Don't call it Mystery Vol.1 - Actualité manga

Don't call it Mystery Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 14 May 2021

En près de 40 années de carrière au fil desquelles elle a touché à plusieurs registres (comédie, aventure, fantasy, horreur, science-fiction, polar, sport...), contribuant ainsi à une belle mise en valeur de la variété du manga féminin, Yumi Tamura s'est imposée comme l'une des très grandes dames du genre. Et pourtant, au même titre que d'autres très grands noms du manga féminin comme Ryô Ikuemi, Reiko Shimizu, Keiko Nishi ou bien sûr Moto Hagio si l'on remonte encore plus loin, elle reste beaucoup trop peu éditée en France, pays qui se targue pourtant d'être l'un des principaux lecteurs de manga. Ainsi, si la fresque Basara, depuis sa publication chez Kana entre 2001 et 2006, a quand même été menée à terme puis a acquis une certaine notoriété de niche, le magistral récit de SF 7SEEDS n'a malheureusement pas eu cette chance en ayant été stoppé par Pika Edition en 2010 après seulement 10 tomes (ce qui, personnellement, reste l'une de mes plus grandes frustrations de lecteur, tant cette série était d'une émotion folle, bien au-dessus de son adaptation animée ratée sur Netflix). Alors quand les éditions Noeve Grafx, pourtant toutes jeunes, se paient le culot d'annoncer la publication française de l'une des dernières oeuvres en date de l'autrice, il y a de quoi être ravi !

Après un peu plus de dix années de disette dans notre langue, Yumi Tamura fait donc son retour en France en ce mois de mai avec Mystery to Iunakare, une série que la mangaka poursuit depuis 2017 au Japon dans l'excellent magazine Flowers de Shôgakukan (le magazine de Kids on the Slope, Kamakura Diary, Spiritual Princess... ou bien sûr 7SEEDS). Si les titres "Don't Say Mystery" puis "C'est un mystère" ont pu être aperçus sur certains sites ces derniers mois depuis l'annonce de l'acquisition de la série en décembre dernier, c'est finalement sous le nom "Don't call it Mystery" qu'elle nous est proposée, ce qui est a priori une demande de l'éditeur japonais en vue d'internationaliser le nom. Auréolée d'un certain succès dans son pays d'origine, l'oeuvre a été nommée pour diverses récompenses: Manga Taisho Award en 2019 (où elle finit 2e) et 2020 (où elle termine 6e), Prix Shôgakukan Manga en 2019, Prix Kodansha en 2020...

La série nous immisce auprès d'un étudiant pas tout à fait comme les autres, ne serait-ce que pour sa coiffure sortant beaucoup de l'ordinaire, ou même pour son nom peu commun de Kunô Totonô qui lui vaut régulièrement quelques remarques. Mais ce nom s'écrivant avec le caractère voulant dire "remettre les choses à leur place", il semble parfaitement lui aller: en effet, derrière un quotidien banal (étudiant vivant aux crochets de ses parents, n'ayant jamais travaillé, etc), le jeune homme a un don pour analyser, déduire, conseiller les gens avec autant de franchise que d'impertinence... tout comme il semble avoir un véritable talent pour attirer à lui les affaires criminelles. Dans ce premier tome, le voici alors mêlé à deux problèmes de taille: tout d'abord une affaire de meurtre où il est le principal accusé, puis un détournement de bus qui n'augure rien de bon à l'heure où un tueur en série semble rôder.

S'il y a une chose qui frappe d'emblée dans Don't call it Mystery, c'est évidemment l'aspect à part de ce personnage principal, présenté à très juste titre par l'éditeur comme une espèce de Sherlock Holmes des temps modernes. Totonô, c'est le genre de personne qui est capable de raisonner en profondeur en toute circonstance, bien souvent en gardant son calme (ce qui peut le faire paraître totalement déconnecté ou agacer les autres), en ne perdant jamais le fil du moindre indice, y compris pour retourner une situation qui est à son désavantage (puisque, dans la 1e histoire, tout le désigne coupable). Et rien qu'en observant quelqu'un ou en analysant quelques-uns de ses mots, il est capable de le sonder en profondeur jusqu'aux plus profonds de ses tourments puis, avec une franchise qui pourrait passer pour de l'impertinence et de la provocation, le conseiller sur des choses parfois très personnelles ou le mettre à nu.

Mais l'oeuvre ne se limite pas, bien sûr, à proposer des affaires portées par une "pseudo-Sherlock" : dans ce début de série, deux autres concepts sont assez évident. Premièrement, une chose qui Tamura confirme ensuite dans sa postface: elle veut proposer dans cette série des affaires en lieu très restreint (le commissariat dans la première, le bus dans la deuxième), avec un aspect presque théâtralisé qui passe énormément par les textes, les discussions, les raisonnements. Et deuxièmement, un élément contribuant à rendre lesdites discussions passionnantes: bien souvent, Tamura en profite pour offrir à son personnage principal des idées, des réflexions assez poussées sur différentes choses, pouvant aller de la vie de famille, la place de la femme dans un microcosme composé en grande majorité d'hommes (avec, à la clé, l'envie assez intéressante du héros de voir émerger une 3e sorte d'humain qui n'aurait absolument rien de masculin ou de féminin), la notion de vérité et ses variations selon chaque individu, la mort... ce qui offre à la série une profondeur très appréciable, propice à la réflexion sur un paquet de choses.

L'atmosphère développée par Tamura, au-delà des textes très présents, se veut évidemment auréolée d'une part de mystère, mais a également quelque chose d'assez captivante, de par l'unicité et la façon d'être de Totonô qui le rendent assez fascinant à suivre dans ses blablas, en particulier quand visuellement la mangaka insiste sur certains de ses visages et regards plus intenses. A part ça, le côté décalé du héros amène de régulières notes d'humour bienvenues (comme quand il pense uniquement à aller voir son exposition alors qu'il se retrouve pris dans le détournement de bus). Enfin, on retrouve avec plaisir la patte visuelle si reconnaissable de la mangaka, avec un trait qui ne plaira pas forcément à tout le monde mais qui est la marque de fabrique de Tamura et qui sait véhiculer beaucoup de choses.

Don't call it Mystery, comme espéré, s'offre alors un excellent début. Assez éloignée des sentiers battus y compris pour une "série d'affaires criminelles" (mais l'oeuvre ne sera pas que ça), la série n'est pas forcément facile d'accès, mais captive dès que l'on y est bien plongé, l'écriture, l'ambiance et les quelques partis-pris de l'autrice étant très réussis.

Qui plus est, on a droit ici à une édition française de qualité, portée en premier lieu par une traduction impeccable de Yukari Maeda et Patrick Honnoré, offrant un rendu très clair et des propos marquants en Totonô. A cela s'ajoutent un papier un peu fin mais permettant une bonne qualité d'impression, ainsi qu'un lettrage soigné. On retrouve également les habituels bandeau et insert typiques de l'éditeur, tandis que l'habituelle carte à collectionner, elle, sera incluse avec le tome 2 suite à des soucis de livraison. Enfin, c'est surtout la jaquette qui impressionnera les fans de jolis objets, de par son rendu assez unique: un papier aux reflets nacrés dont les doux reliefs semblent reproduire des empreintes digitales, un relief vernis tout en finesse... sans oublier, à l'instar de l'édition nippone, une incrustation joliment faite des mots "Detective" et "Criminel" dans les cheveux de Totonô.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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