Goldorak - Classics - Actualité manga

Goldorak - Classics

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 15 October 2021

En décembre 2020, les éditions Kana dévoilent un titre qui en intriguera plus d'un. Après avoir teasé un mystérieux « projet G », une bande-dessinée inédite dédiée à Goldorak est officialisée, un ouvrage voué à intégré la collection « Classics » inaugurée par la saga en trois tomes Capitaine Albator : Mémoires de l'Arcadia de Jérôme Alquié. Une œuvre minutieusement préparée et réalisée par cinq artistes : Xavier Dorison, Denis Bajram, Brice Cossu, Alexis Sentenac et Yoann Guillo. C'est en ce mois d'octobre 2021 que cette histoire inédite nous est rendue accessible via une édition simple (pourtant garni d'une belle poignée de pages supplémentaires) et une version collector qui affichée en rupture avant même sa sortie.

Si les cinq artistes sont des fans invétérés du robot géant créé par Gô Nagai, c'est Xavier Dorison qui pense le projet en premier lieu et en parle à son amis, Denis Bajram. Un projet qui prendra forme et sera validé par le légendaire mangaka, aboutissant à la mise en place d'une vraie équipe pour mener l'ouvrage à terme. En charge de l'aspect scénaristique, Dorison est épaulé par Bajram à la conception de l'histoire. Ce dernier s'occupe aussi de moult aspects graphiques et réalisera la couverture et la jaquette. Ils sont rejoint par Brice Cossu et Alexis Sentenac pour la conception des personnages, les storyboard, la mise en dessin et l'encrage, tandis que Yoann Guillo arrive un peu plus tardivement pour assurer la mise en couleur, avec l'appui d'Anaïs Blanchard. Un tandem qui créera une suite à la série animée Goldorak validée par les ayant-droits japonais, sur une histoire de plus de 130 pages au format franco-belge.

Ce chapitre supplémentaire de Goldorak (qui devient désormais une autre fin à l'histoire) débute des années après la victoire d'Actarus sur les forces de Vega, annihilées. Lui et sa sœur, Phénicia, ont regagné les leurs sur la planète Euphor, après avoir vaincu leurs ennemis jurés. Tous sur Terre ont repris une vie ordinaire, notamment Alcor qui est devenu un véritable homme d'affaires, tandis que Vénusia est devenue interne en chirurgie. Ce havre de paix ne permettait pas de croire qu'une situation dramatique est sur le point de survenir. Le chaos revient sur la planète bleue quand des survivants de Vega, autrefois envoyés en mission pour trouver une planète d'exile accueillante, impose sa venue sur Terre dans un chaos total. Ils réquisitionnent le Japon et laissent un temps limité aux terriens pour évacuer les lieux. Bien que Vénusia et Alcor soient toujours sur place, ils sont impuissants pour faire face à un tel adversaire. Leur salut repose sur Actarus et Goldorak, mais tous deux sont aujourd'hui bien loin...

Donner une suite à une série animée achevée en 1977 est une lourde tâche, d'autant plus quand la séquelle se fait sur un médium artistique différent, et que les fans d'époque sont devenus des adultes aguerris. Bien conscient de ces problématiques, le groupe de créateurs chapeauté par Xavier Dorison a abouti à un récit qui dresse rapidement ses intentions et sa tonalité. Dans cette histoire où les personnages ont grandi, certes bien moins que les spectateurs d'époque entre temps, c'est une ambiance sombre plantée par un combat décisif qui jaillit des pages, via une histoire bien habile qui prend aussi bien en considération la maturité des éternels fans que les problématiques qui concernent notre monde.

Plus qu'une bataille supplémentaire pour Actarus et les siens, évidemment des forces affiliées à Vega, la bande-dessinée Goldorak est une histoire particulièrement cruelle et tragique qui apporte une vision nouvelle de la série de robot née des univers de Gô Nagai. L'émerveillement de voir le fabuleux robot vaincre ses ennemis laisse ici place à une bataille emplie de dilemmes, ou des questionnements se cachent derrière chaque coup porté à l'ennemi. Dans ce récit, il n'y a pas de volonté scénaristique d'émerveiller l'enfant d'autrefois, mais de questionner son regard adulte sur les aventures qu'il a pu apprécier, et les retombées qu'elles ont sur ce nouveau chapitre.

Car d'héroïsme il n'y a pas vraiment tout le long des 136 pages de bande-dessinée. L'histoire est celle d'une fatalité, celle d'une guerre qui n'a que trop duré et laissé de haine derrière elle, menant à une situation fatidique que même Actarus ne peut résoudre avec la simple force de Goldorak. Le héros lui-même ne nous apparaît plus comme un protagoniste valeureux, mais un homme hanté par ses combats d'autrefois. Ce nouveau projet Goldorak pose une ambiance autre, et la mêle à des intentions particulièrement actuelles aujourd'hui. De son aveu, Xavier Dorison fait un parallèle avec l'immigration présente aujourd'hui, dans notre monde, pour établir un constat humaniste, tout comme le sera le fin mot de cette histoire. Plus qu'un récit de robot, Goldorak est ici un drame humain, aussi bien pour ses personnages tous marqués par des dilemmes personnels ou d'orgueils, que pour sa morale qui sonne juste d'une humanité éblouissante, mais trouve un équilibre avec le caractère dramatique de l'œuvre. Dans l'histoire démarrée en 1975 prise avec un regard adulte, une telle guerre ne peut se conclure de manière totalement utopique. Un choix fort qui mène à des ambiances fortes, cruelles ou mélancoliques, toujours subtilement retranscrites par le dessin, la narration et les jeux de couleur.

Pourtant, il y a bien une place au merveilleux dans la bande-dessinée, ne serait-ce par la capacité qu'a cette histoire à amener une autre fin (peut-être celle que les fans auraient voulu apprécier à l'époque) et rappeler au compte gouttes les personnages forts de la série animée. Ceux-ci ont vieilli et sont parfois victimes du temps, comme le lecteur, un rapport qui ne fera que renforcer les liens avec ces attachants personnages qui ont tous un petit rôle à jouer, à compris Rigel qui n'agit pas en tant que simple ressort comique, très loin de là. Et dans le merveilleux, il y a aussi bien des plans mettant en exergue le célèbre robot géant. L'intelligence du récit est de présenter celui-ci de bien des manieurs, à la fois comme un effrayant démon vengeur que comme une figure mécanique héroïque qui a bercé des enfants. Parfois cruel parfois vaillant, Goldorak présente ici un autre aspect de sa superbe.

Une autre question que pourra se poster le lecteur un peu plus jeune, c'est sur l'accessibilité de cette histoire. La bande-dessinée actuelle est une suite à la série animée de 74 épisodes, mais elle ne se réserve pas à l'élite des nostalgiques qui ont grandi avec Actarus et les siens. Un petit rappel de la trame est fait en préambule, tandis que l'ouvrage a pour autre subtilité de se contenter du nécessaire pour créer sa nouvelle intrigue. Il ne faut finalement que quelques bases, avec éventuellement une poignée d'épisodes vus, pour comprendre le contexte et les enjeux, de la même manière que Jérôme Alquié parvenait à créer une nouvelle aventure d'Albator sans avoir nécessairement en tête tout l'anime. Les deux projets partagent d'ailleurs comme point commun l'invitation à la découverte, et nuls doutes que l'envie de voir ou revoir la série d'origine sera un effet récurrent chez le lecteur.

Le projet Goldorak étant fermement attendu, les éditions Kana l'ont célébré comme il se doit, via deux éditions. La première, non limitée et proposée au prix de 24,90€, compte près de 170 pages, dont une trentaine de pages supplémentaires abordant la conception du projet et les différentes étapes qui menèrent à sa concrétisation et à sa validation. Des bonus appréciables et savoureux quand on a aimé la lecture, et une initiative d'autant plus louable pour une édition simple.
A côté, une édition collector limitée à 10 000 exemplaires est proposée. Vendue 45€, elle contient une version enrichie de l'album (avec une vingtaine de pages de plus), un format un peu plus grand avec une jaquette exclusive et un tiré à part, le tout glissé dans un coffret. Bonne chance néanmoins à celles et ceux qui chercheront l'objet sur le tard, les précommandes ayant fermé des jours avant la sortie en librairie de l'ouvrage. Entre passionnés nombreux et spéculateurs crapuleux et dénués de morale, la version collector sera sans doute difficile d'accès.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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