Démon au paradis (un) Vol.1 - Actualité manga

Démon au paradis (un) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 03 March 2020

Lauréat en 2019 dans la catégorie Jeunes talents des célèbres prix ChillChill qui récompensent chaque année les meilleurs titres boy's love sortis au Japon, le manga Oni to Tengoku débarque donc chez Taifu Comics avec une petite réputation plutôt flatteuse, sous le titre Un démon au paradis. Prépubliée au Japon en 2018 dans le magazine QPA de Taeshobo, cette série finie en 2 tomes nous permet de découvrir deux nouvelles autrices, avec au scénario Naomi Aga (qui avait déjà signé quelques récits courts, mais dont c'est le premier récit un peu plus long) et au dessin Kyôko Oyoshikawa (dont ce fut la toute première oeuvre).

Aoki, homme déjà assez mûr, est en professeur de lycée que l'on pourrait facilement qualifier de laxiste: la mine terne et effacée, il ne s'implique jamais vraiment dans son travail et ne fait pas de réel suivi sur ses élèves. Et pour cause: ce job d'enseignant, il n'en a jamais rêvé, et a surtout dû se plier aux exigence que sa mère exerçait sur lui quand il était enfant et adolescent, parfois de manière violente. Pourtant, le jour où il est obligé par son supérieur de surveiller Kasai, un élève de sa classe souvent absent et dont les notes sont en chute libre, le voici face à l'homme qui a fait changer le lycéen: Tengoku Manabu, l'infirmier scolaire de l'établissement. En allant à la rencontre de cet infirmier au regard étrange qu'il n'a jamais apprécié, le prof ne sait pas encore à quel point son propre cas va intéresser cet homme...

Dans un cadre scolaire efficacement retranscrit via les décors bien présent, fins et clairs de la dessinatrice, l'histoire imaginée par Aga s'avère rapidement assez prenante et intrigante, dans la mesure où les deux personnages centraux y forment un sacré duo. Il faut dire que sous ses allures passives et fainéantes, Aoki cache surtout un certain mal-être depuis toujours, à cause de l'emprise que sa mère très exigeante avait sur lui autrefois, au point qu'il s'est senti forcé de suivre la voie de l'enseignement qu'il ne voulait pas, et qu'il n'a jamais pu s'épanouir avec ses petites aies passées, à cause d'un blocage à chaque fois qu'il devait passer à l'acte. On se retrouve alors avec un homme qui, bien qu'assez mûr, reste inexpérimenté, voire naïf et pur en ce qui concerne sa vision de l'amour et du sexe, deux choses qu'il ne semble pas en mesure de séparer. Autant dire qu'il sera un "sujet d'expérimentation" intéressant pour Tengoku, infirmier dont on cerne très vite les particularités, dès que l'on comprend la nature de sa relation avec le lycéen Kasai. Tout en ouvrant ses sujets à de nouvelles façons de voir les choses jusqu'à les épanouir (c'est bien ce que Kasai ressent: lui qui avait toujours été conditionné par les attentes scolaires de ses parents, le voici plus épanoui), Tengoku démontre des visions des relations amoureuses et sexuelles assez libres et décomplexées, avec à la clé quelques réflexions par exemple sur la distinction entre coeur et corps, entre amour et sexe... Mais il s'agit surtout d'un homme ayant un don, par ses observations, et sonder en profondeur l'âme des personnes qui l'intéressent, ainsi n'a-t-il aucun mal à "mettre à nu" les tourments intérieurs contenus en Aoki depuis l'enfance.

Toutefois, sur ces bases très intéressantes où les deux protagonistes brillent dans leur genre, les approfondissements psychologiques (surtout autour du parcours d'Aoki) tendant rapidement à laisser la place à des choses moins profondes, Tengoku ayant à coeur de s'"amuser" avec son nouveau sujet qu'est Aoki en lui faisant découvrir des parts de lui-même qu'il ne soupçonnait pas... quitte à le forcer un peu voire beaucoup. Alors qu'Aoki n'avait jamais pu assurer un minimum avec ses anciennes petites amies, le voici qui a des érections sans même s'en rendre compte quand Tengoku le touche, ou qui semble prendre un certain plaisir encore difficile à assumer dans un certain masochisme... La voie prise par le récit ne plaira alors pas forcément à tout le monde, dans la mesure où on attendait un petit peu plus de travail psychologique (peut-être que ce sera le cas dans le tome 2 ?), en revanche les deux mangakas savent bien jouer sur une part presque étonnante d'humour dans plusieurs réactions d'Aoki, sur la frontière de la moralité, et sur un érotisme entièrement non-censuré mais restant honnêtement dosé. Il faut aussi dire que pour porter tout ça, Oyoshikawa dévoile une patte visuelle vraiment belle pour une première oeuvre: en plus des décors déjà évoqués, elle sait offrir à ses héros des designs séduisants et des visages et expressions variés et marquants (mention spéciale aux mines un peu déterrées d'Aoki parfois, et aux regards affutés, malins et vicieux de Tengoku), et parvient à adopter des découpages et angles mettant bien en avant,les visages, les gestes et les quelques moments chauds.

En attendant de voir comment les choses vont tourner dans le deuxième et dernier tome, la série s'offre donc ici une première moitié qui sait séduire, emballer et piquer la curiosité. Qui plus est, l'édition française s'avère excellente avec sa première page en couleurs, son papier de très bonne qualité, son impression qui l'est tout autant avec une encre ne bavant pas, sa traduction très claire d'Isabelle Eloy et ses choix de lettrage soignés.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15 20
Note de la rédaction






MN Actus
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