Give My Regards to Black Jack Vol.1 - Actualité manga

Give My Regards to Black Jack Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 12 October 2021

Si le mangaka Shuho Satô n'est connu chez nous que pour une poignée d'oeuvres, son titre phare qu'est Say Hello to Black Jack nous est toutefois parvenu sous l'égide des éditions Glénat, entre 2004 et 2006. Un manga médical qui va au-delà de la simple lecture divertissement tant l'œuvre est dense, a marqué sa société et est sujette à une histoire plutôt hors normes.

C'est sous le titre Black Jack ni Yoroshiku (référence aux « Black Jack » et « Bukkira ni Yoroshiku! » d'Osamu Tezuka) que débute en 2002 la parution du manga, dans le magazine Morning de l'éditeur Kôdansha. L'oeuvre marque, et bouleverse même, puisqu'elle aborde de manière frontale des sujets forts du monde médical japonais, tant d'histoires que le mangaka peut exprimer grâce à des témoignages. L'arc final de la série, débutant au volume 9, marque profondément par sa manière d'aborder la psychiatrie, sujet presque tabou à l'époque. Par les dysfonctionnements montrés, Black Jack ni Yoroshiku fait grandement parler de lui, et peut-être est-ce pour cela que Kôdansha interrompt la parution après 13 volumes. Fort heureusement pour Shuho Saitô, il pourra dessiner 9 tomes supplémentaires nommés Shin Black Jack ni Yoroshiku, entre 2007 et 2010, grâce à une nouvelle parution dans la revue Big Comic Spirits des éditions Shôgakukan. Une publication qui ne s'achèvera pas en bons termes puisque le mangaka, scandalisé par la non rémunération des visuels de couvertures de volumes, laissera en guise de jaquette d'ultime tome un simple logo sur un fond totalement blanc et épuré. En 2012, un autre événement fort marque son manga : Kôdansha met fin à son contrat d'édition sur la première série de manière abrupte, aussi Shuho Saitô décide de se servir de cette décision avec l'audace qui le caractérise. Il annonce ouvertement que les droits de la première série de son œuvre sont totalement libres de lecture, d'édition ou d'adaptation, ce qui mènera à la naissance de plusieurs projets mais aussi à un litige avec Amazon qui saisit l'opportunité pour proposer gratuitement les 13 tomes en libre service, via Kindle, sans reverser un sou à son auteur. En réponse, le géant du commerce en ligne finira par retirer le manga de la plateforme, bien que l'édition numérique y soit toujours référencée aujourd'hui (mais non disponible).

Une sacrée histoire pour un manga malheureusement indisponible depuis bien longtemps chez nous. Qu'à cela ne tienne, le jeune éditeur indépendant naBan s'est saisi de l'œuvre pour en proposer une version « ultime » sous un autre intitulé : Give My Regards To Black Jack. Au programme, 6 tomes épais couvriront les 13 tomes du manga, agrémentés des planches couleur d'origine et d'une nouvelle traduction (réalisée par Pierre Sarot). On notera alors que le prix de 12€ n'a rien d'exagéré pour ouvrages au minimum au format double. Quant à une parution de Shin Black Jack ni Yoroshiku, il faudra sans doute attendre la fin de cette réédition pour l'espérer.

Dans le manga médical de Shuho Satô, nous suivons le jeune homme qu'est Eijirô Satô, jeune diplomé en médecine qui effectue son stage au CHU d'Eiroku. Le garçon est plein d'entrain et de détermination, prêt à sacrifié ses heures de sommeil pour le bien de ses patients. Un boulot qu'il semble avoir trop idéalisé, puisque la réalité le rattrape dès ses premiers jours. Manque de main d'oeuvre, conflits d'intérêts, cupidité des hauts placés jouant avec la vie des autres pour leurs profits... Eijirô va vite se rendre compte des vices qui frappent le CHU, au détriment de la santé des malades. Mais est-ce qu'un rookie comme lui peut réellement changer la situation ?

Tandis qu'on voit quelques manga médicaux pointer le bout de leur nez chez nous (dont le très bon Unsung Cinderella qui prend pour sujet la pharmacie hospitalière), Give My Regards To Black Jack est un titre qui dénote rapidement par son ton sombre et son discours fort et engagé. Loin d'être une simple tranche de vie, ce premier volume narre les premiers pas du jeune Eijirô, une recrue idéalisant le milieu et qui se verra confronté à la vérité implacable du CHU qui l'emploie. Un héros plein de bonne volonté dont la détermination sera mise à rude épreuve dès ses premiers jours, lançant un combat entre lui et une institution pervertie.
Divisée en plusieurs cas de patients, ce premier épais volume n'est pas un récit qui prend pour thème la médecine en tant que simple faire valoir d'un divertissement. Minutieux dans sa manière d'exposer son sujet, Shuho Satô ne fait preuve d'aucune clémence dans le discours qu'il ettaye tout le long de ce tome. On pourrait qualifier cette amorce de chute en Enfer pour le protagoniste qui doit composer avec le peu de moyen à disposition pour tenter d'apporter le meilleur à des patients. Un vrai parcours du combattant dans un univers où se joue la vie d'individus ordinaires, face à un jeune interne au tempérament extraordinaire.

Car si la volonté du mangaka est de pointer du doigt la corruption d'un milieu sans aucun tabou, la détermination sans faille d'Eijirô étonne. C'est un personnage central qui peut sembler idéaliste, et par conséquent naïvement utopiste, mais qui s'enrichit d'une justesse dont fait preuve l'ensemble de ce premier opus. Car avec ce début d'intrigue, Give My Regards To Black Jack n'est pas une fiction opposant un héros sans reproches à ses supérieurs nauséabonds. Le développement global est plus fin que ça, abordant évidemment les dérives liées aux intérêts des puissants, mais sans jamais oublier tous les individus nuancés qui gravitent dans ce milieu. C'est aussi pour ses personnages forts que ce premier tome nous éblouie, ce du médecin acceptant ce triste univers avec fatalité à celui qui souhaite s'élever pour changer ce monde de l'intérieur, en passant, par le praticien à la grande noblesse d'âme mais frappée de désillusions. Chaque figure va, à un moment donné, apporter une leçon à Eijirô, et parfois même réciproquement. Par ces échanges, il se dégage une véritable humanité de ce début d'intrigue, une sincérité forte qui détonne tout particulièrement de la série de Shuho Saitô. Ce premier tome sait nous marquer par des tons sombres, mais aussi de réjouissants moments d'espoir qui sonnent comme l'appel d'un médecin novice mais acharné, débutant un combat contre sa profession.

A ceci s'ajoute une manière pour l'auteur de retranscrire la détermination, sous de multiples aspects. Certains personnages l'ont perdu, d'autres la nourrissent avec du solennel au point de l'enfouir au plus profond d'eux, tandis que d'autres comme Eijirô clament leur niaque haut et fort. C'est par son dessin et sa narration que Shuho Saitô retranscrit ces fulgurances flamboyantes, aussi on aurait tort de juger l'artiste pour son trait et quelques soucis de physionomies. Une patte graphique ne se limite pas à ces éléments, l'auteur prouvant son art par des planches souvent inspirées en terme d'émotion, qu'il s'agisse dans le drame ou dans les petits moments de légèreté qu'on mérite bien entre deux instants forts.

Pour toutes ces raisons, ce premier volume est une lecture riche qui demandera peut-être à certains lecteurs une découverte en plusieurs temps. Et il n'y a pas à en rougir : L'œuvre de Shuho Saitô est volontairement fort et viscérale dans son approche du propos, elle cherche à bousculer de son propre chef plus que de proposer un simple divertissement sur fond d'univers médical. Un tome premier qui ne laisse pas indemne, et qui rend même hâtif de découvrir les batailles suivantes que mènera ce jeune médecin contre un univers empli de limites.

Côté édition, naBan nous offre un bien joli pavé profitant d'une agréable couverture matte et d'un papier à l'épaisseur agréable. A ceci s'ajoutent un lettrage idéal et une maquette de couverture bien pensée de la part de Florent Faguet, tandis que la traduction de Pierre Sarot sait poser les multiples ambiances et les caractères ambigus des personnages, points essentiels à cette intrigue d'une grande humanité. Soulignons aussi la présence des pages couleur de la prépublication qui, en plus de proposer l'art du mangaka sous une autre facette, interviennent à des moments charnières qui soulèvent le rythme de la lecture. Une édition complète et bichonnée, à un prix honnête comme soulevé précédemment.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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