Docteur Inugami - Actualité manga

Docteur Inugami

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 13 November 2019

Selon une ancienne légende du folklore japonais, la "recette" est simple: enterrez un chien jusqu'à la tête, et laissez la pauvre bête s'affamer, quitte à entretenir sa faim avec quelques mets placés au sol non loin de lui. Puis après un certain temps, quand l'animal n'est pas loin de perdre les pédales, décapitez-le par derrière et récupérer sa tête. La fidélité canine couplée à sa folie et à sa faim haineuses en feront normalement un parfait "inugami", un "dieu chien" vengeur à qui vous pourrez faire appel pour assouvir vos plus sombre désirs de vengeance...

Publié entre 1991 et 1994 dans le magazine Young Champion d'Akita Shoten (le magazine de Vampyre, Battle Royale...), Docteur Inugami (Inugami Hakase en japonais) est un ouvrage d'environ 180 pages et de 7 chapitres faisant donc plutôt partie de la première partie de la carrière de Suehiro Maruo, et au fil duquel le maître de l'ero-guro et de la plus fascinante des horreurs se réapproprie à sa sauce cette figurine ancestrale de l'inugami en lui offrant les traits d'un humain à l'allure horrifique.

Le schéma est simple: on a droit à six histoires indépendantes, mais toutes traversées par cette figurine récurrente du "Docteur Inugami", et avec une dernière histoire s'étirant sur deux chapitres. Les récits restant plutôt courts, Maruo ne s'embarrasse guère ici de rebondissements très développés et va à l'essentiel en ne surprenant pas forcément, mais ça ne l'empêche pas de dévoiler à nouveau l'étendue de son art en profitant de sa figure si personnelle de l'inugami pour nous plonger dans quelques-unes des faces les plus sombres de l'être humain, grâce à une transposition efficace du mythe dans notre époque moderne où le "docteur" aura fort à faire pour "guérir" de manière vengeresse les tares humaines. Venger le suicide d'une adolescente qui a été mise enceinte par son prof, déjouer les frasques d'une exorciste plutôt arnaqueuse, retrouver la trace d'un petit garçon étrangement disparu depuis 5 ans et dont la disparition pourrait être liée à la plus infâme des jalousies, punir une petite société secrète s'adonnant à du sexe douteux... Maruo, comme souvent, déballe une petite galerie des horreurs dont est capable l'être humain, dans des récits où rares sont les personnes à qui il n'y a rien à reprocher. Et tout ceci, il l'emballe dans un climat en permanence horrifique, où mes horreurs humaines se mêlent à la magie et à un surnaturel puisant dans le folklore nippon, avec quelques yokaïs sauce Maruo à la clé.

Visuellement, l'auteur donne le ton dès le départ avec une décapitation canine tout ce qu'il y a de plus atroce: comme à son habitude, il n'épargnera rien au fil de son oeuvre, les tares, vengeances et mises à mort étant toutes assez crues, mais également très stylisées sous le trait élégant du mangaka. Son travail de contrastes fait des merveilles, ses aplats de noir font ressortir de plus belle la blancheur, il y a quelques très bonnes idées comme les étirements des rires sadiques du docteur qui imprègnent vraiment certaines pages...

Même si on aurait facilement imaginé une suite et que les récits restent parfois rapides, nul doute que tout amateur de Maruo y trouvera son compte, l'horreur visuelle et sociale présentée par l'artiste ayant toujours cet inquiétant pouvoir d'attraction...

Du côté de l'édition, on a un grand format relié avec couverture rigide, pour une très belle qualité telle que ce à quoi Le Lézard Noir nous a désormais bien habitués sur les titres de Maruo. Le papier est bien épais, l'impression impeccable, et la traduction de Miyako Slocombe très soignée. N'oubliez pas de parcourir l'assez longue postface de l'anthropologue culturel Kazuhiko Komatsu, très intéressante en offrant à l'oeuvre de Maruo des éléments de lecture supplémentaires.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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