Chastity Reverse World Vol.1 - Actualité manga

Chastity Reverse World Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 23 September 2021

Chronique 2 :

Initialement découvert en France en juin 2019 aux éditions Hot Manga avec son plutôt fun hentai Chasteté inversée - Les femmes ont le contrôle, le mangaka Amahara aura joui d'une actualité particulièrement fleurie dans notre pays pendant l'été. Côté animation, on a pu découvrir sur la plateforme Crunchyroll l'adaptation de son manga (inédit en France) Heion Sedai no Idaten-tachi sous le titre The Idaten Deities Know Only Peace. Et côté manga, deux de ses oeuvres sont arrivées coup sur coup en juillet. Tout d'abord, le 9 juillet chez Ototo Manga, Interspecies Reviewers, comédie érotique complètement barrée qui fut popularisée en hiver 2020 avec son adaptation animée éponyme diffusée en France sur Wakanim. Puis, le 16 juillet chez Meian, l'oeuvre qui nous intéresse ici: Chastity Reverse World, qui rejoint l'inégale collection Daitan! de l'éditeur, collection dédiée aux mangas considérés comme plus "borderline".

Pour l'histoire de Chastity Reverse World, Amahara a repris la base de son hentai Chasteté Inversée, avec l'idée d'un monde où la pudeur serait inversée entre hommes et femmes: la gente masculine y devient très pudique, tandis que la perversité de ce monde est à mettre à l'actif de la gente féminine. De son nom original Teisô Gyakuten Sekai (littéralement "Le Monde de l'Inversion de la Chasteté"), la série a été lancée au Japon en 2016 dans les pages du magazine Comic Valkyrie de l'éditeur Kill Time Communication (un éditeur plutôt spécialisé dans les récits teintés d'érotisme léger puisqu'on y trouve, entre autres, beaucoup de séries de Lim Dall Young dont Freezing), et elle suit un rythme plutôt tranquille puisque, à l'heure où ces lignes sont écrites, seuls trois volumes brochés sont parus. Notons enfin que, tout comme pour Interspecies Reviewers, Amahara n'est qu'au scénario, et qu'il a légué la partie dessins à Mantaro, un mangaka dont c'est la toute première (et à ce jour la seule) oeuvre professionnelle.

Nous voici donc plongés ici aux côtés d'une lycéenne du nom de Momona Ichikawa, qui se réveille dans sa chambre d'hôpital après deux semaines de convalescence, et en ne se souvenant absolument pas de ce qu'elle faisait lors de sa première semaine d'hospitalisation, pendant laquelle elle ne pouvait même pas se lever. Mais plus encore que cette sorte de petite amnésie, ce sont bien d'autres choses qui la surprennent. A la télévision, on fait part d'une tentative d'introduction d'une femme dans un lycée pour garçons. Et devant elle, ses deux copines de classe Kawashima et Kanzaki lui semblent trèèèès différentes d'avant, en ne cessant de parler de choses sexuelles, et en lui demandant même si elle a pu se livrer à la débauche avec le bel infirmier. De fil en aiguille, Momona se dit forcément que quelque chose, jusqu'à finir par comprendre l'étonnante vérité: les filles sont devenues des perverses pendant très souvent à la chose, tandis que les garçons sont devenus très pudiques et souvent gênées par les discussions et les harcèlements de leurs camarades féminines. En somme, la chasteté a changé de camp ! Mais comment est-ce possible ? Se disant que le monde a changé pour une raison mystérieuse, Momona finit par comprendre que ce n'est peut-être pas le cas: comme ses amies n'arrêtent pas de le lui dire, peut-être que c'est elle qui a changé, car avant elle n'était pas aussi prude. Ou alors, peut-être qu'elle a été échangée entre son monde d'origine et cet autre monde inversé, et que la Momona lubrique de cet autre monde a gagné son monde d'origine (auquel cas, elle doit bien s'y amuser...).

Amahara soulève volontiers, rapidement, ces quelques petites interrogations qui auront peut-être leur importance sur la longueur. Mais dans l'immédiat, il ne s'agit clairement pas là du but premier du scénariste qui, au fil des chapitres, va surtout s'appliquer à montrer toutes les choses qui ont changé suite à l'inversion de pudeur entre filles et garçons. Ces messieurs sont donc devenus très pudiques, au point qu'une paire de poitrine ou une infirmière ne sont plus du tout des objets de fantasmes, là où les femmes ne cessent de nourrir nombre de fantasmes sur les corps masculins. Les maid cafés n'existent plus et ont laissé place à des bars à samouraïs, les publicités jouant sur la sexualisation des femmes sont remplacées par des panneaux et des spots d'hommes torse nu dans des positions volontiers sexualisées, les figurines peu vêtues pour otakus sont désormais à l'effigie de personnages masculins, ce sont désormais ces messieurs qui se retrouvent en proie à des tentacules dans les jeux de drague, les magazines pornos affichent uniquement des hommes, ces derniers sont désormais en position de faiblesse dans les vidéos X... Mais c'est surtout au fil de ses discussions avec ses copines que Momona se confronte le plus à ce monde qui lui apparaît souvent complètement fou. Ainsi, ses amies Kawashima et Kanzaki sont ici deux vicelardes de premier ordre, ne pensant qu'au sexe, aux fantasmes sur les hommes, aux magazines et vidéo pornos, à la masturbation, à l'envie de le faire à tout bout de champ à tout mec qu'elles trouvent beaux... Et celle comprend même que c'est désormais pour les femmes qu'il semble honteux voire impensable de rester vierge trop longtemps, au point que les miss prennent soin de se déflorer elles-mêmes avec toutes sortes d'ustensiles.

Le concept est assez simple sur le papier, mais encore fallait-il y penser, l'oser, et surtout savoir l'exploiter. Dans l'ensemble, Amahara s'en tire assez bien pour le moment. L'ensemble pourrait devenir redondant sur la longueur, mais dans l'immédiat l'inventivité est suffisamment présente, avec un auteur cherchant bien souvent à offrir de l'humour dans le traitement de son sujet, humour qui doit beaucoup au décalage de l'héroïne dans ce monde, mais aussi au côté volontairement excessif de personnages comme Kawashima et Kanzaki qui sont vraiment poussées à l'extrême dans leur perversité de chaque instant.

Néanmoins, Chastity Reverse World ne semble pas là uniquement pour amuser sur une thématique lubrique, car forcément, cet amas de situations inversées autour de la sexualité pousse quelque peu à s'interroger sur l'état de notre propre monde patriarcal et sexiste. Bien sûr, cet aspect, Amahara l'aborde avec son style bien à lui, c'est-à-dire en privilégiant surtout une ambiance détendue avec un humour excessif voire parfois débile. Mais le fait est que cette part un peu plus "sociétale" existe bel et bien, et qu'elle est parfaitement véhiculée par l'unicité de Momona, seule fille de son entourage à ne pas être libidineuse (comprendre par-là qu'elle se masturbe de temps à autre et qu'il lui arrive de regarder des oeuvres érotiques, comme toute personne normale, mais qu'elle n'en fait pas une obsession), et posant donc sur tout ce qui l'entoure un regard généralement un peu plus "sensé". Est-ce que cela durera ? Affaire à suivre.

Pour le reste, Mantaro et ses assistants livrent un rendu visuel assez soigné. Le dessinateur est peut-être parfois un peu sage par rapport au côté assez excessif du récit (en guise de comparaison avec un autre manga scénarisé par Amahara, le dessinateur d'Interspecies Reviewers est plus dans le ton avec son style un peu cartoonesque), voire même un peu plan-plan dans son découpage, mais dans l'ensemble c'est soigné. Et surtout, en dehors de quelques seins ou torses nus, ça évite d'être réellement voyeuriste, les auteurs ne tombant ainsi pas dans ce piège qui aurait pu faire de la série un simple manga érotique de plus.

Les débuts de Chastity Reverse World sont donc assez encourageants dans l'ensemble. Le style assez unique d'Amahara est bien là pour susciter quelques questionnements autour de la sexualité sur fond d'humour débridé, et même si le schéma pourrait vite devenir redondant, dans l'immédiat il n'y a pas de quoi bouder son plaisir si tant est que l'on accroche à ce ton atypique.

Du côté de l'édition, Meian livre une copie satisfaisante avec une bonne qualité de papier et d'impression, une première page en couleurs, un lettrage propre de la part de Farid Daoud, et une traduction de Vanessa Gallon qui s'avère claire et assez bien dans le ton. Enfin, on appréciera beaucoup l'effort fait pour reprendre le concept de la jaquette originale japonaise, avec les mots du titre inversés.


Chronique 1 :

Daitan!, la collection sulfureuse de l'éditeur Meian, se développe petit à petit avec des titres qui ont le mérite d'être variés bien que chacun ne puisse être du goût de tous, et parfois même sujet à débat (on pense forcément au titre « Les rives rouges de l'adultère »). Dans cette variété, quelques pépites nous ont été proposées, dont l'étonnant JK Haru : Sex Worker in Another World qui cherche à traiter son ensemble avec justesse et morale, ou encore l'inclassable Pop Team Epic et son humour délicieusement absurde.

Le dernier titre en date à rejoindre le catalogue de Daitan!, c'est Chastity Reverse World. Lancé en 2016 et ne dénombrant que 3 opus à ce jour, le manga paraît dans le Comic Valkyrie de l'éditeur Kill Time Communication, sous le titre Teisô Gyakuten Sekai. Le titre est dessiné par Mantarô, artiste dont il s'agit de la toute première œuvre professionnellement publiée, mais le scénario n'est pas de son fait. A la barre de l'écriture, on retrouve un nom qui ne nous est pas inconnu : Celui d'Amahara. Auteur très orienté vers les récits coquins, celui-ci signe notamment Interspecies Reviewers, un récit qui divise largement depuis sa première arrivée en France, via l'adaptation animée. Il a aussi signé Chasteté Inversée, un hentai de l'ordre de la comédie érotique qui a servi de base au manga dont il est question en ces lignes. Aussi, le nom d'Amahara permet de suggérer que l'idée derrière le synopsis de l'œuvre ne sera pas forcément le moyen pour établir un discours sur la société, mais plutôt de proposer un divertissement décortiquant ce concept avec humour et grivoiserie.

Balayons donc de suite ce premier questionnement : C'est le cas. Dans cette histoire (entre autre isekai), Ichikawa se réveille dans un monde semblable au sien, mais où les mœurs sont totalement chamboulées. Les femmes ont pris l'ascendant côté perversion exacerbée, et ce sont les hommes qui subissent leur libido sans limite. L'idée est simple mais suffisamment riche pour permettre de pointer du doigt les dérives de notre société misogyne et patriarcale... Ce qui ne semble clairement pas être la volonté de l'auteur qui préfère utiliser son idée pour créer un récit sulfureux et humoristique, même si sa manière de tourner en dérision certains éléments est une forme de critique sociétale en soit.

Amahara a choisi de penser un manga de l'ordre du divertissement, et ce premier volume remplit plutôt bien sa part du contrat dans cette optique. Utilisant le coup de crayon précis et expressif de Mantarô, Amahara sait utiliser la chasteté inversée de ce monde pour renouveler les situations qui peuvent aussi bien tourner autour de la libido sans limite des camarades d'Ichikawa que de la manière dont les mœurs ont changé, la gente masculine se retrouvant sexualisée à outrance là où la poitrine féminine n'est plus considérée comme un organe sexuelle par les Hommes. S'il est intéressant d'observer des similarités entre ces représentations et des discours féministes actuels, le récit cherche surtout à profiter de ses situations pour faire rire le lecteur, ce via des personnages excessivement pervers, en contraste totale avec une héroïne contrainte d'accepter ce monde tel qu'il est. Ce fossé mène d'ailleurs à ce bonnes idées côté humour coquin, les standards de pornographie que nous connaissons devenant de véritables coups d'audace dans cet univers où la gente masculine est objectifiée par l'industrie érotique.

Alors, une fois le parti-pris accepté, force est de constater que ce premier toome constitue un divertissement appréciable et drôle, brisant même certains tabous autour de la jeunesse japonaise (y compris les demoiselles trop souvent considérées comme de frêles poupées sans désirs). Le titre trouvera peut-être sa limite dans sa manière de représenter les amies de l'héroïne. Car ces dernières doivent être des alter-égo de la caricature de l'otaku pervers, mais cette excentricité de leur libido s'avère parfois peu convaincante. Il faut alors considérer ceci comme un pur excès scénaristique de l'ordre de l'humour, afin de permettre au titre d'amener des situations en décalage avec la chasteté d'Ichikawa.

Le bilan de ce début de Chastity Reverse World est donc convaincant, si on accepte le titre en tant que tel et en n'y cherchant pas une œuvre qui se prend trop au sérieux. Le pitch servant d'outil humoristique coquin, Amahara sait inventer des situations amusantes, là où Mantarô croque le tout avec énergie et tout en restant dans le suggestif, les personnages étant mineurs. A voir si le titre saura entretenir cette fraicheur dans ses tomes suivants.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

13.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

13.5 20
Note de la rédaction






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