Ken'en - Comme chien et singe Vol.1 - Actualité manga

Ken'en - Comme chien et singe Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 18 June 2018

Critique 2
Parue depuis 2015 dans le magazine Comic Avarus des éditions Mag Garden, la série « Ken’en – Comme chien et singe » arrive en France en 2018 aux éditions Doki-Doki. Son scénario est de Fuuetsu Dô et les dessins sont de la mangaka Hitoshi Ichimura, déjà connue pour ses séries Tales of Symphonia et Breath of Fire IV aux éditions Ki-oon.
L’histoire se déroule dans la province d’Enshû, coincée entre une rivière et la montagne. Les paysages magnifiquement dessinés nous plongent dans le Japon des temps anciens où les êtres surnaturels peuplent les différents recoins de la nature.Le narrateur est Benzon, un bonze qui parcourt le Japon pour parfaire son initiation. En arrivant au village de Mitsuke, il découvre des habitants apeurés. Ils viennent de recevoir un message déconcertant :   « Déposez une jeune fille en sacrifice au sanctuaire dédié à Tenjin, ou un terrible malheur s’abattra sur votre village ».Pour les villageois, il ne fait aucun doute que ce message est l’œuvre d’un mononoké (un monstre, un esprit) habitant la forêt voisine. Pour les aider à se débarrasser de cette présence malfaisante, il se rend dans la province de Shinshû au temple Kôzen-JI pour rencontrer le célèbre exorciste Hayate. Il découvre ainsi que ce sauveur est un Reiken, un chien magique, et le ramène à Mitsuke. Le stratagème est simple. Hayate, caché dans un cercueil, prendra la place de la jeune fille. Il attendra que l’esprit maléfique ouvre le couvercle pour le surprendre et l’exorciser. Pourtant rien ne va se passer comme prévu. D’abord, Hayate s’est endormi et ne se réveille même pas à l’ouverture du cercueil. De plus, le mononoké s’avère être un gentil Kakuen (être mi-homme mi-singe) nommé Mashira qui tombe sous le charme du chien et décide de l’adopter.
« C’est bien la première fois que je vois un singe repartir avec un chien dans les bras… Alors qu’ils sont censés être des ennemis mortels… »
Et c’est le cas de le dire ! La relation entre Hayate et Mashira va vite s’envenimer quand ce dernier va se rendre compte que son chien n’est pas juste « un brave toutou tout mignon », mais un animal qui peut se transformer en homme détenant des pouvoirs mortels pour lui et ses proches. Heureusement, Hayate souhaite qu’une chose : que son nouveau maitre s’occupe bien de lui. Mashira se retrouve donc à exécuter les moindres désirs de son chien. S’ensuivent de nombreuses chamailleries qui ne manqueront pas de faire sourire les lecteurs ! Qui aurait cru qu’un singe naïf et tête en l’air pourrait devenir le maître d’un chien égocentrique ? En tout cas pas Benzon qui désespère de voir revenir l’exorciste au village. Dans ce premier tome, le narrateur est un personnage secondaire. Hayate et Mashira lui volent la vedette. Mais est-ce que cela se révélera toujours le cas ?
À côté des scènes comiques, on découvre aussi une histoire tragique, celle des Kakuen d’Enshû. Ils ne sont plus que cinq dans la forêt. Cinq mâles. Mashira, Yamabiko,Yamako, Satori et l’ancien.« Nous autres Kakuen, nous n’avons pas de femelles… Nous sommes tous nés du ventre d’une humaine… C’est ainsi que nous perpétuons notre espèce ».S’ils enlèvent des humaines, c’est simplement parce qu’ils n’ont d’autre choix pour avoir des enfants. Mashira souffre de devoir à son tour trouver une femme : « Je déteste les humains, je ne veux plus rien avoir à faire avec eux… ça me fait trop de mal… ». Un douloureux souvenir semble le ronger. Que lui est-il donc arrivé ?
Ce premier volume pose les bases d’une amitié hors norme entre deux protagonistes que presque tout oppose. Ce qui les réunit : un besoin d’affection que la présence de l’autre arrive à combler. On ne peut qu’avoir hâte de découvrir comment leur relation va évoluer.Malgré une atmosphère empreinte de douceur, il ne faut pas oublier qu’une épée de Damoclès oscille. Les kakuens ont besoin d’une humaine pour se reproduire or depuis l’enlèvement avorté les villageois ont découvert l’identité du mononoké et sont prêts à se battre pour le chasser de la forêt. En effet, derrière cette légende du folklore japonais s’esquissent des thématiques fortes comme la xénophobie et l’abandon. 
Les dessins tout en délicatesse retranscrivent à la perfection les émotions tristes, mais aussi joyeuses des personnages principaux. Les gros plans truffés de nombreux détails sont à couper le souffle. L’originalité de l’histoire et la qualité des graphismes ne pourront qu’enchanter les futurs lecteurs.

Critique 1

Il y a quelques années, on découvrait en France Hitoshi Ichimura, une mangaka prometteuse, tout d'abord avec Tales of Symphonia (série pour laquelle son éditeur Ki-oon l'avait invitée à Japan Expo en 2009), puis avec Breath of Fire IV. Après ces deux adaptations de jeux vidéo réussies, on avait malheureusement un peu perdu de vue cette artiste dans notre pays. mais avec Ken'en - Comme chien et singe, la revoici enfin, dans un registre différent, et en grande forme. Pour cette nouvelle série, qui est en cours de parution depuis 2015 chez l'éditeur Mag Garden dans le magazine Gekkan Comic Avarus, elle est associée à un scénariste du nom de Fuetsudo, dont c'est la première oeuvre.

L'oeuvre nous plonge dans un Japon ancien et folklorique, avec sa vie proche de la nature, ses sanctuaires et ses êtres fantastiques. Au sien d'un petit village de montagne, c'est la panique depuis qu'un mononoke, un esprit maléfique, a envoyé aux villageois un message leur ordonnant de lui apporter en "sacrifice" une jeune fille au temple de Tenjin, la divinité tutélaire locale. Allant réclamer de l'aide auprès d'un exorciste, les villageois ne manquent pas d'être surpris en découvrant que l'exorciste en question est un majestueux chien blanc doué de parole, qui fut soigneusement élevé depuis l'enfance par son maître ! Pour chasser le démon, Hayate, le chien-exorciste, choisit de prendre la place de la jeune fille... Mais au moment de se confronter à son ennemi, rien ne va se passer comme prévu. Voici Hayate soudainement "adopté" par Mashira, un jeune kakuen, être folklorique mi-homme mi-singe. Acceptant de rester pour l'instant auprès de ce "démon" qui n'a pas l'air si méchant que ça, le chien va entamer avec lui un lien très houleux, mais il pourrait aussi découvrir plus en profondeur cet être et sa petite tribu...

La première chose que l'on va aborder est d'ordre visuel: ça se voit dès la jaquette, Ken'en, c'est beau, et même très beau. Ichimura avait déjà un trait séduisant (bien qu'assez classique) à l'époque de Tales of Symphonia, ici on reconnaît assez facilement son trait (surtout sa manière de dessiner les visages), mais elle a démultiplié son niveau de détails, pour des planches constamment immersives et parfois très impressionnantes. On peut d'abord souligner la réussite du character design des personnages principaux, avec des traits précis et expressifs, Mashira et les siens qui bénéficient d'une jolie peau brune toujours bien tramée et d'un rendu plus proche de l'humain que du singe (leur queue est leur principale différence physique), et un Hayate magnifique sous son apparence canine majestueuse qui rappelle immanquablement Amaterasu du jeu Ôkami, un jeu lui aussi très ancré dans le Japon folklorique. On reste régulièrement impressionné par l'importance que la dessinatrice accorde au pelage de son chien-exorciste, et les choses sont tout aussi soignées quand Hayate revêt son apparence humaine, avec oreilles canines et longue chevelure blanche qui peuvent un peu rappeler, entre autres, Inu Yasha, une autre figure fantastique mi-humaine mi-canine venue du manga éponyme de Rumiko Takahashi. Le souci du détail est tout aussi présent dans les costumes qui font bien d'époque, dans les constructions et architectures (notamment les tempes, somptueux, et pour lesquels la mangaka s'inspire volontiers de photos avec beaucoup de précisions), dans les paysages de forêt, de montagne ou de prairie... Ses encrages, soignés sans être envahissants, apportent beaucoup de profondeur sans pour autant alourdir les planches qui restent toujours très claires. Quant à son découpage, il est à la fois assez classique, mais régulièrement assez large avec de grandes cases permettant de bien apprécier les détails et les distances, et capable de s'emballer assez lors des quelques très brèves scènes plus mouvementées, à l'image du passage de la chasse au lapin dont le rendu est impeccable avec ses angles de vue où il y a un certain souffle, la précision des gestes, les détails de l'herbe... Vraiment, il n'y a rien à redire sur la copie visuelle que l'artiste nous propose.

Le rendu graphique étant impeccable pour nous plonger dans l'ambiance, on se laisse porter facilement par le début de ce récit qui, en premier lieu, joue bien sur son idée de base, à savoir l'opposition entre ses deux personnages centraux. En Japonais, "ken'en", le titre de la série, signifie en gros "comme chien et singe", et est un peu l'équivalent de notre expression française "comme chien et chat": il s'agit de deux espèces qui, dans l'ordre des choses, sont censées très mal s'entendre. Ce titre est donc parfait pour refléter les bases de la relation entre Hayate et Mashira, qui ne va cesser d'être ponctuée de petites rixes souvent rigolotes, surtout quand Hayate s'en prend à ce garçon-singe qui l'amuse. Mashira, lui, a une première réaction qui dénote complètement, en affirmant vouloir adopter ce gros toutou tout doux et tout poilu... Mais en découvrant que Hayate peut prendre une apparence humaine, il risque bien de changer un peu d'avis! Il en résulte quelques scènes assez loufoques, comme quand il se met en tête d'abandonner Hayate dans la nature... Mais en filigranes, on sent déjà qu'une certaine complicité naît entre ces deux êtres censés se fuir. Mashira prend quand même soin de Hayate, et Hayate, lui, aura le loisir de découvrir que les kakuen ne sont pas aussi mauvais qu'on le pense.

Et on touche là un autre point prometteur de la série, autour de la petite tribu d'hommes-singes de Mashira. Passant pour des démons auprès des humains, ils sont surtout victimes de leur condition: les kakuen naissent toujours mâles, alors pour perpétuer leur lignée, ils n'ont d'autre choix que d'enlever des humaines. Mais si leurs méthodes de base sont maladroites et critiquables (pousser les villageois à leur offrir des filles...), elles ne sont pas volontairement méchantes. En même temps que Hayate, on cerne bien que ces être mi-humains mi-singes ne sont pas des brutes sauvages. Leur petit communauté est bien organisée pour survivre dans un cadre rude (par exemple, il leur faut quotidiennement aller dénicher leur nourriture dans la nature), on les sent bien plus humains qu'animaux... et on voit même Mashira aider à quelques reprises les autres, comme un chiot, une énigmatique femme agressée par des bandits, voire la jeune villageoise Ume sous l'impulsion de Hayate.

En somme, on comprend déjà que Mashira n'est aucunement méchant... et pourtant, on devine vite en lui une certaine défiance envers les humains, qu'il n'aime pas particulièrement, si bien que lui-même n'a pas envie de s'unir avec une humaine, au grand dam de ses proches. On entrevoit, par bribes, les raisons de son aversion pour les humains, et on comprend naturellement que le principal problème entre les deux peuples vient du manque de communication, de l'absence de contacts pour chercher à mieux se connaître, d'une sorte de peur face à ce qui est différent. Peur qui a visiblement déjà poussé les humains à commettre certaines choses graves, et qui pousse les kakuen à s'emparer des humaines par la force sans vraiment chercher le dialogue. On devine alors que la découverte de l'autre pourrait devenir l'un des axes de la série, et un certain message de tolérance pourrait se dessiner.

Si nous n'en sommes encore qu'à la mise en place, Ken'en - Comme chien et singe séduit déjà beaucoup pour son atmosphère, son binôme principal étonnant et entraînant, ses premiers rebondissements, et ses dessins magnifiques. La série de Fuetsudo et de Hitoshi Ichimura part sur d'excellentes bases, sur de très belles promesses qui en font un titre à suivre de près.

Doki-Doki nous offre ici une très belle édition, portée avant tout par la traduction très soignée de Julien Pouly. C'est bien vivant, crédible dans la manière qu'ont les personnages de s'exprimer, désireux de bien respecter l'ambiance folklorique japonaise, notamment en évitant de remplacer certains termes nippons, qui bénéficient toujours de notes concises quand c'est nécessaire. Le papier est bien épais tout en gardant une certaine souplesse, l'impression faite en Italie chez l'imprimeur Lego s'avère très correcte avec une encre qui ne bave pas ou très peu, et la jaquette reste très proche de l'originale japonaise.


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Gathea

17 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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