Gichi Gichi Kun - Actualité manga

Gichi Gichi Kun

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 14 November 2019

Doté d'un visage un peu particulier et très souvent neutre, quasiment chauve, s'habillant comme un chinois traditionnel bien qu'il soit en école primaire au Japon, ayant pour nom une onomatopée, Gichi Gichi est un petit garçon à l'allure plutôt étonnante, ce qui ne l'empêche pas d'être assez apprécié pour sa serviabilité ou sa droiture, notamment auprès de Rumi Asaoka, sa camarade de classe et amie, plus mignonne fillette de l'école qui ne manque pas de le faire rougir quand elle le complimente. Mais comme dans toute cour de récré, il y a parfois des petit problèmes à résoudre, et ces problèmes s'étendent parfois même au-delà de l'école. Alors dans ces cas-là, et en particulier quand Rumi est en danger, Gichi Gichi rend lui-même la justice en punissant les méchants, à grand renfort des sortilèges qu'il est capable de créer.

Vous trouvez le pitch de Gichi Gichi Kun enfantin ? C'est bien le cas. Et pourtant, vous êtes bel et bien face à un manga de Suehiro Maruo, mangaka réputé comme étant l'un des maîtres de l'eroguro, du trash sans tabou et de l'immoralité. Mais ici, l'auteur s'essaie à un autre style, qu'on ne lui connaissait pas, mais évidemment il le fait à sa sauce.

Composé de 10 chapitres publiés en 1996 dans la revue Young Champion d'Akita Shoten, et d'un chapitre pilote de 10 pages sorti en 1992, ce one-shot d'un peu plus de 150 pages suit un schéma très simple: hormis le dernier chapitre qui est un peu plus long avec ses 36 pages, chaque chapitre dure 12 pages, reste indépendant et compte une petite péripétie suivant le même schéma: un petit problème arrive, Gichi Gichi réfléchit à comment le résoudre, et exerce sa justice avec sa magie. Même s'il y a quelques exceptions (comme quand Rumi se fait enlever par une secte), les problèmes sont assez standards de tout enfantillages, en faisant notamment appel à quelques visages antipathiques récurrents: Aoyama en faux intello hautain qui veut séduire Rumi et n'aime pas Gichi Gichi, Kuroboshi en brute épaisse cognant avant de réfléchir, Ranko qui est profondément jalouse de Rumi car à cause d'elle elle n'est pas considérée comme la fille la plus mignonne de l'école... On est là dans des problèmes qui sont globalement ceux typiques d'une cour de récré, même si de temps à autre la sorcellerie (surtout dans le dernier chapitre) et des adultes pas toujours bienveillants s'en mêlent. Et qui plus est, les sortilèges de notre cher Gichi Gichi restent gentillets: chaussure-détective pour remonter des pistes, regard maudit pour angoisser l'ennemi, "tour de vis" pour le vaincre physiquement, bouche allant se coller à l'arrière de la tête de la cible pour lui faire dire tout haut ce qu'il pense. Ajoutons à ça un dessin qui évite tout élément véritablement trash (exception faire de la toute dernière page du chapitre pilote, sanglante à souhait), et on constate que Maruo se réapproprie bel et bien des standards de tout récit scolaire enfantin, et pas uniquement en manga.

Mais même si ce manga peut être lu quasiment sans problème par un jeune public, on vous a dit plus tôt que Maruo utilise tous ces poncifs à sa sauce, et ce n'est donc sans doute pas pour rien que l'oeuvre, malgré son côté très accessible (surtout par rapport au reste de la carrière de Maruo), a été prépubliée dans un magazine adulte comme le Young Champion (le magazine de Vampyre, Docteur Inugami Battle Royale, Wolf Guy, Sense... pas de la tendresse, quoi). Et il faut alors sûrement voir avant tout Gichi Gichi Kun comme un manga adressé aux enfants qui sommeillent encore au sein des adultes que nous sommes devenus. Après tout, des problèmes tels que plusieurs de ceux présentés dans ce manga, on les a aussi vécus comme on était dans les cours de récré, et nul doute qu'à cette époque on aurait bien aimé avoir les mêmes pouvoirs que Gichi Gichi Kun pour s'en débarrasser, pour punit la brute de la classe ou pour plaire toujours plus à notre mignonne camarade de classe.

Reste qu'au-delà de tout ceci, Gichi Gichi Kun est également un manga où Maruo, certes sur un autre ton, continue de distiller des problèmes de société comme il sait si bien le faire dans ses récits plus adultes. En s'attaquant à la cours de récré, le mangaka met en exergue les chamailleries bien enfantines voire la cruauté qu'il peut y avoir à cet âge-là, entre la brutalité, la jalousie, etc... Après tout, il y a toujours un fond de portrait de société dans les récits de Maruo.

Visuellement, l'artiste a eu une bonne idée en faisant de Gichi Gichi un héros qui, dans son allure unique, sa façon de se comporter, son visage neutre, contraste avec les autres enfants globalement plus réalistes. Ce héros n'est pas là pour qu'on puisse s'identifier à lui, mais plutôt pour nous pousser à parfois nous reconnaître dans la part de réalisme des autres gosses qui l'entourent, jusqu'à peut-être nous rappeler certaines bêtises que l'on aurait éventuellement pu faire aussi quand on était enfant. Pour le reste, le dessin de Maruo se veut globalement plus clair, avec moins de noir ou de clairs obscurs, cela dit son trait précis se reconnaît tout de suite, son sens du découpage est bien là, et on retrouve également certaines de ses "fantaisies" les plus connues comme les rires lancinants ou les "décorticages" de mouvements et "projections" (notamment des yeux) au sein d'une même case.

Servi dans les désormais habituels standards de qualité du Lézard Noir pour les oeuvres de Maruo (couverture rigide, reliure de luxe, papier bien épais, excellente impression, traduction soignée de Miyako Slocombe), Gichi Gichi Kun est une vraie petite curiosité dans la carrière de Maruo. Plus accessible, plus enfantin, également plus simple du coup et moins représentatif de l'auteur, l'oeuvre reste toutefois bien marquée par l'empreinte unique de Maruo, que ce soit dans ses portrait ou ses visuels.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15 20
Note de la rédaction






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