Interspecies Reviewers Vol.1 - Actualité manga

Interspecies Reviewers Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 22 September 2021

Entre deux sorties de mangas issus de licences populaires (DanMachi Episode Ryu, Re:Zero arc 4 et Chronicles), cette année 2021 semble également vouée à poursuivre une certaine diversification chez Ototo. Ainsi, l'éditeur a accueilli en juin son premier webtoon avec Tower of God, et lance ce mois-ci sa toute nouvelle collection Mues vouée à explorer des sujets modernes de notre société, et dont le tout premier titre Sex Education 120% s'annonce déjà très prometteur. Mais entre ces deux nouveautés élargissant un peu plus le catalogue de l'éditeur, une autre nouveauté délicieusement gratinée est arrivée en juillet: un manga ne ressemblant à aucun autre et qui ne fera pas tâche à côté de Monster Musume, à savoir Interspecies Reviewers.

De son nom original Ishuzoku Reviewers, cette série a été popularisée à l'international en hiver 2020 avec son adaptation animée, dont la diffusion en France sur la plateforme Wakanim avait pas mal fait parler d'elle, tant l'oeuvre faisait figure d'OVNI. Lancée au Japon en 2016 dans le Dra-Dra-Dragon Age (un dérivé du célèbre magazine Dragon Age) des éditions Fujimi Shobo où elle est toujours en cours, elle est la toute première série longue de masha, un mangaka que l'on découvre en France pour l'occasion, et qui semble décidément aimer les récits coquins puisque, en dehors de sa série-phare, il a également participé à une anthologie collective sur Monster Musume, ainsi qu'à des anthologies collectives yaoi. En revanche, le scénariste n'est pas tout à fait inconnu dans notre pays puisqu'il s'agit d'Amahara, dont on peut lire le hentai Chasteté Inversée chez Hot Manga et son équivalent plus "grand public" Chastity Reverse World chez Meian, et dont le manga (inédit en France) Heion Sedai no Idatentachi connaît en ce moment-même une adaptation animée, actuellement diffusée en France sur la plateforme Crunchyroll sous le titre The Idaten Deities Know Only Peace.

Interspecies Reviewers nous plonge dans un monde de fantasy... mais dans une facette habituellement occultée de ce genre d'univers: ses lupanars. Car il va de soi que les aventuriers aussi peuvent avoir de forts désirs, et que la diversité des espèces dans ces contrées fantastiques peut nourrir une laaaarge variété de fantasmes. L'humain Stunk et l'elfe Zel en sont d'ailleurs les principaux exemple,s dès les toutes premières pages, puisque le premier adore le charme des elfes gardant une apparence jeune malgré leurs centaines d'années, tandis que le deuxième préfère largement le charme d'humaines cinquantenaires qui apparaissent jeunes depuis son statut d'elfe. Totalement obsédés du cul (comme ils le disent eux-mêmes, au grand dame de Maidrea, la serveuse harpie du bar leur servant de QG), ces queutards de l'extrême se sont même lancés dans un objectif fou: forniquer avec le plus d'espèces différentes puisque chacune a ses spécificités, et rédiger à chaque fois un rapport de leurs ébats (positifs ou négatifs) sous forme de critiques toujours plus populaires. Dans cette tâche, ils sont bien souvent accompagnés de "collègues" récurrents, à commencer par Curim, un mignonnet ange cachant son hermaphrodisme, et dont l'allure pure et innocent est proportionnelle à la taille de son braquemart.

Plus d'un fan de fantasy a sans doute déjà nourri quelque fantasme sur des créatures de fantasy (les populaires elfes en tête), le nombre incalculable d'oeuvres coquines sur le sujet en étant un bon témoin. Les héros d'Interspecies Reviewers, eux, ont donc décidé de vivre à fond ces fantasmes en se frottant à un très large paquet d'espèces différentes: elfes, piafs (comme les harpies, entre autres), fille-chats, filles-poulpes, filles-salamandres, démones, esprits de lumière... tout y passe dans les lupanars du quartier Duplaisir, pour autant d'expériences sexuelles très variées. Et pourtant, là où Interspecies Reviewers aurait pu être un manga érotique comme un autre avec son lot de coïts sexy, l'oeuvre trouve le moyen de ne pas tomber totalement dans ce piège, pour se focaliser sur d'autres aspects.

En tête, il y a le dessin très particulier de masha, qui ne plaira assurément pas à tout le monde, mais qui a ses qualités ici, en serait-ce que parce qu'il évite précisément d'être trop sexy. Ainsi, son dessin légèrement "cartoonesque" joue bien plus sur l'expressivité et sur les designs improbables que sur un rendu réellement aguicheur. Et bien que la nudité soit bien présente, il est même très rare de voir réellement tout de cette nudité (des tétés parfois, mais jamais les sexes), tout comme on ne voit quasiment rien (voire rien du tout) des ébats, car le scénariste veut visiblement jouer sur d'autres choses dans son récit.

En effet, celles et ceux connaissant déjà un peu le travail d'Amahara savent qu'il aborde rarement le sexe et l'érotisme de façon classique. Son hentai Chasteté Inversée était surtout intéressant pour son inversion de rôles où c'était les femmes qui étaient plus libidineuses que les hommes, chose ensuite reprise dans Chastity Reverse World pour un résultat interrogeant même un peu sur la sexualité. Ici, c'est un peu le même topo: plutôt que de mettre en scène les différents fantasmes véhiculés par ses nombreuses héroïnes, Amahara les détourne, joue dessus, en mettant en scène des héros certes totalement obsédés mais surtout joyeusement débiles, et n'hésitant jamais face à une partie de jambes en l'air, même les plus extrêmes, à l'image de leur orgie avec une horde de succubes de rang inférieur qui les laisse aux portes de la mort. On pourra aussi évoquer le passage avec la très chaude (au sens premier du terme) femme-salamandre parodiant l'étrange pratique nippone du nyotaimori (manger sur le corps d'une femme nue), ou encore les deux chapitres dédiés au changement de sexe et faisant découvrir à nos héros l'autre côté.

Tout ceci est narré dans une ambiance qui se veut toujours bon enfant (jamais de relations forcées, tout le monde est jovial, les personnages féminins sont tout aussi partants que nos héros), mais avec un humour se voulant très rentre-dedans dans les textes: plus que les dessins, ce sont effectivement les dialogues qui se veulent crus et qui n'ont aucun filtre, avec un champ lexical du sexe vivement exploité, ce qui nourrit fort bien l'humour assez gras.

Enfin, concernant l'édition, on a droit à une bonne copie, en particulier pour la traduction de Kevin Stocker qui se lâche et s'en donne à coeur joie. Le papier et l'impression sont d'honnête qualité, le lettrage est soigné, et la première page en couleurs est appréciable. Il faudra tout de même accepter de payer 7,99€ pour un tome ne dépassant pas les 130 pages, mais en contrepartie la lecture est souvent très bavarde.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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