Issak Vol.1 - Actualité manga

Issak Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 07 May 2018

Critique 2 :

Ki-oon, toujours sur les bons coups, vient nous proposer un titre mêlant action et récit historique avec deux auteurs d'expérience aux commandes!
Au scénario on découvre Shinji Makari, inconnu en France mais responsable d'une longue série ayant rencontré un fort succès au Japon, à savoir "Yugo the negociator". L'auteur a beaucoup voyagé et retranscrit son amour des voyages et de ce que les cultures peuvent partager au travers de ses récits.
Aux dessins on retrouve le talentueux Double-S, qu'on a pu découvrir dans l'excellent bien qu'assez inégal "Jusqu'à ce que la mort nous sépare", déjà chez Ki-oon!
Avec ce titre l'éditeur vient encore renforcer son catalogue de titres historiques, déjà assez conséquent, ce qui n'est pas pour nous déplaire.
Ce binôme nous propose de suivre le destin d'un mercenaire Japonais au sein d'une Europe divisée en plein 17e siècle, une aventure passionnante mais sanglante qui nous promet de bien belles choses!

Nous sommes en 1620, l'Europe se déchire dans une guerre opposant catholiques et protestants! En ces temps de guerre il n'est pas rare que les seigneurs des provinces engagent des mercenaires...Issak est de ceux là! Mais celui ci se fait remarquer non seulement par ses armes étranges et peu conventionnelles, mais également par son apparence; en effet Issak est un Japonais, exilé de son pays, louant donc ses services dans ces contrées qui lui semblent lointaines!
Il rejoint la forteresse de Fuscsburg, en Allemagne, prête à subir un assaut mais, recueillant déjà de nombreux réfugiés...tout semble perdu, les mercenaires s’apprêtent à quitter les lieux avant une bataille qui semble perdue d'avance, mais Issak décide de rester...et fait la différence grâce notamment à ses talents de tireur hors pair!

Un peu à l'image de son auteur qui a voyagé et s'est retrouvé souvent sans doute le seul Japonais dans un pays étranger, Issak va participer à une guerre qui n'est pas la sienne!
A première vue cela pourrait choquer de trouver justement un mercenaire Japonais dans l'Allemagne du 17e siècle, et pourtant, suite au siège d'Osaka en 1615, nombre de samouraïs, n'étant plus forcément bien vus, se sont exilés afin de continuer à louer leurs services guerriers à l'étranger.
Makari a découvert cela il y a quelques années et a décidé d'en faire le sujet de son récit...c'est surprenant et original, et donc passionnant!
Issak est donc un donc exilé ne pouvant retourner dans son pays, il va donc s'investir dans cette guerre de religions qui ne sont pas la sienne, une guerre nommée "la guerre de trente ans"!

Raconter l'histoire d'un Japonais exilé, bien qu'intéressant, ne suffisait pas, il fallait lui donner des motivations personnelles, et quoi de mieux qu'une sombre histoire de vengeance?
C'est ainsi que Issak a rejoint le continent pour retrouver l'assassin de son maître, un certain Lorenzo, un capitaine de l'armée Espagnole! Sa présence au sein de la forteresse de Fuchsburg n'est donc pas un hasard puisqu'elle lui permet de lutter contre l'armée catholique Espagnole au sein de laquelle il espère retrouver ce fameux Lorenzo!
Nous découvrons donc un personnage taciturne, peu bavard, il faut reconnaître, qui déborde de classe, et qui s'avère être un combattant exceptionnel qui va surprendre tout le monde avec le maniement d'un fusil qui parait trop long...Issak est clairement un sniper! Alors qu'on s'attendait à ce que l'auteur nous présente un samouraï dans la plus pure imagerie de ces derniers, maniant le katana de façon meurtrière (ce qui ne manquera pas d'arriver), les auteurs appuient surtout sur sa capacité à utiliser son fusil! Ce sont donc ses prouesse au tir qui le feront remarquer par ses alliés!
Ces derniers, assez charismatiques également, apparaissent pour le coup comme de simples spectateurs qui se reposent un peu trop sur leur nouvel allié dont ils ignorent tout! A ce stade du récit il est difficile de savoir s'ils seront des personnages récurrents ou juste de passage dans la quête de vengeance de notre héros appelés à bouger!
Ce qui semble plus certain, c'est qu'il est accompagné d'une jeune fille qu'il a sauvé et qui se prend d'affection pour lui, elle est à la fois intriguée et fascinée par cet étranger...

Comme tout récit historiques, les auteurs se sont documentés et nous fournissent nombre de précisions enrichissantes sur cette partie de l'Histoire que je suppose bien peu d'entre nous connaissent! Mais Issak n'est pas Cesare, les auteurs semblent vouloir orienter leur récit vers l'action! Et à ce niveau nous ne serons pas déçu! D'emblée nous pénétrons dans un récit violent où les morts plus ou moins sanglantes vont se succéder. Ce qui est d'autant plus intéressant avec ce type de récit c'est que nous avons droit à plusieurs types d'affrontements, qu'il s'agisse de corps à corps, de duels, de grandes batailles, de prise de forts...les auteurs nous en donnent pour notre argent dès le premier tome!

Pour ce qui est du dessin, on retrouve le style de Double-S mais il semble manquer parfois de finesse, on a presque le sentiment de découvrir des vieux travaux antérieurs à "Jusqu'à ce que la mort nous sépare". Cela se traduit notamment par des arrières plans un peu vides!
Cela n'enlève rien à son joli coup de crayon mais il est amusant de noter une telle évolution entre les deux séries.

Ki-oon de son coté continue de faire de l'excellent travail avec une très belle édition, un papier de qualité tout comme l'est la traduction!

Un excellent premier tome qui parvient à nous surprendre malgré le nombre de récits historiques de plus en plus nombreux!
On attend la suite avec impatience!


Critique 1 :

Déjà connu en France pour la partie visuelle de la série d'action Jusqu'à ce que la mort nous sépare, où il savait généralement assurer le spectacle malgré des coups de mou et de grosses inégalités dans le scénario de Hiroshi Takashige, le dessinateur Double-S est de retour aux éditions Ki-oon avec Issak, série lancée en 2017 au Japon dans le magazine Afternoon des éditions Kôdansha. Cette nouvelle oeuvre vient enrichir un peu plus le catalogue de titres plus ou moins historiques déjà assez conséquent de l'éditeur, et voit Double-S mettre en images un scénario de Shinji Makari, un auteur jusqu'à présent inédit en France, mais auquel on doit dans son pays une très longue fresque qui a duré de nombreuses années et dont le nom n'est pas tout à fait inconnu chez nous: Yûgo the Negociator. Mais au-delà de ça, Makari se distingue également par son parcours atypique, qui l'a amené à voyager aux quatre coins du globe. Installé pour ses études à Hambourg à la fin des années 1960, il en a profité pour vadrouiller dans plusieurs pays d'Europe, dont la France en début d'année 1968, à une période de révoltes. Par la suite, il a été pendant plusieurs années journaliste international, ce qui l'a amené à voyager énormément, de l'Europe à l'Iran en passant par la Turquie et, surtout, l'Inde, un pays qui le passionne et où il a déjà effectué plus de 70 voyages.

En vieillissant, Makari a ensuite choisi de mettre à profit sa culture et sa connaissance du monde pour créer des scénarios de manga, et ici, il nous transporte en 1620 en Allemagne... mais aux côtés d'un personnage principal japonais ! Une idée étrange pour cette époque ? Pas si sûr, car des Japonais, il yen avait bel et bien sur notre continent à cette période. Comme il l'explique dans sa postface, c'est une chose que Shinji Makari a découverte dès les années 1970, en tombant sur une fresque de l'Europe du XVIIè siècle où figurait un portrait de soldat japonais. Ayant poursuivi plus tard ses recherches sur le sujet, il est tombé sur des documents expliquant qu'à l'époque, des samouraïs japonais, qui n'avaient plus leur place dans leur pays après le siège d'Osaka en 1615 qui a mis fin à leurs heures de gloire, sont devenus des rônins et ont choisi de quitter le Japon pour pouvoir continuer d'exercer leur art du combat ailleurs, souvent sur des terres éloignées qu'ils ne connaissaient pas du tout et où ils devinrent des mousquetaires (comprendre par là, des utilisateurs de mousquet) mercenaires. Une ruée vers l'inconnu d'autant plus courageuse qu'à l'époque, une loi japonaise interdisait à quiconque partait à l'étranger de revenir un jour au Japon.

Issak, notre héros, fait donc partie de ces mercenaires exilés, et est désormais plongé au début de la guerre de Trente Ans, qui a déchiré notre continent entre 1618 et 1648 dans un conflit violent entre protestants et catholiques. Mais plus que pour simplement offrir ses talents de guerrier, lui est arrivé en Europe avec un objectif précis: retrouver l'homme qui a tué son maître, qui se fait appeler Lorenzo, et qui aurait intégré les rangs catholiques au sein de l'armée espagnole. Après un très long voyage où il est passé par Batavia (l'ancien nom de Jakarta, dans l'actuelle Indonésie qui était à l'époque néerlandaise) puis par la Hollande (ce qui lui a permis d'apprendre le Néerlandais), le voici arrivé en Allemagne, où il a choisi de rejoindre les forces protestantes, afin de pouvoir lutter directement contre l'armée espagnole ennemie qui est aux alentours. Son récit commence alors qu'il vient de sauver d'un viol une jeune fille du nom de Zetta, et qu'il rejoint la forteresse de Fuchsburg qui s'apprête à être assiégée par les forces catholiques...

L'intrigue nous fait très vite entrer dans le vif du sujet, avec la rapide tentative de viol, l'arrivée dans la forteresse et les premiers conflits. Ainsi, Shinji Makari donne tout de suite le ton, et Double-S n'a alors qu'à s'exécuter pour mettre en image un scénario d'ores et déjà très branché action ! Entre bataille de siège, défense de la forteresse et escarmouche, plusieurs affrontements ont déjà lieu, et Double-S parvient globalement bien à trouver ses marques, avec un trait dynamique et un rendu qui se veut assez nerveux. Il y a bien certains moments de batailles en groupe qui peuvent sembler un petit peu confuses, mais peut-être est-ce voulu, afin de faire ressortir l'aspect un brin chaotique et sanglant des rixes. En dehors des moments d'action, on appréciera la finesse et l'expressivité du trait des personnages, une chose qui n'a pas changé chez le dessinateur depuis Jusqu'à ce que la mort nous sépare, et qui renforce bien le dynamisme. Concernant l'aspect historique, on devine parfois que les auteurs ont du mal à trouver de la documentation visuelle sur cette période précise, ce qui se ressent par exemple dans certains bâtiments assez classiques, ou dans certains paysages naturels qui ont un peu trop des allures de photos peu retravaillées. De même, les tenues ont parfois un peu trop un aspect photo, ce qui vaut surtout pour l'armure de samouraï d'Issak, mais globalement il y a une volonté d'être assez rigoureux et riche, et rien n'empêche de se laisser facilement emporter par ce début d'intrigue déjà très animé.

Avec une contextualisation qui est assez bien distillée pour ne pas paraître lourde, la mise en place se fait dans le feu de l'action, et parvient à rendre assez efficace son personnage principal, Issak (vu qu'il est japonais, on se demande d'où vient se nom, peut-être que la suite nous le dira). Animé par le désir de vengeance au point d'avoir définitivement laissé derrière lui son pays d'origine, il détonné forcément dans le paysage européen d'alors, bien sûr par son allure asiatique et son armure bien différente des autres, mais également par le statut à part de son arme, un mousquet novateur qui fut forgé par son maître, et qui lui permet d'être redoutablement précis, même quand il tire de loin. Et si vous vous étonnez de ne pas avoir le bon vieux cliché du samouraï se battant au sabre, stop: à l'époque, les combattants nippons connaissaient déjà les armes à feu et les utilisaient déjà depuis plusieurs années, donc rien d'étonnant à ce qu'Issak arrive en Europe en ayant cette connaissance. Autour d'Issak, Makari se réapproprie volontiers certaines figures historiques de l'époque : le Comte Palatin du Rhin (Frédéric V à l'époque), Spinola... et on se demande parfois ce qu'il en fera exactement et s'il cherchera à rester fidèle historiquement (par exemple, dans ce premier tome, on peut se demander ce qu'il en est réellement de Spinola, étant donné que les sources historiques situent plutôt sa mort en 1630). Enfin, on reste assez intéressé par la perspective de voir, par la suite, un certain portrait des évolutions d'alors (l'Europe quittait le Moyen-Âge et était en route vers la modernité) et, surtout, des possibles différences culturelles entre le Japon féodal et l'Europe médiévale. A ce titre, on distingue déjà quelques différences entre Issak, qui a un certain honneur, et certains autres mercenaires ou combattants pensant plus à l'argent ou au viol.

Sur ce premier tome, Shinji Makari et Double-S offrent donc des débuts prenants, avec un bon lot d'action dynamique et d'éléments intrigants entre Histoire et fiction. L'oeuvre propose de belles promesses qui ne demandent qu'à se confirmer, donc affaire à suivre !

Ki-oon propose ses habituels standards de qualité au niveau de l'édition, avec papier alliant épaisseur et souplesse, très bonne qualité d'impression effectuée chez l'imprimeur Aubin, une traduction fluide et bien vivante de Géraldine Oudin, quelques petites notes de traduction quand nécessaire, et une adaptation graphique soignée.


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Erkael

16 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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