Jour où j’ai décidé d’envahir la Terre (le) Vol.1 - Actualité manga

Jour où j’ai décidé d’envahir la Terre (le) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 22 September 2020

Chronique 2 :

La science fiction est un genre qui reste bien trop marginal en ce qui concerne le manga en France. Quelques pépites sont ponctuellement proposées, on pense notamment à Astra : Lost in Space ou encore Nos temps contraires fraîchement annoncé par Akata, mais d'autres éditeurs se sont cassés les dents en proposant de la SF à un lectorat pas toujours réceptifs. Car si on applaudit les œuvres de Tsutomi Nihei, celles de Yukinobu Hoshino ne remportent peut-être pas le succès escompté chez nous, tandis que le lectorat a tout simplement boudé les mangas Gundam, saga représentante de l'évolution du robot géant vers un space opera complexe et politique. Certes, la SF existe via des œuvres aux tons variés, mais elle demeure en générale peu représentée sur le marché français actuel.

Alors, l'arrivée cet été 2020 de la série Le jour où j'ai décidé d'envahir la Terre chez Ototo sonnait comme une bonne nouvelle. L'éditeur présentait le récit comme une œuvre touchante et onirique, teintée de conquête spatiale et d'envahisseurs divers. Une sorte de retour aux sources pour la maison qui publia, autrefois, un certain Samidare.
Une annonce alléchante donc, mais aussi un programme vaste puisque la série de Maiko Ogawa, autrice que nous découvrons à l'occasion dans nos contrées, totalise 15 volumes. Celle-ci fut prépubliée dans le magazine Gessan des éditions Shôgakukan, entre 2012 et 2018, sous le titre original Hitoribocchi no Chikyû Shinryaku.

En amorce de l’œuvre dont on en attend beaucoup, nous faisons la connaissance avec Kôichi Hirose. Autrefois, celui-ci aperçu des soucoupes volantes, mais ne garde plus de souvenirs depuis qu'une lumière blanche s'est figée sur lui. Aujourd'hui, l'adolescent s'apprête à entrer au lycée. Elevé par son grand-père, il rêve de reprendre son commerce, tandis que son frère jumeaux est hospitalisé, et tandis que son grand frère a pris la voie du libraire. Un quotidien classique mêlé à des questionnements ordinaires pour tout futur adulte... Mais un quotidien qui s'apprête à être bouleversé. Car lors de la rentrée scolaire, Kôichi fait la connaissance d'une camarade de lycée, d'un an son ainée : L'excentrique Nozomi Ôtori. Celle-ci s'affuble d'un étrange masque et se lance à la poursuite du jeune homme, pour lui faire d'étonnantes révélations sur sa propre nature, et sur l'avenir de la Terre...

On cerne rapidement les idées proposées par Le jour où j'ai décidé d'envahir la Terre, ce qui n'empêche pas ce premier tome de se lancer par une tranche de vie somme toute classique. Le cheminement des premiers événements est assez ordinaire, puisqu'on découvrir un héros qui fut sujet d'un fait extraordinaire autrefois, et qui sera impliqué toujours un peu plus dans des actions qui dépassent le commun des mortels. Et cette fois, c'est d'extra-terrestres et de conquête spatiale dont il sera question. Tout le long du tome, Maiko Ogawa nous invite à découvrir l'envergure de l'entreprise de Nozomi, cette humanoïde déjantée qui va proposer à Kôichi une domination pure et simple de la planète. Un projet qui cache un univers assez vaste et des intentions étonnantes par moment, pour un tout qu'on se plait à découvrir un peu plus à chaque chapitre. La mangaka établit très correctement son ensemble et donne l'irrémédiable envie d'en savoir plus, aussi elle distille habilement ses développements et ancre son récit de conquête spatiale dans une tranche de vie touchante, poétique, et parfois même mélancolique.

Car aussi saisissant soit l'amorce de l'univers proposé, on se plait avant tout à suivre Kôichi et Nozomi, ce duo d'adolescents qui se sont bien trouvés et se plairont à chaque fois un peu plus avec l'autre. La grande habilité de ce premier volume est de traiter ses enjeux aussi bien que la relation centrale, sans en faire des tonnes et en misant sur la simplicité et l'intimiste à plusieurs moments. Chaque chapitre ne dépeint pas un affrontement contre un envahisseur, bien au contraire même, puisque les moments du quotidien vécus par les deux protagonistes occupent une place majeure. Et si on accroche autant à leurs côtés, c'est parce que tout deux vont s'ouvrir à l'autre assez rapidement, et parfois de manières qu'on n'attendaient pas. L'excentrique Nozomi cache notamment une certaine facette, là où Kôichi sera le signe de son émancipation. Plus qu'une histoire d'amourettes, c'est pour l'instant une ode à l'ouverture à l'autre qui est dépeinte, avec notamment l’allégorie de la marginalité qui a tendance à isoler un adolescent dans un milieu scolaire. Le sous-texte est évident mais néanmoins très touchant, et le tout a le mérite de s’accommoder parfaitement avec cette histoire d'invasion extra-terrestre, qui cache encore bien des secrets.

Et puisqu'on parle de sous-textes, on apprécie toutes les thématiques qu'introduit Maiko Ogawa au fil des pages. De manière classique, dès lors que des protagonistes sont jeunes, l'histoire nous parle de l'adolescence et du passage à l'âge adulte. Ici, le sujet est essentiellement marqué par un Kôichi qui se questionne sur ce qu'il doit accomplir, là où son entourage sait quoi faire de son existence. Et en parallèle, ce premier tome ne manque pas d'interpeller sur quelques aspects plus mystérieux, toujours en ce qui concerne l'entourage du héros. Il y a donc beaucoup à dire sur tout ce qu'entreprend ce volume de lancement, aussi Ototo ne s'y est sans doute pas trompé en publiant les deux premiers opus en simultanée.

Il convient aussi de parler de la patte visuelle de la mangaka, particulièrement étonnante. A première vue, Maiko Ogawa a un style simple, presque épuré et mignonnet même. Mais ponctuellement, sur les pages d'entre-deux chapitres ou sur quelques planches plus lourdes de sens, son esthétique se fait plus majestueuse, onirique, détaillée... et même violence parfois. Ces dessins bien particuliers viennent alors cristalliser toutes les ambiances du récit et nous interpellent donc sans mal. Clairement, il y a de quoi être curieux d'observer l'évolution esthétique de l’œuvre, sur une durée de volumes.

Histoire de conquête stellaire, quotidien teinté de réflexions sur le passage à l'âge adulte, ode à l'ouverture à autrui, amitié aussi touchante que singulière... Ce premier tome du Jour où j'ai décidé d'envahir la Terre marque aussi bien par l'habilité de son amorce que par ses intentions multiples, et ses tonalités toujours enivrantes. Ototo a fait le bon choix pour renouer avec la SF, ce premier volume étant aussi dense que fort. On signe volontiers pour quatorze tomes supplémentaires, si ceux-ci se révèlent du même acabit que cette entrée en matière.

Un petit mot sur l'édition pour finir : Celle-ci est de bonne facture, avec un papier plutôt fin mais de qualité, et une jolie page couleur d'ouverture qui traduit tout le merveilleux du style de l'autrice. Saluons aussi la traduction de Marie-Saskia Raynal qui rend le récit vivant, et s'adapte à ses ambiances.


Chronique 1 :

Entre deux adaptations de light novel ou deux récits axés fantasy, il arrive que le catalogue des éditions Ototo accueille également des séries inscrite dans d'autres registres tenant du coup de coeur éditorial. C'est dans cette dernière veine qu'arrive, en ce mois de juillet, Le jour où j'ai décidé d'envahir la Terre, un récit bouclé en 15 volumes, qui fut publié au Japon de 2012 à 2018 dans le magazine Gessan de Shôgakukan sous le titre Hitoribocchi no Chikyû Shinryaku (littéralement, "L'invasion de la Terre par une seule personne". Il s'agit de la première publication française de Maiko Ogawa, une jeune mangaka née en 1986 et active depuis une grosse dizaine d'année.

Matsuyoko, une capitale de province de 700 000 habitants environ. Tout commence par une jolie illustration couleur, puis par une première page d'introduction assez intrigante: un garçon se souvenant que, quand il était petit, il a vu plusieurs fascinantes soucoupes volantes dans le ciel, avant que tout ne devienne blanc, sans qu'il ait de souvenirs de ce qui s'est passé ensuite. Depuis, dix ans ont passé, et le petit garçon s'apprête à entrer au lycée. Kôichi Hirose, puisque c'est son nom, a perdu ses parents il y a plusieurs années, et a été élevé avec attention par son grand-père, auprès de son grand frère Ryûsuke qui est désormais adulte et travaille dans la libraire d'à côté, et son frère jumeau Nagi qui est actuellement hospitalisé après un problème du coeur. Le jeune garçon, même pour son entrée dans la vie lycéenne, n'a pas d'ambition folle: son plus grand rêve, c'est de reprendre plus tard le café de son grand-père, un petit endroit où il se sent bien, où il a grandi, où il a pu observer en permanence la fabrication du café par celui l'a élevé avec amour. Bref, des désirs de vie ordinaire... qui risquent bien d'être fortement mis à mal dès son premier jour de lycée, où il se retrouve pris à parti par une bien étrange jeune fille !
Nozomi Ôtori, en classe de première, l'aborde soudainement avant même d'arriver jusqu'au lycée, le visage orné d'un masque bizarroïde, en lui demandant purement et simplement de la laisser collecter sa vie et de lui donner son coeur. Une tentative de fuite plus tard, le jeune garçon se retrouve propulsé et plaqué au sol par la demoiselle, avant une intervention d'un prof... Sous le choc de cette altercation, et marqué par la force de cette adolescente, Kôichi ne sait pas quoi penser de cette furie... C'est une extraterrestre ou quoi ?! En pensant ça, il ne s'attendait sans doute pas à être autant dans le vrai...
Car Nozomi est bel et bien une extraterrestre, qui a été envoyée sur la Terre pour... la conquérir, afin d'apparemment mieux la protéger d'autres potentielles invasions. Rien que ça. La demoiselle est seule dans sa mission, et pour certaines raisons mystérieuses elle a autrefois donné son coeur à Kôichi. Elle envisageait d'abord de simplement le récupérer, mais a finalement une autre proposition à faire au jeune garçon: qu'il l'aide à conquérir la planète. L'adolescent n'a pas vraiment le choix s'il veut protéger ses proches, à commencer par son grand-père, d'invasions de créatures bizarres qui commencent à survenir. Une aventure pas comme les autres peut commencer...

Un lycéen normal, une première rencontre fracassante et presque absurde, une héroïne délicieusement excentrique et désireuse de conquérir la Terre... Avouez: si vous l'avez lue, ce pitch vous fera forcément penser un peu à une autre série sortie il y a quelques années chez Ototo: le génialissime Samidare. Mais la comparaison s'arrête à peu près là, dans la mesure où le récit d'Ogawa sera évidemment voué à suivre son propre cheminement, cheminement que l'on se plaît déjà beaucoup à découvrir ici.

En premier lieu, grâce aux premiers éléments de scénario qui se mettent en place: des premiers petits éléments(comme sa cicatrice disparaissant soudainement) faisant comprendre à Kôichi que Nozomi dit peut-être la vérité, puis l'irruption d'un robot-extraterrestre peu amical, la guérison immédiate des blessures de notre héros... A partir de là, difficile pour Kôichi de ne pas admettre l'improbable vérité. Puis arrivent de façon fluide les premières informations sur les invasions extraterrestres menaçant la Terre et sur la mission confiée à Nozomi... ainsi, surtout, que pas mal de points mystérieux, essentiellement autour de l'incident vécu par Kôichi quand il avait 5 ans (celui de la toute première page), du black out de sa mémoire, de la raison pour laquelle Nozomi aurait bien pu lui donner son coeur (chose dont elle-même n'a pas de souvenir)... et forcément, on se demande aussi si, sur la longueur, il y aura des liens avec l'opération du coeur de Nagi, ou encore avec la disparition des parents de notre héros. Bref, pas mal de mystères, et tout autant d'hypothèse peuvent germer dans l'esprit du lecteur, pour un récit stimulant.

Mais si le récit stimule facilement et nous immerge sans mal, c'est aussi pour la réussite que constituent déjà ses deux personnages principaux. Dans ses désirs et rêves d'avenir simples ainsi que dans son envie de faire confiance à Nozomi, Kôichi se révèle vite attachant, et il ne fait aucun doute que l'on suivra son parcours avec beaucoup d'intérêt. Désirant plus que tout protéger son grand-père, ses proches, son café, l'adolescent prend toutefois conscience dès ce premier tome de son impuissance face aux premières menaces.

Mais c'est surtout Nozomi qui régale, tant la miss offre déjà de nombreuses facettes d'elle. Tandis que l'on apprend qu'elle ne s'est réveillée qu'il y a seulement 6 mois, la demoiselle affiche d'emblée (avec son masque et sa façon de prendre à parti Kôichi) un côté assez exubérant, excentrique, qui ne fera que se confirmer très souvent dans l'enceinte du lycée, où elle tend plutôt à faire n'importe quoi (s'enfuit par les fenêtres, tailler les buissons, porter des déguisements...), quitte à ce que plein de rumeurs courent sur elle. La jeune fille est, souvent, fun à observer dans ce genre de petites frasques... mais ces frasques ne cacheraient-elles pas en réalité d'autres choses ? Avec sa force, ses paroles, et un comportement presque égoïste et je m'en foutiste quand Kôichi lui demande de sauver son grand-père, l'adolescente peut au premier abord faire flipper, et sans doute est-ce aussi pour ça que personne ne l'approche au lycée (en plus de ses excentricités). Mais derrière cette apparence solitaire, il y a surtout une authentique solitude. Nozomi a été envoyée en mission seule, car elle est née pour ça, sans avoir vraiment de contact avec les siens. Et cette solitude, on la ressent souvent, que ce soit en la voyant rester dans son coin en classe, ou en se montrant particulièrement heureuse d'avoir pour la première fois de sa vie un partenaire, quelqu'un à ses côtés, chose qui la rend assez adorable à plusieurs reprises. Mais bien qu'elle ait un partenaire, il lui faudra aussi comprendre exactement ce que cela signifie, elle qui a tendance à poursuivre ses combats seule et, pire, à vouloir se faire croire plus forte qu'elle ne l'est... Nul doute que la relation qui se construira entre elle et Kôichi sera alors un élément central, qui captive déjà pas mal.

Visuellement, Maiko Ogawa montre un style particulièrement agréable. Si les designs humains sont simples, ils restent très efficaces grâce à des traits doux et un peu ronds, presque enfantins qui rendent notamment encore plus prenants les moments de tranche de vie et de relations entre les deux héros. Et puis, ce style permet aussi de faire ressortir chez la jeune fille extraterrestre des bouilles mignonnes à souhait. Les premiers designs d'ennemis extraterrestres se veulent assez inventifs même s'ils sont peu mis en avant pour l'instant, et leurs apparitions correspond souvent à de brefs et soudains changements de tons, avec une touche un peu plus brutale et sanglante nous faisant bien comprendre que la mission de Nozomi, ce n'est pas du semblant. De nombreux angles sont bien trouvés, les décors sont soignés, l'autrice a aussi une manière bien à elle d'encrer et de tramer avec de jolis petits effets, et surtout certains pleines pages ou doubles-pages en jettent dans l'atmosphère qu'Ogawa arrive à poser soudainement, que cette atmosphère soit tout à tour presque contemplative, enjouée, onirique, ou plus dure... En somme il y a vraiment quelque chose qui pique notre attrait dans les planches de la mangaka, et qui colle bien à son histoire.

Au bout du compte, le constat est là: Le jour où j'ai décidé d'envahir la Terre s'offre une très bonne entrée en matière avec ce premier volume enlevé, rythmé, beau, porté par deux personnages principaux déjà attachants et par des variations d'ambiance du plus bel effet. Tout nous promet un très bon récit, qui devrait sans nul doute s'enrichir encore par la suite.

Cette chronique ayant été réalisée à partir d'une épreuve numérique non-corrigée fournie par l'éditeur, pas d'avis sur l'édition !
   

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction






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