Kanon au bout du monde Vol.1 - Actualité manga

Kanon au bout du monde Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 14 June 2019

Kanon, 25 ans, est employée à temps partiel dans une pâtisserie de Tôkyô. Eternelle célibataire n'ayant jamais eu de petit ami, elle voue depuis 8 longues années un amour sans failles à son ancien camarade de classe Sôsuke Sakai, beau garçon qui l'a pourtant éconduite à l'époque du lycée. Son amour n'a jamais été entaché, c'est pour elle toute sa raison de vivre, à tel point que pendant toutes ces années et encore aujourd'hui elle a continué d'entretenir secrètement son amour par divers moyens, au risque de parfois passer un peu pour une stalkeuse ou une monomaniaque auprès de son entourage. Mais rien n'y fait: son amour est toujours là. Aussi, elle est forcément aux anges ces derniers temps, car voici quelque temps que Sôsuke fréquente la pâtisserie où elle travaille, et elle a donc l'occasion de le voir régulièrement, et même de lui parler et de se rapprocher un peu de lui dès lors que le jeune homme l'aborde de lui-même ! L'éternel amour inassouvi de Kanon serait-il sur le point de se concrétiser ? En réalité, la jeune femme ne se fait aucune illusion. Sôsuke est marié à une sublime femme de l'élite, ils ne vivent pas dans le même monde, et il est un véritable héros national dans le pays, car il combat quotidiennement des envahisseurs extraterrestres. Car oui, dans ce monde, voici quelques années qu'une nuée d'extraterrestres s'est abattue sur le Japon et que la pluie s'abat quasiment en permanence, si bien que les plus privilégiés se sont réfugiés sous terre tandis que le reste du peuple est resté en surface...

Après Dernière heure ou, plus anciennement à l'époque de leur collaboration avec Delcourt, Larme Ultime, les éditions Akata nous proposent ici une nouvelle oeuvre de science-fiction quelque peu atypique, dans la mesure où elle accorde la première place à la tranche de vie et au quotidien dans un univers SF pourtant sombre. Prépubliée au Japon de 2015 à 2018 dans le magazine Big Comic Spirits de Shôgakukan sous le nom Ageku no Hate no Kanon, Kanon au bout du monde est une oeuvre en 5 tomes qui est la toute première série longue de Kyo Yoneshiro, une mangaka qui a commencé sa carrière en 2013 avec des récits plus courts, et qui, au fil de ses premières années en tant que mangaka, a été joliment remarquée et complimentée par d'autres artistes, comme les mangakas Keiko Nishi, Takako Shimura et Shuzo Oshimi, ou encore les romanciers Fuminori Nakamura et Sayaka Murata. Autant dire que pour un début de carrière, cette jeune autrice s'offre déjà un beau pedigree qui donne très facilement envie de découvrir ses oeuvres.

Dès le début, la mangaka nous offre une construction assez maligne, installant d'emblée une tranche de vie au premier abord classique, entre la découverte de Kanon et celle de ses seuls passe-temps: son job et son amour inconditionnel mais impossible pour Sôsuke. Ce n'est d'abord que par petites touches, au fil de quelques détails intrigants, que l'on comprendre qu'il y a autre chose, avant que le contexte quasiment post-apocalyptique ne se dévoile plus en détails. Si Sôsuke apparaît si inaccessible aux yeux de son amoureuse transie, ce n'est pas pour rien: il est adulé par tout le pays pour sa lutte contre les entités extraterrestres, il est beau, il fait partie des privilégiés vivant sous terre tandis que notre héroïne est une modeste employée à la surface, et surtout il est déjà marié à une femme ravissante et faisant partie de l'élite. Pourtant, Sôsuke reste étonnamment un homme très abordable: il n'est aucunement élitiste, fréquent des boutiques de la surface dont la pâtisserie où travaille Kanon, parle facilement à notre héroïne... Rien de mieux pour déstabiliser toujours plus Kanon !

Une Kanon qui, il faut bien le dire, s'avère facilement attachante, malgré ses côtés un peu "freaks". Kanon, si on ne la connaît pas, peut très facilement passer pour une fille dans son monde, décalée tellement rien ne compte pour elle à part Sôsuke, voire un peu stalkeuse sur les bords puisqu'elle passe sa vie à épier son cher amour et à collection des choses sur lui, ce qui lui vaudra même des remarques de son entourage ou des amis de ses amis (qui ne la connaissent pas). Mais derrière cette façade, lectrices et lecteurs ont surtout très vite le loisir de voir que Kanon est surtout une fille qui a peu confiance en elle, qui est un peu inadaptée, qui a conscience de cela, mais qui ne peut s'empêcher d'aimer l'homme qu'elle a toujours aimé. Quel que soit son physique et son caractère.

Car oui, il y a une autre petite particularité concernant le travail et le statut de Sôsuke: sa capacité de "régénération". A chaque affrontement contre les entités extraterrestres il peut ressortir gravement blessé, jusqu'à perdre un membre par exemple, mais au bout d'un certain temps il se régénère grâce à une technologie de pointe. Seulement, cette régénération s'accompagne de changements physiques et psychologiques, un fait que l'autrice installe aussi très bien au début autour de l'intrigante petite affaire d'un grain de beauté présent sur l'oreille de Sôsuke puis qui n'est plus là à sa rencontre suivante avec Kanon. On touche là l'un des éléments les plus intrigants de ce premier tome: au fil de ses régénérations, Sôsuke peut changer un peu physiquement, peut complètement changer de goûts voire de personnalité, mais malgré tous ces changements étranges Kanon continue de l'aimer comme une folle. Est-ce l'amour véritable ? Jusqu'où cet amour pourra-t-il aller ? On peut se demander si c'est un sujet que la mangaka va continuer de développer par la suite, mais en attendant de voir ça elle referme surtout ce premier volume sur un événement-choc qui donne foncièrement envie de lire la suite.

Visuellement, notons avant tout que Kyo Yoneshiro privilégie clairement le quotidien à la SF. La science-fiction est omniprésente dans le récit, mais on ne voit jamais les combats, tout au plus quelques bribes à la toute fin, car la dessinatrice, tout comme le faisait la regrettée Yû dans son manga Dernière Heure, préfère largement se focaliser sur ses personnages, qu'elle parvient à dessiner de façon émotionnelle et sensible (enfin, surtout Kanon, que l'on oit sous tous les aspects), voire à sublimer dans certains moments de mise en scène excellents (comme en page 149). Pour le reste, Yoneshiro offre un rendu somme toute assez posé, servant bien l'ambiance de tranche de vie, entre les dessins où elle fait attention aux décors et à certains détails (ne serait-ce qu'un oeuf qui cuit), et la narration qui passe très souvent par le ressenti intérieur de notre héroïne.

Ce premier volume de Kanon au bout du monde pique donc la curiosité comme il se doit, avec son ambiance assez unique, ses idées intrigantes et son héroïne déjà passionnante à suivre autant dans ses tares que dans ses côtés plus attachants. Il ne reste plus qu'à voir ce que Kyo Yoneshiro nous réserve sur la longueur, mais pour le moment tout ceci part bien !

Qui plus est, Akata nous offre une édition satisfaisante, qui attire d'abord l'oeil par sa jaquette au titre "double, l'un écrit normalement et l'autre écrit en rouge de façon déstructurée. A l'intérieur, le papier s'avère bien épais et assez souple, l'impression est très honnête, et la traduction de Ryoko Akiyama est très limpide et ne souffre d'aucune coquille.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.25 20
Note de la rédaction






MN Actus
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