Errances d'Emanon - Actualité manga

Errances d'Emanon

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 14 Septembre 2018

Critique 2
En tout début d'année, les éditions Ki-oon nous proposaient retrouver Kenji Tsuruta avec ce qui est sûrement son manga le plus célèbre, la saga Emanon, adaptation des nouvelles du romancier Shinji Kajio, pour l'instant forte de trois volumes au Japon. Le premier d'entre eux, Souvenirs d'Emanon, collait parfaitement à tout ce que Tsuruta aime: atmosphère hors du temps, cadres où il peut se permettre de magnifier son goût pour les décors détaillés et proches de photographies, pointe de SF... et une héroïne qui, en plus d'être charmante et insaisissable, révélait l'incroyable capacité de receler en elle toute la mémoire du monde depuis 3 milliards d'années, dont depuis l'apparition de la vie sur terre. A chaque génération, c'est la même chose: cet héritage est laissé de mère en fille à la naissance, et à chaque fois la mère oublie tout dès que sa fille, enfant unique, grandit. De ce concept saisissant et fascinant, Kajio et Tsuruta, dans Souvenirs d'Emanon, tiraient nombre de choses, dont un portrait d'héroïne captivante, et une réflexion sous-jacente sur la Vie et son sens. Inutile de dire que ce concept ne pouvait pas montrer toutes ses possibilités en un seul volume, et c'est donc avec grand intérêt que l'on accueille ce deuxième volet, Errances d'Emanon, paru au Japon en 2012 sous le nom Sasurai Emanon. Prêts à errer une nouvelle fois aux côtés de la plus fascinante des jeunes femmes ?
Sur un total de 200 pages environ, Errances d'Emanon se divise en deux parties, chacune des deux présentant une quête différente de l'entité féminine éternelle, tout en distillant des connexions destinées à grandir.
La première d'entre elles, le temps d'une soixantaine de pages, nous plonge auprès d'Atsushi, un petit garçon vivant dans un tout petit village de montagne à la fin des années 1960. En se promenant en nature à la recherche d'un kappa, il croit vite avoir déniché la créature, qui se révèle en réalité être Emanon, en train de se baigner entièrement nue. De fil en aiguille, la jeune femme se lie avec lui et retrouve une amie, Hikari, au gré de passages dans une auberge ou de virées au sanctuaire ou en nature. Instantanément, Kenji Tsuruta séduit à nouveau par sa capacité à installer une ambiance parfaitement hors du temps, dans un petit recoin perdu où l'on entrevoit calmement, entre autres, certaines croyances, notamment autour des kappa. L'ensemble est d'autant plus captivant que le dessinateur, bien sûr, conserve son trait fin et riche, propose des cadres omniprésents, joue habilement sur la beauté voire la nudité de son héroïne sans la moindre vulgarité, va très souvent chercher des angles de vue très travaillés qui reposent vraiment sur des techniques photographiques... La cerise sur le gâteau ? Hé bien, tout simplement, le fait que l'intégralité de ce récit soit entièrement en couleur. Et sur ce point aussi Tsuruta fait des merveilles: toute sa colorisation est d'une finesse rare et sert réellement l'atmosphère, avec des couleurs à la fois réaliste et légèrement diffuses. Voilà qui sert parfaitement une petite histoire où, tout comme dans Souvenirs d'Emanon, on découvre l'héroïne avant tout à travers le garçon dont elle croise la route. On voit Emanon discuter beaucoup, et à nouveau ce sont ces discussions qui révèlent beaucoup de petites choses. A commencer par le fait qu'elle recherche un trésor dans les parages... mais quelle est la nature de ce trésor exactement ? La réponse qui se dessine est, là aussi, fascinante, tant elle a de choses à dire sur l'errance permanente de la figure d'Emanon. Et à ce titre, le petit épilogue s'avère particulièrement poignant à sa manière, en laissant entrevoir tout le poids que peut porter cette femme qui vit différemment les affres du temps et des changements qu'il provoque inévitablement...
Mais la première histoire de cet opus a également un autre intérêt: celui de suggérer un élément qui va prendre toute son importance dans la deuxième partie: l'Emanon des années 1960 a un frère jumeau, chose qui n'était jamais arrivée dans sa lignée faite exclusivement de filles uniques jusque-là. Dans la deuxième partie qui revient au classique noir et blanc, c'est alors après un autre type de trésor qu'Emanon semble "courir" (preuve que pour une fois, ses errances n'en sont pas totalement): ce frère, qu'elle a laissé derrière elle quand ils étaient encore petits. On repart sur les pas de l'éternelle voyageuse, en profitant toujours autant des décors variés et riches du dessinateur, de ses angles de vue saisissants, et de sa capacité à faire cerner les choses uniquement par la force de ses découpages et de ses mises en scène: il n'est pas rare ici que les textes s'effacent complètement pendant des dizaines de pages, pour laisser totalement s'exprimer des visuels qui ont beaucoup de choses à dire. Jusqu'aux retrouvailles espérées... Cette deuxième partie va alors laisser entrevoir beaucoup de nouvelles donnes sur Emanon: la demoiselle habituellement insaisissable laisse un peu plus entrevoir son passé, son enfance, ses questionnements sur sa condition "éternelle", mais aussi sa façon de considérer la notion de famille, chose qu'aucune personne de sa lignée n'a vraiment pu avoir. Alors, pourquoi ce frère jumeau maintenant ? Quel rôle aura-t-il ? Et à cause de ce qu'Emanon a dû faire quand tous deux étaient petits, les retrouvailles pourront-elles être heureuses ? Mine de rien, Kajio et Tsuruta brassent une multitude de sujets qui invitent à la réflexion et qui enrichissent énormément l'expérience Emanon, pourtant déjà riche rien qu'avec Souvenirs d'Emanon. Et la toute fin d'Errances d'Emanon appelant clairement une suite, on espère pouvoir se replonger vite dans cette oeuvre unique avec la troisième (et à ce jour dernière) adaptation manga de Tsuruta, Zoku Sasurai Emanon.
Ki-oon nous offre une superbe édition, dans la droite lignée de Souvenirs d'Emanon. Le grand format de la collection Latitudes permet de profiter totalement des planches de Tsuruta, les couvertures sont toujours aussi sublimes avec l'embossage du titre et les illustrations en couleur sur les différentes faces, la traduction de Géraldine Oudin est très bonne et bien dans l'ambiance, le papier est de très bonne qualité, et l'impression rend parfaitement honneur autant aux pages en couleur qu'à celle en noir et blanc.
Loin d'être une redite de Souvenirs d'Emanon, Errances d'Emanon, comme on pouvait l'espérer, apporte énormément de nouvelles choses au concept unique imaginé par Shinji Kajio. La figure d'Emanon y gagne beaucoup par plusieurs aspects, nombre de questionnements et de réflexions sont toujours là, le tout étant parfaitement emballé par les planches fascinantes et contemplatives et Tsuruta.


Critique 1

Après avoir rencontré un jeune homme qui lui rappelait son défunt mari, et après avoir partagé ses bras le temps d'une nuit, Emanon poursuit son errance, cette fois à la recherche d'un « trésor » dissimulé aux abords d'un petit village de campagne. Elle y rencontre Atsushi, un petit garçon qui la surprend, nue, en pleine baignade, la prenant alors pour un kappa, avant de l'aider dans sa quête du trésor...

Après Souvenirs d'Emanon, adapté du roman original Omoide Emanon, l'auteur Kenji Tsuruta a continué sur sa lancée en proposant en 2012 Sasurai Emanon, adaptation du deuxième roman de la saga de Shinji Kajio, parue chez nous sous le titre Errances d'Emanon.

Suite directe du premier roman, ce second volet de la version manga d'Emanon est constitué de deux histoires liées par un fil rouge. Deux récits marqués par une nette distinction : le premier est entièrement colorisé, tandis que le second est proposé dans un classique noir et blanc.

Et quel bonheur de retrouver Emanon, personnage intriguant et mystique s'il en est, un seul tome n'étant pas suffisant pour développer cette personnalité unique mais néanmoins fascinante. Car, pour rappel, Emanon possède la mémoire entière de l'humanité et même bien avant, un « héritage » légué de mère en fille depuis la nuit de temps, sachant que la génitrice perd sa mémoire après avoir donné naissance, et donc transmis son héritage. Bien qu'Emanon soit en réalité une infinité de personnages, cette mémoire forge cette entité si attachante que l'on découvre davantage dans ce second volet.

Maintenant que le lecteur a découvert cette énigmatique jeune femme de 19 ans, l'heure est aux errances. De par sa nature, Emanon ne vit pas un quotidien précis et vogue à travers le monde. La première histoire du recueil la mène dans un village de campagne, à la recherche d'un trésor. Mais ce n'est pas tant cette quête qui rend la lecture si captivante, mais bien tout le travail d'ambiance effectué par Kenji Tsuruta sur ce récit. La mise en couleur aide énormément à traduire toute l'aura du personnage qui, souvent nu dans cette intrigue, est rendu encore plys mystique et intouchable. Aussi, la première partie d'Errances d'Emanon développe de passionnantes intéractions entre la fille sans nom et son entourage, dont une amie et Atsushi, ce petit garçon qui fait office de nouvelle rencontre de cette histoire. Ici, l'auteur joue énormément avec l'aura de l'héroïne et l'atmosphère des environnements, ruraux et empli de quiétude. A ce titre, certaines planches se passent presque de texte, la narration, les plans et la mise en couleur de Kenji Tsuruta étant suffisament précis pour traduire une ambiance propice à l'évasion. Car à l'instar d'Emanon qui erre à travers le monde, le lecteur voyage lui aussi et se pose, le temps de quelques chapitres, dans une bourgade éloignée de tout.

On notera, aussi, un certain art du récit pour amener des épilogues poignants. Ainsi, les dernières pages de la première intrigue apportent un certain choc, symbolisant avec une parfaite mélancolie l'éternité que doit subir Emanon.

Après cette invitation au voyage, la deuxième intrigué, intitulée Errances d'Emanon '67, revient sur une forme plus semblable à celle du premier one-shot. Subtilement, Shinji Kajio plantait les graines de plus grands développements dans la première partie du recueil, et celles-ci éclosent dans la seconde histoire. Il est ainsi question d'Emanon et de son frère, un véritable chamboulement dans l'héritage de cette entité, changement que le récit se chargera de développer.
Ainsi, si Emanon est caractérisé par une succession de femmes qui se sont transmises la mémoire du monde, c'est de la jeune femme qu'on suit depuis le premier one-shot qu'il est question, notamment de sa famille.

Cette seconde intrigue, dans la forme, propose une longue discussion entre Emanon et cet énigmatique frère, frère qui semble avoir hérité de quelques capacités étranges, bien que cet élément scénaristique reste mystérieux jusqu'au bout. A ce titre, Errances d'Emanon se présente comme une mise en bouche et appelle clairement une suite, ainsi le troisième et dernier manga Emanon de Kenji Tsuruta conclura peut-être cette partie de l'histoire.

Il y a énormément à dire sur ce second volet d'Emanon, toujours fascinant par l'aura de son héroïne et par l'élargissement du concept. Alors qu'on pouvait craindre un rapide essoufflement maintenant que le personnage a été minutieusement décrit par le premier volet, Shinji Kajio nous montre qu'il n'en n'est rien. Emanon se traduit ainsi par différentes ambiances, ce grâce au dessin fascinant du mangaka notamment, et à des mécaniques qui se développent récit après récit. On espère alors que le troisième manga, Zoku Sasurai Emanon, paraîtra chez nous, et que Kenji Tsuruta reprendra son crayon pour mettre en image la suite des aventures de la jeune femme.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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