Children Vol.1 - Actualité manga

Children Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 05 October 2020

Chronique 2 :

Les éditions Omaké continuent d'étoffer son offre manga à bon rythme, et leur nouveauté de la rentrée 2020 reste dans un registre déjà abordé dans le catalogue : L'horreur sanglante. Après l'excellent mais troublant Le Perce Neige de Rensuke Oshikiri, place à Children, manga en deux volumes de Miu Miura, qui fut publié au Japon entre 2017 et 2019 sur le site Gangan Online et sur la plateforme Manga Up ! de Square Enix.

Avant toute chose, un petit mot sur la mangaka, qui n'en n'est qu'aux débuts de sa carrière. Celle-ci contribua à des dôjinshis avant de publier son histoire courte, Misa-chan, dans les pages du Young Magazine de l'éditeur Kôdansha, en 2017. L'année suivante et jusqu'à assez récemment, elle publie la série Childre, son seul manga comptant plusieurs chapitres publié à l'heure actuelle. Sa carrière est donc à suivre, notamment parce que son titre laisse difficilement indifférent.

Jeune adulte de 18 ans, Tôru Igarashi se rend dans les montagnes de la région d'Akita pour honorer un emploi qui l'occupera durant six mois. Plus que bien payé, le job consiste simplement à assurer la surveillance d'enfants, soit rien qui ne soit dans les cordes du très enthousiaste garçon. Mais rapidement, l'inquiétude gagne Tôru. Sakurako, la gérante, n'est qu'une adolescente de 14 ans, tandis que les lieux semblent délabrés et que certains enfants adoptent un caractère étrange vis à vis du nouvel employé. Et, en effet, tout ce beau monde n'a rien de sain, puisque ces enfants et leur gardienne s'adonnent à des actes atroces sur d'autres humains... Une chose est sûre : Tôru ne peut s’accommoder à ce nouveau mode de vie.

Le premier tome de Children (et la première moitié de la série, par conséquent) ne perd pas vraiment de temps avant de nous plonger dans son ambiance. Miu Miura opte pour une entrée en matière assez rythmée, l'arrivée du protagoniste dans son nouveau lieu de vie étant rapidement exposée, ce qui permet à ce début de titre de rapidement entrer dans le vif du sujet. Dès lors, Children devient gore, violent, et dérangeant à de nombreux moments. Car dans ce manga, tout est pensé pour que le lecteur soit dérouté par ce qui se déroule sous ses yeux. Les violences physiques dépeintes sont psychologiquement glaçante, et le fait que l'artiste mette en scène des enfants, tout en adoptant un style graphiquement faussement mignonnet, rajoute énormément à cette ambiance glauque et épouvantable. Là où certains titres gore peuvent procurer un certain plaisir dans leur qualité de défouloirs, cette première moitié de Children n'est pas de cet acabit. Le volume est cruel et macabre, et demandera peut-être même une lecture en plusieurs temps pour certains.

Et, de manière légitime, on se questionne sur le fond de l’œuvre. La démarche de Miu Miura est-elle simplement une volonté de violence gratuite ? Pas vraiment, et c'est ce qui nous pousse principalement à poursuivre la lecture en conservant une petite curiosité. Au fil des pages et des chapitres, des indices nous sont donnés sur les raisons de ce sordide établissement, et le fait que la jeune Sakurako et ses adorables bambins ne soient pas les seuls aux commandes de ces actes ignobles. Une intrigue mystérieuse se développe peu à peu, sans toutefois dévoiler ses réponses dans ce premier tome. Mais il n'en faut pas plus pour nous titiller et nous donner l'envie de lire la suite, notamment parce que le court format de deux volumes laisse croire à des réponses qui nous seront données rapidement, dans le second et dernier tome.
Et à côté de ça, on notera que Children commence à aborder des thèmes cohérents avec la démarche de l’œuvre : Les scissions entre les générations. La perte de confiance de la jeunesse envers les adultes est une idée centrale et loin d'être inintéressante, dont on attend une résolution pertinente dans le prochain opus.

Childre n'est donc pas un titre à conseiller à tout le monde, à cause de ses planches particulièrement crues et qui pourront retourner l'estomac des plus sensibles. Mais derrière cette surenchère macabre se cache un début de titre qui a des idées, dans son intrigue notamment, et qui aborde un sujet de société intéressant. Si on lui préfèrera, pour l'heure, Le Perce Neige dans l'orientation de son message, le manga de Miu Miura mérite le coup d’œil, pour peu que le genre ce repousse pas.

Côté édition, Omaké livre une bonne copie : Un papier de qualité correcte, quelques pages couleur en début de titre, une couverture sur papier couché mât d'un bel effet, et une traduction efficace par le studio Charon.


Chronique 1 :

Avec des séries comme Le Perce-Neige et Assistant Assassin, les éditions Omaké Manga ont déjà montré un certain goût pour les récits à réserver à un public averti de par leur côté gore et malsain, mais ayant en même temps certaines choses à dire sur des aspects peu reluisants de la société, pour finalement éventuellement marquer en profondeur (Assistant Assassin doit encore confirmer cela, mais pour Le Perce-Neige c'est indéniable). Quand on a ça en tête, on accueille donc avec une certaine curiosité ce que l'éditeur présente déjà comme le manga le plus trash de son jeune catalogue, voire comme l'un des mangas les plus gores et malsains de ces dernières années. Oeuvre en 2 tomes, première série de Miu Miura, et publiée au Japon de 2017 à début 2019 chez Square Enix où elle a fait son petit buzz de par son aspect très dérangeant, Children porte pourtant un nom tout simple et évoquant la mignonnerie et l'innocence. Mais la jaquette, perturbante, donne d'emblée le ton avec son amas de couleurs... dont celle du sang.

Et qu'on se le dise, le ton est largement confirmé dès les 4 premières pages en couleurs: un cadavre humain embroché qui rôtit tranquillement au-dessus d'un feu, de la viande qui grille sur un barbecue, des corps adultes éviscérés et dépecés tandis que des cochons à côté semblent attendre leur pitance... Voilà le nouveau cadre de vie de Tôru Igarashi. Etudiant, le jeune homme a accepté une offre d'emploi repérée par sa mère, et consistant juste à "s'occuper d'enfants" dans un situé au fin fond des montagnes et où aucun réseau ne passe. Le contrat de 3 millions de yens pour un job de 6 mois semblait beaucoup trop beau, et sans doute Tôru aurait-il dû se méfier un minimum. Car sur place, il découvre d'emblée que les enfants de l'orphelinat/école maternelle, sous l'égide de la bien jeune (14 ans) et flippante directrice Sakurako Shimizu, deviennent la nuit d'implacables machines à tuer et dépecer celles et ceux qu'ils considèrent comme de mauvais adultes...

Si le concept malsain et dérangeant à souhait des enfants tueurs est loin d'être nouveau dans la fiction de tous types, Miu Miura semble avoir décidé de pousser la chose assez loin en n'épargnant rien au lecteur, à travers la plongée aux enfers de Tôru. On pourra peut-être s'étonner que l'étudiant garde quand même un certain self control par moments (mais au vu de la bande-annonce du tome 2, ça pourrait s'expliquer...), mais le fait est que, côté gore et perturbant, Miura s'en donne à coeur joie. Meurtres barbares (avec yeux arrachés à la petite cuillère, par exemple), corps soigneusement découpés pour être jetés ou servir de nourriture aux cochons, ou même enfants mourant de façon horrible... ça va assez loin en n'occultant rien, et c'est forcément rendu d'autant plus malaisant que ce sont des enfants qui sont acteurs de tout ceci, et que Miura accentue volontiers leurs expressions faciales dérangées quand il le faut pour accentuer encore plus le malaise... Mais bien sûr, une question se pose: comment ces gosses sont-ils arrivés là, et pourquoi font-ils ça ?

De ce côté-là, Miura reste pour l'instant plus ou moins dans l'évasion, mais nous permet quand même de cerner l'essentiel. On découvre essentiellement en Sakurako (l'adorable miss s'affichant sur la jaquette) une adolescente à première vue assez attentionnée en recueillant les mômes, mais capable de devenir complètement folle dès qu'il s'agit d'adultes ou dès que les enfants ne respectent pas à la lettre les règles qu'elle a mises en place. Et autour d'elle, les différents enfants montrent, pour la plupart, un certain intérêt, chacun ayant ses petites spécificités. Pourtant, tous (ou presque) peuvent devenir de véritables machines à tuer effrayantes en un rien de temps, tant il semblent conditionnés par les règles établies par Sakurako, tandis que Sakurako elle-même semble potentiellement manipulée par un certain Kyôjô... Et tandis que tout ceci intrigue assez pour la suite et fin dans le deuxième tome, on entrevoit assez facilement ce qui fait que ces gosses sont comme ça: leur défiance totale envers les adultes, exception faite pour Tôru que Sakurako protège pour d'obscures raisons. Abandon, maltraitance, viol, brimade envers un petit garçon éduqué comme une fille, fuite depuis un pays étranger... A chaque fois c'est très bref, sans doute trop dans certains cas, mais on cerne quand même suffisamment tout le mal-être qu'ont pu vivre les enfants, montrant bien qu'ils ont tous des raisons d'être dans ce lieu coupé du monde, et expliquant dès lors leur défiance envers les adultes, une défiance soigneusement conditionnée par Sakurako et peut-être par le mystérieux Kyôjô.

Au bout du compte, on arrive à la fin du volume en étant régulièrement estomaqué, plus encore après un climax de fin de tome particulièrement atroce... mais c'est aussi avec de nombreuses interrogations que l'on referme ce premier opus, tant la deuxième moitié de cette courte série aura fort à faire pour bien développer tout ce qui a été évoqué et pour apporter des réponses et une conclusion convenables. L'intérêt global de Children risque alors de beaucoup se jouer sur le deuxième et dernier tome, mais pour le moment on est facilement intrigué et terrifié par ce récit aussi malsain que trash.

Côté édition, ça pèche un peu sur certains points: une première page couleur mal collée (en tout cas pour moi, mais les autres exemplaires que j'ai pu feuilleter avaient le même petit problème), et un travail de lettrage plutôt basique sans être mauvais. A part ça, la jaquette est vraiment soignée, la présence de 4 pages couleur reste un plus non négligeable, le papier et l'impression sont d'honnête qualité malgré une légère transparence, et la traduction du studio Charon apparaît efficace.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Takato

14.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14.25 20
Note de la rédaction






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