Colorless Vol.1 - Actualité manga

Colorless Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 12 October 2020

L'année dernière, les éditions Shiba se sont faites remarquer avec leur premier titre, Laughter in the End of the World, très sympathique one-shot de Yallow Tanabe. L'éditeur n'a plus beaucoup donné signe de vie depuis, et la période liée au Covid-19 n'a sans doute pas arrangé les choses. Toutefois, en ce printemps 2020, Shiba a annoncé sa deuxième œuvre, et une série cette fois ! Avec Colorless, c'est le tout premier titre du mangaka Kent qui nous est proposé. Celui-ci est en cours depuis 2019 aux éditions Leed, trois opus étant parus à l'heure actuelle. Un titre prometteur par son pitch, mais aussi parce qu'il s'est fait remarquer par certains beaux noms de la pop culture japonaise dont Hideo Kojima, le créateur de la série vidéoludique des Metal Gear.

Dans Colorless, une puissante éruption solaire qui fut nommée « Impulsion de Mercy » a anéanti tout le savoir de l'humanité, alors stocké sous forme de données, mais arracha aussi la quasi totalité des pigments de couleur de la planète. Le monde n'est désormais plus que noir et blanc, tandis que les humains ont subi des mutations ayant altéré leurs physiques sous des formes diverses. Dans ce contexte, l’Église est née pour aduler le phénomène, et semble avoir la mainmise sur cette société nouvelle.
De son côté, Avidya est une sorte de chercheur mais aussi un mercenaire qui étudie les rares fragments de couleur qui subsistent, et qui pourraient être salvateurs pour la planète. Sa destinée change lorsque l'Eglise kidnappe la serveuse du café qu'il a l'habitude de fréquenter, Avidya ne se doutant pas des répercussions qu'aura sa mission...

Dans Colorless, c'est d'abord le monde post-apocalyptique proposé par Kent qui nous frappe. Dotée d'une ambiance cyberbunk qui rappelle évidemment le travail phare de Katsuhiro Otomo, la série établit son univers sur des concepts particulièrement intéressants, à travers un monde privé de toute couleur, une humanité aux apparences désormais grotesques, et une religion qui fait office d'autorité sur une société qui, pourtant, n'a pas tant changé que ça à première vue. Un tout assez dense que le mangaka présente avec une belle habilité tout le long de ce premier tome. Le lecteur n'est jamais perdu, et la construction de l'univers se fait de manière fluide à travers les péripéties d'Avidya, aventurier qui va à contre-courant de cette société, et qui interpelle par son apparence plus que stylisée.

Dans ce premier opus, il faut attendre la fin du premier tiers pour que les enjeux de Colorless soient davantage établis. L'auteur ne se précipite pas, et c'est sans doute ce qui rend l'immersion dans son monde efficace. Le point d'orgue de ce volume vient de la rencontre que fera le héros et qui chamboulera son existence : Celle avec Tchié. Si cet aspect peut s'apparenter à un spoil car il n'intervient pas dans le premier chapitre, il est inévitable d'en parler pour évoquer les qualités du récit. Car de cette rencontre, certaines mystères intéressants sont introduits, tandis qu'une alchimie plaisante se noue entre Avidya et la jeune humaine. Ici, Kent joue sur la relation entre une demoiselle douce en apparence, et d'un héros plus bourru et aventurier. Une recette qui fonctionne toujours et que certains titres utilisent, notamment Heart Gear de Tsuyoshi Takaki qui parle aussi de monde dévasté et de machines. Pourtant, Colorless propose ici sa propre identité, une patte qui vient aussi de sa narration.

Car le coup de génie de ce début de série vient de l'utilisation de sa donnée centrale : L'absence de couleur dans le monde. Ou plutôt, quelques rares fragments subsistent, des pigments que le protagoniste a su s'accaparer pour s'en faire une arme. Cette mécanique de l'univers devient même un procédé narratif novateur. Car si le manga est en noir et blanc traditionnel, l'auteur y incorpore quelques notes de couleur pour représenter ces pigments. C'est particulièrement inventif et audacieux, en plus d'aboutir à un rendu efficace en terme d'esthétique. La couverture est le reflet de cette identité visuelle où le sombre se confronte aux tonalités verdâtres des pigments, ce qui donne un bel aperçu au lecteur avant même l'ouverture du volume.

Et puisqu'on parle de particularités visuelles, difficile d'éviter le coup de crayon de l'artiste, particulièrement dense et fouillé. Il y a un rendu très manuel dans le dessin, permettant à Kent de proposer des planches fourmillant de détails et au rendu chaotique lors de moments d'action. Sa représentation de l'univers, toujours bien garnie, est saisissante, ce qui est idéal pour un tel monde qui doit être visuellement marqué pour permettre au lecteur de s'y plonger comme il se doit.

En somme, l'auteur fait fort avec le premier opus de sa toute première série. Colorless aurait pu n'être qu'une œuvre parmi tant d'autres dans un registre bien connu, mais le début de la série fait mouche grâce à ses concepts inventifs qui se répercutent aussi sur la narration, ses protagonistes attachants, une intrigue qui promet quelques surprises, et toute une patte graphique captivante. Les éditions Shiba ont conscience de toute la portée visuelle du titre, aussi son édition est aux petits oignons entre un papier d'excellente qualité qui met en relief les notes de couleur ponctuelles du récit, le tout servi par la traduction vivante et efficace du studio Clair Obscur. Colorless s'impose déjà comme un titre à suivre pour ses atouts personnels, mais aussi pour soutenir les éditions Shiba qui ont su dénicher une vraie petite pépite.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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