Dragon Metropolis Vol.1 - Actualité manga

Dragon Metropolis Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 12 August 2020

Chronique 2

Doucement mais sûrement, le catalogue des éditions ChattoChatto continue de se développer en accueillant des récits assez variés et de nationalités différentes: La tranche de vie fantastique Frankenstein Family, le récit de magical girl pas comme les autres Don't call me magical girl, Quand la neige m'appelle qui reprenait la légende de Yuki Onna à sa sauce... et cette fois-ci, c'est du côté de l'aventure SF taïwanaise que l'éditeur penche avec Dragon Metropolis !

Créée par l'artiste taïwanais BARZ Jr., cette oeuvre est prévue pour se boucler en 5 volumes. La version chinoise a été prépubliée à partir de janvier 2016 dans le magazine "Japan Comics", puis est arrivée en septembre de la même année au Japon, preuve qu'elle a vite su piquer la curiosité. Et la voici donc désormais en France, dans une édition que ChattoChatto a eu à coeur de chouchouter: un mini ex libris offert aléatoirement parmi trois modèles dans le premier tirage, un dépliant trois volets en couleurs offrant une bien belle illustration en guise d'ouverture, une autre page couleur qui suit, une qualité d'impression et de papier tout à fait honnête... On reprochera juste une traduction de Roxane Gardeil (du studio Makma) dotée de quelques fautes et de quelques vulgarités inutiles, même si l'ensemble reste clair. En revanche, côté choix de polices et adaptation graphique on a du bon boulot, et c'est pareil pour la jaquette qui en jette bien, notamment avec son logo-titre bien pensé et dont la couleur s'intègre bien au reste, Tom "spAde" Bertrand ayant fait un très bon job. Bref, pour un éditeur restant encore modeste pour l'instant, ChattoChatto a toujours autant à coeur d'offrir de beaux produits, et ça fait plaisir.

Dragon Metropolis nous immisce auprès d'un jeune homme amnésique, qui se réveille dans une ville dont il n'a aucun souvenir. Le nom de cette cité: Dragon Metropolis, une ville faisant partie de Dragon Dynasty, une vieille nation à l'histoire millénaire aussi riche qu'énigmatique, mais qui n'est aujourd'hui plus que l'ombre d'elle-même. Depuis que la machine Never-Ending, une machine à mouvement perpétuel, a changé la face du monde en quelques années en imposant partout sa technologie, la nation millénaire n'est plus que l'ombre d'elle-même en étant dominée par de grandes puissances étrangères, et sa ville de Dragon Metropolis dépérit à vue d'oeil: pauvreté, enfants livrés à eux-mêmes, personne toute puissantes venant chercher les sans-abris pour les faire travailler de force jusqu'à l'épuisement... Les inégalités sont criantes, la cité semble condamné à la décrépitude, et tout semble dire de la fuit... C'est d'ailleurs ce qui est écrit dans un carnet de notes que notre héros retrouve juste à côté de lui à son réveil. Ce carnet de note lui permettra de faire ses premiers pas à la découverte de Dragon Metropolis, et de se rappeler qui il est et pourquoi il est ici. Si bien que, loin de fuit la ville, il choisit de s'y installer pour, peut-être, y réparer les nombreuses injustices, et sauver les plus démunis face aux "grands" de ce monde.

Avec un premier chapitre en forme d'introduction, le récit part d'emblée sur des bases très stimulantes: aux côtés du héros au début amnésique, on découvre en Dragon Metropolis une ville sombre et en proie à la déchéance suite à la montée d'une nouvelle technologie et à la montée ne puissance de grandes firmes venues de l'étranger pour essorer la ville et la nation jusqu'à la moelle. Difficile, ici, de ne pas déceler une influence de l'industrialisation galopante du XIXe siècle, ce qui a aussi pour effet de montrer ici d'assez nettes influences steampunk via des machineries élaborées, des trains ou encore des édifices assez hauts. C'est d'ailleurs quelque chose que l'on ressent très bien dès les premières pages avec des vues pertinentes et immersives sur la ville... Mais loin de se contenter de ça, BARZ Jr. dévoile tout au long du volume tout un tas d'autres petites inspirations, allant bien sûr des références à une Chine plus ancienne/traditionnelle (éléments bouddhistes, ancienne monnaie chinoise, évocation d'ethnies qui peuplaient autrefois la nation, éléments de vêtements et d'architecture...) à des éléments plus étonnants comme l'allure un peu punk de certains méchants vers la fin.

En bref, l'univers posé se veut résolument riche, et doté de pas mal d'influences qui s'entremêlent efficacement... et que le dessinateur rend merveilleusement sur le plan visuel. Car Dragon Metropolis propose des planches riches voire très riches, qui en jettent dès le tout début. Quand ce n'est pas de l'action assez survitaminée qui prend le dessus, on a tout le loisir d'apprécier des designs expressifs, ainsi que des décors, des bâtiments, des extérieurs/intérieurs, des vêtements très soignés, avec pas mal de motifs, et où on ressent régulièrement le mélange de ces influences. Pour schématiser, on a un peu une ville chinoise en partie traditionnelle mais qui a été envahie d'éléments industriels aux accents steampunks, et c'est carrément cool à voir.

C'est donc dans ce cadre qu'une fois le premier chapitre d'introduction passé, le récit propose deux premiers "dossiers", c'est-à-dire deux affaires où notre héros, ayant décidé de s'installer en ville, commence à résoudre les problèmes. Une enquête sur des meurtres de puissants étrangers, un problème l'opposant à un gros constructeur menaçant notamment des tombes ancestrales... Les deux premières affaires sont assez classiques dans le fond (encore qu'il faut voir comment s'achèvera la 2e dans le prochain tome), mais elles sont bien campées, et surtout n'apparaissent ni toutes roses ni toutes noire,s surtout dans la première où le coupable est lui aussi, en quelque sorte, une victime. Qui plus est, l'auteur profite évidemment de ces dossiers pour continuer d'approfondir son univers: évocations de certains éléments sur le passé de Dragon Dynasty et la guerre ou sur la machine Never-Ending, acquisition d'un nom pour notre héros, installation de personnages secondaires (en tête la mignonne et caractérielle You) dont certains auront sans nul doute un rôle important... Tout est là pour susciter la curiosité, et tout est clair.

En somme, ce premier volume de Dragon Metropolis est une belle réussite, BARZ Jr. installant un univers original, assez foisonnant et stimulant, que l'on a déjà hâte de retrouver dans le deuxième volume !


Chronique 1

Les jeunes éditions Chattochatto continuent de développer ponctuellement leurs catalogues, avec des titres aussi variés dans leurs genres que dans leurs origines, marque d'une maison cherchant à sortir des sentiers battus. Aussi, après Carciphona, Quand la neige m'appelle, Frankenstein Family et Don't Call Me Magical Girl, I'm OOXX, la quatrième œuvre proposée par l'éditeur est de nouveau d'origine taïwanaise. En cours avec quatre volumes dans son pays d'origine, Dragon Metropolis est l'ouvrage de l'artiste Barz Jr. qui prévoit d'achever son récit en cinq tomes.

Une sortie que Chattochatto semble préparer avec soin. Car malgré la sortie repoussée du premier volume, l'éditeur distribuera, aléatoirement, un des trois modèles d'ex-libris imprimés spécialement pour le premier tirage du titre. Un supplément toujours appréciable pour un jeune éditeur indépendant qui est loin d'avoir la taille de certains de ses concurrents.

Le pays de Dragon Dynasty est le centre d' l'intérêt mondial depuis l'émergence du Never-Ending, technologie de mouvement perpétuel dernier cri qui attire la convoitise des puissants du monde entier. Dans ce pays, la ville de Dragon Metropolis est aussi en ébullition : Les riches font encore plus fortune, tandis que la misère s'installe davantage au sein de la classe moyenne. C'est dans ce contexte que se réveille Long Zhengyi, un jeune garçon qui n'a plus aucun souvenir de sa vie. Lorsqu'il émerge dans un véritable chantier, il trouve à ses côtés un carnet tenu par lui-même... avant sa perte de mémoire ! Les notes décrivent aussi bien la situation du pays que la vie que va devoir maintenant mener Long, entre survie dans un monde en plein chamboulement et perpétuel combat contre les grands de la société...

Avant même d'entamer la lecture du premier tome de Dragon Metropolis, la préface de l'auteur, Barz Jr. , nous interpelle. Ce dernier s'est inspiré du XIXe siècle pour créer son histoire, une période charnière durant laquelle la Chine s'est ouverte au monde, a vu ses technologies croitre, et a connu de grands bouleversements. Une époque que l'artiste réinvente à la sauce steampunk, puisque c'est forte d'une imagerie teintées d'éléments mécaniques et autres technologies dignes des machines à vapeur qui brillent dès la couverture de ce premier volet.

D'entrée de jeu, c'est donc tout cet univers que l'auteur prend soin de mettre en place, avec un premier chapitre volontairement établi comme un « épisode 0 » qui sert à planter les bases de ce monde, et créer une familiarité avec le lecteur. La courte première aventure de Long Zhengyi n'est qu'un prémice, une manière de planter le héros et sa situation particulière mais aussi ses talents, et son rapport à une métropole réinventant la Chine sous un angle steampunk. Une première allure très percutante puisque cet aspect de Chine revisitée a un impact esthétique plus que notable, qui confère un certain charme à l'ensemble du volume. Aussi, les établissement traditionnels cotoient les machines et autres éléments mécaniques disproportionnés, pour un mélange brillant par la patte graphique de Barz Jr.

Le scénario en lui-même nous montre ses premiers pas, mais n'en reste pas moins efficace dans ce qui est amorcé. Outre le premier chapitre un peu détaché du reste dans la continuité, ce premier opus présente le quotidien d'un héros amnésique et guidé par son mystérieux manuel, découvrant une société meurtrie par ses disparités diverses. Le côté engagé de Dragon Metropolis ne tarde pas à nous être présenté, via un aspect lutte des classes pertinent scénaristiquement, ce parce que l'auteur attire rapidement notre sympathie pour l'établissement au sein duquel œuvre Long, mais aussi ses autres employés. Un lieu central où se forgeront quelques premières relations entre personnages bien piquées et agréables, mais qui sera aussi centre de querelles d'intérêt et autres crimes désespérés, conséquences de l'injuste société présentée. A ce titre, l'artiste ne prend jamais de détour : Son propos a beau être simple, la détresse est montrée de manière brutale, sans jamais enjoliver les choses, ce qui rend le côté engagé de ce premier tome plus crédible.

Et à côté de ça, c'est une intrigue plus importante qui semble se mettre en place, notamment par le dernier acte qui plante aussi bien un nouveau personnage important que ce qui pourrait être un ennemi de l'ombre. Ceci toujours en lien avec les concepts de la série et son pan social, parsemé de touches d'actions efficaces. Car si on devait classifier Dragon Metropolis, pour l'heure, la série serait un thriller social sur fond d'action et de steampunk. Un postulat bien établi sur l'ensemble du premier tome, et jamais dénaturé tant chaque élément répond aux autres sans les contredire.

Nous l'avons déjà évoqué, mais le trait de Barz Jr. est un aspect fort de cette amorce de série. Son coup de crayon est d'une belle épaisseur mais aussi d'une grande densité, notamment parce que l'auteur ne lésine jamais dans les détails aussi bien sur ses environnements qui rendent crédible l'univers, que les éléments mécaniques pertinent sous l'oeil. On notera aussi l'aisance du découpage de l'artiste dans ses scènes d'action, celles-ci étant aussi efficaces que visuellement prenantes.

De son côté, Chattochatto livre une très bonne copie. Le papier mât sélectionné pour la jaquette fait bien ressortir le style de l'artiste, et on apprécie l'illustration couleur dépliable du début de tome comme l'épaisseur d'un papier qui garantit un ouvrage de belle qualité. Côté traduction, c'est Roxane Gardeil du studio Makma qui livre une bonne copie, vivante et qui semble bien retranscrire la vivacité des personnages et celle de l'univers.

C'est sur une très bonne note que s'ouvre donc Dragon Metropolis. Via un premier tome autant orienté sur l'action que sur le caractère social de l'univers, Barz Jr. offre une amorce prenante et maîtrisée, garnie d'un coup de crayon léché et saisissant. On en viendrait déjà à regretter que la série soit prévue sur cinq tomes uniquement, mais voilà qui devrait permettre à l'artiste une maitrise de son récit jusqu'au bout.
    

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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