Critique du volume manga
Publiée le Lundi, 12 Janvier 2026
"Ils me tendent la main pour essayer de me tirer vers le haut, mais pour moi, l'endroit où ils se tiennent est bien trop aveuglant..."
A nouveau coincé seul dans cette ville suite à l'hospitalisation de sa mère dans le coma et à l'arrestation de Gen, Reiji a fini par retrouver Tchako, dont il était sans nouvelles depuis la mésaventure à Tôkyô. Face à lui, il voit une amie d'enfance qui a fui la demeure familiale après une violente dispute avec son père et qui, très amaigrie, a un couteau dans la main et semble à bout. Alors que le jeune garçon propose à son amie de l'emmener chez lui, les confidences et confessions se font, en étant assez touchantes derrière leur forte pat de spleen, mais aussi en exposant toujours plus le malaise que la jeune fille ressent au plus profond d'elle-même. Cette fois-ci, l'heure est peut-être bel et bien venue de mourir, au vu de l'état de Tchako et de ce que Reiji accepte de faire pour elle... à moins que, une nouvelle fois, quelque chose ou quelqu'un ne vienne les en empêcher.
C'est en ça que, décidément, on ressent la principale limite de Boy's Abyss: même quand tout semble se diriger vers cette issue aux quelles nombre de personnages aspirent depuis quasiment le début, la mort se refuse encore et toujours à eux, dans une formule qui est déjà répétitive depuis un moment. La lassitude face à ce schéma pourrait d'autant plus se faire ressentir que Minenami Ryo rallonge de temps à autre la sauce, faisant que son histoire s'étire déjà sur 15 tomes alors qu'elle pourrait facilement compter quelques volumes de moins si certains développements n'étaient pas si dilués.
Pourtant, le fond du récit reste résolument très intéressant, tant on sent que l'autrice a encore des choses à narrer sur le profond mal-être qui plombe ses personnages. Que ce soit Reiji et Tchako qui sont au coeur de toute une partie du volume, Yuri qui ne compte pas lâcher celui dont elle est amoureuse (non sans se dégoûter, au vu de la différence d'âge) tant qu'il ne l'aura pas clairement rejetée, Esemori qui attend la mort dans son lit d'hôpital tout en essayant de remettre sur la bonne voie les jeunes qu'il a pourtant contribué à rendre dans cet état, ou encore Nagi qui semble s'engager dans une voie sinistre sans en faire grand cas, on retrouve toujours les personnages dans un état particulièrement dépressif... Alors, l'inquiétude de certaines personnes pour eux suffira-t-il à changer quelque chose. Que ce soit l'inspecteur, Tokiwa, dans un sens Yuri aussi vis-à-vis de Reiji, ou dans une certaine mesure Esemori comme dit plus haut, certains visages tentent d'insuffler l'espoir, en permettant aussi à la mangaka de jouer sur cette "confrontation" entre les jeunes et les adultes. Elle confronte des adolescents désespérés et déjà quasiment éteints à leur site jeune âge, à des adultes qui pour certains ont fait le choix de vivre mais dont on ne sait pas s'ils sont vraiment heureux ou s'ils sont résignés... voire, à l'image d'Esemori, s'ils ne sont pas restés éternellement coincés dans leur jeunesse et dans les regrets qui vont avec.
Alors, cela suffira-t-il a sortir peu à peu Reiji et les autres de leur souffrance psychologique ? Le doute reste entier quand on songe aux liens et aux promesses qui continuent d'enchaîner notre héros à cette ville, et quand, à l'instar de l'inspecteur, on décèle encore comme une lueur de renoncement dans son regard, même s'il fait mine que les choses commencent à aller mieux. A ce titre, les toutes dernières pages, faisant écho au début de la série au vu des retrouvailles qui y ont lieu, laissent très interrogateur pour la suite de l'oeuvre.
16/01/2026