Histoires Sans Fin Vol.1 - Actualité manga

Histoires Sans Fin Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 01 March 2019

Entre Beyond the Clouds, Momo et le messager du Soleil, Noise, Sous un ciel nouveau et Lost Children, l'année 2018 fut riche en créations originales en collaboration directe avec des artistes japonais chez Ki-oon, et face au succès rencontré l'éditeur a évidemment décidé de poursuivre dans cette voie en 2019 ! Ainsi, 4 nouvelles créations originales seront à découvrir cette année, et la première à nous parvenir est un récit pensé entièrement en couleur et en sens de lecture occidental. Rejoignant la collection Kizuna de l'éditeur, Histoires sans fin est une série prévue pour compter trois volumes, et qui est l'oeuvre de Geco Hirasawa, une artiste qui a d'abord fait des études d'architecture, s'est ensuite faite connaître en étant illustratrices pour divers livres, et qui signe ici son tout premier manga. Il faut toutefois signaler que le personnage principal de sa série, Marie, existe depuis déjà plusieurs années, l'autrice lui ayant donné naissance dès ses années de collège dans ses dessins, puis en ayant fait son héroïne dans des fanzines qu'elle vendait en tant qu'amatrice dans des conventions parallèlement à ses études. Evidemment, depuis les premiers jets Marie a changé de look, mais son caractère complètement hors des normes est toujours resté le même selon celle qui l'a créée.

Marie, c'est donc une jeune fille qui, comme un alter ego de son autrice où elle aime rejeter les dictats de la société, vit un peu comme ça lui chante sans se soucier du reste. Fantasque, exubérante, impulsive et disant toujours tout ce qu'elle pense sans détour, elle est forcément difficile à suivre pour son entourage, et ça se ressent certes très, très vite mais assez bien dès les premières pages, où elle laisse en plan sans crier gare sa camarade de classe pour partir à la recherche de son chat fugueur. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'en coursant le matou jusque dans une librairie, elle va tomber sur un vieux numéro de magazine de bande dessinée assez particulier: l'ultime volume de "Nomad Comic", un magazine qui s'est soudainement arrêté car son rédacteur en chef était trop tyrannique, si bien que toutes ses histoires sont restées sans conclusion, et que le dernier numéro de ce magazine est lui-même resté avec de nombreuses pages blanches. Et si le destin de Marie était d'offrir des fins à toutes ces histoires ? Il faut croire que c'est la volonté du magazine, puisque celui-ci l'aspire soudainement ! Plongée dans les pages du vieux mensuel, Marie ne tarde pas à y retrouver le fameux rédacteur en chef, coincé là depuis longtemps. Et loin d'être effrayée, la jeune fille décidé immédiatement de se plonger à tour de rôle dans chacune des histoires inachevées afin de les amener jusqu'à une conclusion, en espérant pouvoir retourner dans son monde une fois que tous les récits auront une conclusion...

Si le concept a un petit goût de déjà vu, la manière dont Geco Hirasawa le mène est assez unique et pourra plaire autant que laisser sur le carreau, selon les goûts. Et cela est essentiellement dû à une héroïne vraiment pas comme les autres ! C'est bien simple, Marie est une fonceuse qui ne se laisse dicter par rien et qui fait ce qui lui chante. Elle est aussi libre que forte, du coup forcément pas évidente à suivre pour tout le monde, mais elle apporte assurément son vent de fraîcheur et de verve. De ce fait, il ne faut pas s'étonner en voyant qu'elle n'est absolument pas inquiète de ce qui lui arrive, qu'elle ne se pose pas trop de questions et fonce... Et foncer, c'est ce qu'elle fera aussi dans sa manière de devenir un personnages des histoires, histoires qu'elle mènera jusqu'à une conclusion qui ne sera sans doute jamais celle que l'on attend, dans la mesure où sa façon d'agir très librement sort très souvent des cadres habituels.

Ainsi, dans la première histoire où elle s'immisce pendant l'entièreté de ce premier volume, Marie se retrouve dans un monde fantasy où une guerre a lieu entre un royaume et des entités démoniaques menées par le roi-démon, et où le prince cache un fardeau: en réalité fil du roi des démons, il a un statut peu enviable. En débarquant au beau milieu de tout ça, Marie va-t-elle l'aider ? Sauver le monde ? Pas forcément, car en plus de vite choisir d'être dans le camp des démons, elle va proposer au prince des choses surprenantes qui vont offrir au récit une tournure invraisemblable. Et c'est vraiment le comportement presque instinctif et un peu en roue libre de Marie qui fait tout le sel du récit ! Et sitôt que l'on a accepté de se laisser emporter par ses frasques défiant les attentes, on passe un très bon moment... à condition de passer outre une grosse lacune: à force de vouloir embarquer Marie et le lecteur dans un rythme fou, l'autrice oublie un peu d'offrir une histoire réellement immersive. Comprendre par là que tout le déroulement va extrêmement vite, se contente des grandes étapes, et que l'on aurait largement aimé en voir un peu plus. Ca n'enlève toutefois pas grand chose à l'inventivité de Marie, sorte de muse d'une imagination complètement débridée.

Et c'est aussi sur le plan visuel que la mangaka cherche à s'affranchir des normes, afin de nous offrir un manga à la forte personnalité et qui, justement ne ressemble à aucun autre manga. Largement moins nourrie par la culture manga que par des oeuvres et pensées occidentales et par des photographes comme Robert Capa ou Man Ray (c'est ce qu'elle explique en détails dans le numéro 2 du Ki-oon Magazine) Hirasawa a développé un style bien à elle, à base d'angles de vue assez photographiques où elle fait attention autant au placement des personnages qu'au cadrage des bâtiments (dont elle soigne assez l'architecture parfois, sûrement un héritage de ses études), de cases parfois bien éloignées des normes (il arrive, par exemple, que son héroïne en sorte totalement... même sur ce point-là, elle reste complètement libre ! ), de silhouettes dont les contours peuvent parfois sembler tout sauf immuables... Sur ce dernier point, dans le Ki-oon Magazine il est expliqué que Hirasawa, qui travaille uniquement en digital, a choisi pour les premiers chapitres de poser les couleurs avant les lignes finales, ce qui explique sûrement ce rendu assez particulier des personnages. En tout cas, c'est assez original, pêchu, dynamique, et donc bien dans le ton du personnage principal.

Au final, ce premier volume d'Histoires sans fin s'avère plaisant à suivre, dès lors que l'on a adhéré au style assez personnel de Geco Hirasawa ainsi qu'à son héroïne complètement libre. Le concept, sans être forcément neuf, est bien exploité de manière à proposer des histoires folles où l'imagination devrait être le maître mot, et l'on espère simplement que le fond des histoires suivantes sera moins rushé que celui de cette première histoire fantasy. Une chose est sûre: l'oeuvre a un très bon potentiel, si bien que l'on pourrait vite regretter qu'elle soit vouée à ne comporter que trois volumes.

Concernant l'édition, on a un livre de bonne facture, dans le même format que Relife (donc avec une jaquette et des rabats), avec un papier bien épais et absorbant bien l'impression des couleurs. La traduction d'Anne-Sophie Thevenon est assez claire et vivante, et on appréciera les 4 pages bonus sur la naissance de Marie et certains travaux préparatoires.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14 20
Note de la rédaction






MN Actus
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