Duellistes - Knight of Flower Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 05 April 2019

Au lycée privé Saint-Logres, qui réunit une bonne partie de l'élite du Japon, deux figures en particulier se détachent. Tout d'abord, Sei Ôtori, héritière du clan Ôtori, le plus puissant consortium du pays. Belle et attentive, elle attire l'attention de tous, mais également bien des convoitises, si bien qu'elle est en permanence protégée par son premier chevalier. Ensuite, Ran Kurono, le premier chevalier en question, un jeune garçon aux traits fins et aux actes habiles. Toujours digne et sérieux et aux petits soins avec sa maîtresse, il a en apparence tout du chevalier idéal, si bien que toutes les filles du lycée semblent l'admirer. Ces deux adolescents semblent intouchables et suscitent l'admiration de tous... ainsi que des jalousies et des rivalités, surtout concernant Ran. Car si la place de premier chevalier de Sei est entre les mains de Kurono depuis longtemps et que les générations se succèdent à cette place, elle est également convoitée par les onze autres chevaliers au service du clan Ôtori, qui peuvent tenter de la conquérir en provoquant Ran en duel. Car devenir le premier chevalier de Sei Ôtori, c'est sans doute s'assurer une excellente place parmi les hauts placés du pays... Tout en veillant encore et toujours sur Sei qui représente tout pour lui, Ran devra donc faire avec des duels et des manigances, tout en essayant de cacher son plus intime secret...

En 2018, les éditions Akata nous proposaient de découvrir en France la mangaka Mai Nishikata avec Game - Entre nos corps, un shôjo mature et sulfureux abordant en filigranes nombre de thématique autour du rapport au sexe et au corps ou encore autour de la place des besoins et désirs des femmes. En 2019, l'éditeur continue d'explorer la bibliographie de cette autrice en nous amenant un récit tous publics cette fois-ci, conçu quelques années avant Game: Duellistes - Knight of Flower, une oeuvre en 5 tomes qui fut prépubliée en 2010-2011 dans l'excellent magazine Hana to Yume des éditions Hakusensha.

Le concept proposé dans Duellistes n'est pas forcément nouveau sous certains aspects, rappelant notamment à notre mémoire quelques éléments de l'inoubliable Utena de Kunihiko Ikuhara. Avec son idée d'un lycée réunissant l'élite du pays et où s'organisent duels et querelles pour prendre place auprès de Sei à la place de Ran, Nishikata livre quelque chose qui pourrait être assez linéaire avec une succession de duels et de manigances pour essayer d'éloigner Ran voire d'éliminer Sei (qui est la cible de nombreuses attaques, c'est bien pour ça qu'elle est protégée en permanence par Ran). Et effectivement, le schéma de ce premier volume est ainsi. Mais les principaux intérêt de la lecture sons sans doute ailleurs, et résident plutôt dans le traitement que la mangaka devrait faire de ses personnages principaux, Sei et Ran. Il est d'ailleurs bon de noter que s'il y a déjà deux duels dans ce premier volume, ils ne durent jamais plus de quelques pages, et se limitent à quelques coups rapides car la mangaka préfère surtout y faire ressentir les enjeux et la psychologie de Ran.

Le principal intérêt de ce début de série réside probablement en deux éléments, à commencer par le fameux secret de Ran, un secret directement lié à sa famille, à son frère, à son passé, qui lui ont fait prendre une voie imprévue. Un secret dont il est très difficile de parler sans spoiler un peu, donc si vous ne voulez rien savoir de ce secret je vous invite à passer directement au paragraphe suivant sans lire les quelques mots qui suivent. Il s'avère que sous ses traits fins et ses allures de parfait gentleman, Ran est en réalité une fille, qui a pris la décision de prendre la succession de son frère autrefois lui-même premier chevalier mais prématurément décédé en protégeant une Sei alors encore enfant. Meurtrie par la mort de ce frère qu'elle admirait et avec qui elle s'entraînait toujours à l'épée, et en même temps liée par une certaine amitié pour Sei, la jeune fille alors décidé de devenir premier chevalier à son tour... mais les anciennes traditions des Kurono font que ce premier chevalier doit normalement être un garçon, obligeant alors Ran à renier son sexe. Cet élément est intéressant pour sa façon d'interroger sur un élément que Nishikata abordera ensuite de façon plus sulfureuse dans Game: la condition féminine dans un univers qui, ici, paraît plutôt patriarcal, avec des traditions familiales enchaînant la vraie Ran.

L'autre élément vraiment intéressant concerne autant Ran que Sei: au fil du volume, on cerne deux adolescents tout simplement enfermé dans leur condition. Sei en particulier semble prête à tout accepter de son destin qui est déjà tout tracé, un destin qu'on a tracé pour elle, et on peut facilement se demander si cette jeune fille si douce et gentille avec tout le monde, au fond d'elle, a vraiment l'occasion d'exprimer ce qu'elle est.

Enfin, n'oublions pas certains personnages "secondaires" s'installant déjà bien, en tête desquels Ibara Tennô, le fiancé de Sei, qu'on lui a trouvé dès son enfance. Un garçon qui au premier abord pourrait sembler plutôt léger et peu sérieux (au grand dam de Ran, qui d'abord l'estime indigne de Sei), mais qui laisse transparaître bien d'autres choses au fil des pages. On peut aussi souligner le cas du deuxième duel en fin de tome, croquant un adolescent qui a ses propres motivations, loin d'être mauvaises, et le poussant à aller jusqu'à provoquer en duel son ami Ran... Toutes ces traditions et ces querelles pour le pouvoir ne risquent-elles pas d'aliéner et entraver les relations de ces jeunes ?

On notera également le goût de l'autrice pour glisser ici et là quelques références à la légende du Roi Arthur, avec les 12 chevaliers, la table ronde, Avalon, l'épée Arondight...

Visuellement, Nishikata offre un trait un peu moins maîtrisé que dans Game, avec par-ci par-là de légères inégalités, mais l'ensemble se veut déjà très fin dans les silhouettes et les visages un peu anguleux des personnages, et ce style possède une certaine élégance qui colle bien au récit.

Concernant l'édition, Akata propose son petit format habituel pour les shôjo, avec un papier bien souple et sans transparence ainsi qu'une impression de qualité. A la traduction, il faut saluer le travail vraiment excellent de Yuki Kakiichi sur les différentes manières de parler des personnages. Par exemple, Ran a un parler très solennel et sérieux, Sei dégage une certaine douceur, Ibara a une façon de parler souvent plus détendue et naturelle qui colle bien à son caractère...

Au final, on tient un bon début de série, où la mangaka promet d'exploiter son concept assez classique pour dépeindre des personnages et des concepts qui ont beaucoup à gagner.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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