sentimentaux. La mangaka ne privilégie que la relation entre Kujo et Yoshiki, qui n’ont rien de déplaisant mais qui, au final, monopolise le récit, laissant le reste au stade de moins important ... Dommage.
Notons également que les faits et gestes des personnages principaux sont assez confus, et qu’une concentration importante et aiguisée sera parfois nécessaire, la faute étant parfois à la traduction un peu lourde, avec quelques fautes et des maladresses qui demandent une réflexion pour de simples mots ou actions. Les dessins, quant à eux sont assez fins, sur des traits artistiques et joliment dessinés mais tout de même trop aiguisés ou maladroits parfois, avec certaines erreurs de graphismes dans des situations particulières. De plus, les émotions ont parfois un peu de difficultés à passer à travers les visages des protagonistes, un peu figés et constamment froids. La découpe est cependant dynamique, les décors souvent présents et malgré la traduction déjà évoquée et quelques encrages souffrant de contrastes trop importants, on garde un bon souvenir du visuel de la série, avec des personnages rapidement identifiables et une certaine maturité dans ce shojo pas comme les autres. Reste à voir si les personnages secondaires seront exploités à leur juste valeur, si l’auteur va se détacher de Kujo en ramenant tout à sa propre expérience, et si elle mettra un peu d’originalité dans son scénario ... Un bon début, tout de même, sympathique mais sans plus et qui gagnerait à progresser.