Enfant et le maudit (l') Vol.9

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 04 November 2020

Pour la première fois, une jaquette de L'Enfant et le Maudit ne présente pas le Professeur et Sheeva ensemble, mais une Sheeva seule, en tout fragilité. Et pour cause: le Professeur n'est plus là. En tentant comme il le pouvait de protéger la fillette, celui-ci s'est désormais transformé en une créature de l'Extérieur qui l'a complètement oubliée et qui erre sans but. Et c'est en ayant le coeur brisé que l'enfant a été rattrapée par les soldats de l'Intérieur et faite prisonnière, en attendant son sacrifice. Mais avant d'en arriver à l'instant fatidique, le roi, hésitant, finit par découvrir bien des choses sur le pays de l'Intérieur, sur ses origines, sur le dieu. Le genre d'informations qui risquent bien de chambouler totalement sa vision des choses, au point de le confronter à un prêtre prêt à tout pour son Seigneur divin et pour sacrifier la petite fille...

Plus que jamais avec ce volume, le récit se poursuit au coeur du monde de l'Intérieur et de sa population humaine, proche de commettre enfin le sacrifice odieux qui menace l'innocente Sheeva depuis si longtemps. Mais au sein de la forteresse, de ces bâtiments en pierre sombre, un homme est de plus en plus dans le doute, à savoir le souverain des lieux. Et ses doutes ne peuvent que perdurer et se renforcer, dès lors que toute la vérité sur ce monde lui explose à la figure. Car en effet, Nagabe fait de ce tome une véritable charnière, en révélant enfin tout ce qui devait encore l'être autour de son univers. Les origines des êtres de l'Intérieur, ce qu'a fait Dieu, ou encore l'identité de la Mère, sont parmi les précisions fortes d'un opus qui vient tout basculer, en particulier le rôle de Sheeva, pauvre enfant censée être sacrifiée pour sauver des êtres d'une malédiction dont ils sont en partie responsables. Mais en face du roi, il y a un prêtre ayant sa vision des choses, cachant des ouvrages religieux aux yeux du peuple car seul lui peut entendre la voix de leur Seigneur étant prêt à tout pour effectuer la cérémonie de sacrifice, et nous offrant également une vision quelque peu déviante de la religion quand elle tombe dans une part de fanatisme par la manipulation. Surtout, on reste également captivé par la place si unique de Sheeva, une place qui se voit encore un peu mieux précisée, elle qui est un être à la fois de l'Intérieur et de l'Extérieur, maudit mais dont l'âme est intacte, ce qui occasionne aussi une vision intéressante du lien entre corps et âme.

Mais justement, qu'advient-il de l'attachante fillette, pendant ce temps ? Eh bien, quand elle ne reçoit pas des visites d'un homme encapuchonné (dont l'identité sera habilement dévoilée) et n'apprend une information sur la possible identité passée du Professeur, elle démontre un sacré petit caractère, montrant qu'elle a su évoluer, tout en conservant son innocence enfantine. Loin de se laisser abattre, elle tente de s'échapper de sa geôle par ses moyens. Quand elle est emmenée par les soldats, elle joue formidablement les petites furies lors d'une petite course-poursuite franchement bien découpée. Face à la cruauté des paroles adressées par le prêtre sur sa famille et sur le Professeur, elle ne se démonte pas. Et bien sûr, tout ceci est mû par son plus profond désir...

"J'ai envie de te parler. Je veux rester avec toi. Professeur. Ne me laisse pas toute seule..."

Malgré les épreuves, Sheeva ne peut que penser, encore et toujours, au Professeur, et c'est bien l'espoir de le retrouver qui l'anime, lui qui représente désormais tout pour elle, comme sa seule "famille" encore présente, quand bien même celui-ci l'a oubliée et s'est transformé. En permanence, quand bien même le Professeur est absent du tome, Nagabe sait merveilleusement mettre en évidence tout ce qu'il représente pour la fillette, tout l'attachement que celle-ci a pour lui. Cela passe donc, bien sûr, par tous les instants où elle se rebelle pour s'échapper et tenir tête aux adultes de l'Intérieur, mais aussi par son désir de croire qu'il est toujours envie, et par certaines planches d'une triste mélancolie... Que peut-elle bien penser en page 30, alors qu'on ne voit aucunement son visage ?

Par ailleurs, le travail visuel de Nagabe reste d'orfèvre, que ce soit pour son style toujours aussi envoûtant, poétique et noir, ou pour ses différentes petites trouvailles de mise en scène, de découpage. Il y a par exemple la page 160 où chaque case s'éclaircit un peu plus pour cristalliser la rédemption et l'apaisement du roi. Les poignantes pages 176 à 178. Ou surtout le simple puissant découpage des pages 182-183, qui referment le volume sur une intensité folle dans son genre. De manière générale, notons aussi que l'artiste soigne toujours autant les petits détails et notamment les parties du corps ici, que ce soit ces mêmes pages 182-183, le pied de Sheeva qui glisse quand elle veut s'échapper de sa geôle, sa main qui se serre face aux paroles du prêtre, différents zooms sur des parties du visage très significatives comme pour le roi (quand on sait que Nagabe aime beaucoup moins dessiner des humains que des non-humains, on peut dire qu'il s'en sort bien)...

On referme alors ce volume estomaqué par le récit, par le lien fort de nos héros, par ce que montre Sheeva, par les qualités de dessin, de découpage et de mise en scène d'un artiste qui reste au sommet... jusqu'à ces dernières pages marquantes à souhait. Il ne reste plus que deux tomes à L'Enfant et le Maudit après ce volume-ci, et tout présage d'une dernier ligne droite particulièrement belle et forte.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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