Blue Period Vol.1 - Actualité manga

Blue Period Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 22 January 2021

Chronique 2 :

Figurant déjà parmi les éditeurs français de manga les plus en vue depuis des années avec nombre de séries à fort succès (Fairy Tail, L'attaque des Titans, Seven Deadly Sins, L'Atelier des Sorciers... pour n'en citer que quelques-unes) et un nombre élevé de sorties chaque mois (sans compter les labels nobi nobi! et H2T), Pika Edition s'apprête à vivre un premier semestre 2021 pour le moins ambitieux, entre des séries très réclamées par les fans comme Kaguya-sama - Love is War ou Blue Lock, et un alléchant coup de poker via l'arrivée prochaine de l'assez longue série mafieuse The Fable. Mais cette année 2021, l'éditeur la commence très fort d'emblée, avec l'arrivée en ce mois de janvier d'un manga un peu plus atypique et artistique qui, à l'instar de L'Atelier des Sorciers (entre autres) avant lui, a tapé dans l'oeil de nombre de lecteurs et lectrices nippons, au point d'engranger les récompenses et de faire décoller la notoriété de son autrice.

Blue Period (qui, soulignons-le tout de suite, est aussi le nom de la série au Japon, et non un anglicisme créé pour l'édition française comme les éditeurs tendent parfois trop à le faire) arrive effectivement das nos contrées en étant précédé d'une solide réputation: lauréate de plusieurs prix dans son pays (notamment le Prix Manga Taishô 2020, et le Prix du manga Kôdansha 2020, sans compter de nombreuses sélections/nominations), l'oeuvre s'est également déjà installée plusieurs fois dans les tops vente nippons. Comptant actuellement 9 tomes au Japon depuis très peu de temps (le tome 9 y étant sorti hier, le 21 janvier), elle est en cours depuis 2017 dans le magazine Afternoon des éditions Kôdansha, magazine souvent qualitatif qui a vu ou voit encore passer un paquet d'excellentes séries comme Vinland Saga, Blame!, Bakuon Rettô, L'Habitant de l'Infini, Mushishi, A Journey beyond Heaven...

On doit ce manga à Tsubasa Yamaguchi, une artiste jusque-là inédite en France, mais qui a déjà à son actif au Japon quelques travaux depuis ses débuts professionnels dans la première moitié des années 2010, qui plus est dans des registres assez variés. Ainsi, si on l'a d'abord connue en 2014 pour sa participation à une anthologie collective autour de l'anime Aldnoah.Zero, elle s'est intéressée au manga sur l'Art dès 2015 avec Nude Model, une histoire courte ayant pour thème la peinture. On l'a ensuite retrouvée en 2016 avec Kanojo to Kanojo no Neko, one-shot adaptant le très beau court-métrage éponyme de Makoto Shinkai, puis avec Kokuhaku no Jikan, un boy's love en 3 chapitres. Actuellement exclusivement concentrée sur Blue Period, elle a un compte instagram où elle est assez active, mais aussi, chose particulièrement appréciable, un compte youtube où elle a posté il y a quelques mois plusieurs vidéos d'elle en train de dessiner les personnages de sa série phare, ce qui est un vrai plaisir à regarder.

Blue Period nous plonge aux côtés de Yatora Yaguchi, un lycéen en classe de première qui ne passe pas forcément inaperçu, d'autant que malgré son statut d'élève brillant il a une allure qui dénote un peu. Cheveux décolorés, piercing à l'oreille, fumant quelques clopes à l'occasion et faisant les 400 coups avec ses trois potes, il n'a pas forcément très bonne réputation auprès de pas mal d'élèves, qui le considèrent même comme un bad boy. Mais tout ceci n'est-il pas qu'une façade ? Tout semble avoir beau lui réussir dans l'ensemble, au point qu'il aime se placer un peu en hauteur par rapport aux autres, Yatora fait partie de ces adolescents un peu paumés, sans réelle passion ni vision de ce qu'il veut devenir plus tard. Sans forcément poser le mot sur cette impression, on sent qu'il étouffe, comme nombre de jeunes (et moins jeunes) dans une société formatée où la norme est reine. Et quand on lui parle d'orientation pour l'avenir, il suppose qu'il ira dans une université publique sans avoir vraiment de projet précis, hormis celui d'éviter à ses parents de faire trop de dépense vu que sa famille n'en a pas forcément les moyens. Alors, par défaut, Yatora suit le moule, étudie correctement sans trop savoir dans quel but... Du moins, jusqu'à ce qu'un tableau, découvert par hasard dans la salle d'arts plastique, le subjugue complètement, au point qu'il n'arrive plus vraiment à en détacher ses yeux. Quelques rencontres plus tard, le voici qui se surprend à adorer dessiner sur ses cahiers pendant les cours, avant qu'il ne décide d'intégrer le club d'arts plastiques de son lycée. En lui naît enfin la chose qui lui manquait tant: une passion. Et cette passion pourrait l'emmener très loin...

Blue Period nous parle donc d'Art et essentiellement de dessin et de peinture, chose qui n'est pas forcément nouvelle: ainsi, celles et ceux qui sont intéressé(e)s par le sujet peuvent également se ruer, entre autres, sur l'excellent manga Demande à Modigliani!, paru en France aux éditions naBan. Mais Tsubasa Yamaguchi a une manière différente et bien à elle d'aborder le sujet, car en nous invitant dans l'univers artistique à travers un héros néophyte comme Yatora, elle nous place un peu au même niveau que lui pour rendre son récit totalement accessible, afin de le rendre d'autant plus didactique au fil de ses nombreuses informations. Car l'un des enjeux de l'autrice à travers cette oeuvre semble bel et bien de décortiquer cet Art sous toutes les coutures: distillées avec clarté et parcimonie, de nombreuses informations techniques sont présentes sur bien des domaines (que ce soit les techniques de dessin et de peinture en elles-mêmes, les différents types de peinture, le matériel...), mais Yamaguchi n'est également pas avare en présentations sur la place de l'Art en milieu scolaire/lycéen et sur les écoles d'Arts japonaises, leurs spécificités, ou simplement leur difficultés d'admission, leur aspect financier et les perspectives qu'elles peuvent offrir.

Ces perspectives, Yatora, lui, ne les a évidemment pas au début, lui l'élève un peu paumé qui ne savait pas quoi faire de sa vie. Et c'est au fil de ce premier volume que l'on voit naître en lui ces choses qui lui manquait: un but à atteindre, un rêve à rendre accessible en devenant meilleur en Art... Choses qu'il doit à la Passion, Art et Passion étant intimement liés ici, chose que véhicule excellemment l'enseignante du club, femme ouverte, pouvant être sévère mais poussant toujours les jeunes vers l'avant (le genre de prof que l'on aurait tous aimé avoir). Et si la passion naît en lui, c'est aussi à travers la stimulation que lui procurent plusieurs autres jeunes autour de lui. On pense à la talentueuse présidente Mori, à l'intéressante Yuka qui véhicule même encore plus de choses autour de l'identité, ou à certaines rencontres faites en fin de volume.

Et puisque l'on parle d'identité, sans doute est-ce aussi ce qui manquait à notre héros, qui se conformait au moule sans vraiment en sortir, fumant quelques cigarettes pour faire genre, mais qui n'osait pas, forcément exprimer ce qu'il avait au fond de lui... Cela, la peinture devrait le lui permettre, en étant, comme tout Art, un moyen de s'exprimer et d'afficher sa personnalité, dans un monde qui tend souvent à trop étouffer celle-ci.

Visuellement, c'est assez personnel et, surtout, d'une limpidité exemplaire. Yamaguchi soigne beaucoup son découpage, ses angles, et sait faire ressortir à merveille l'Art et ses jeunes artistes en herbe. On adorera la pleine page de Mori peignant avec ferveur et intensité, ou encore les brèves petites métaphores visuelles où Yatora est comme immergés dans les paysages, ces paysages qu'il prend soin d'observer désormais comme jamais auparavant, posant un nouveau regard sur ce qui l'entoure. Soulignons aussi la participation, pour les dessins d'oeuvres d'Art, de nombreux artiste que l'autrice remercie tous à la fin de l'ouvrage. Les plus observateurs noteront que parmi tous les remerciement, il manque un nom, celui de Matsuba Yachigusa... qui est un anagramme de Tsubasa Yamaguchi. On imagine donc avec malice que ces quelques dessins d'oeuvres d'Art là ont été faits par la mangaka elle-même.

Et pour finir sur une autre anecdote, soulignons que le titre Blue Period n'est sans aucun doute pas choisi au hasard, la Période Bleue étant l'une des périodes artistiques de Pablo Picasso, dont le nom est mentionné dès le première page. Cette période correspondant, en plus, à tout un phase de la jeunesse du célèbre peintre, quand il avait tout juste 20 ans.

Au bout du compte, Blue Period n'a d'ores et déjà pas volé sa réputation, et se pose comme l'un des mangas à suivre de très près en 2021. Tsubasa Yamaguchi, à travers un héros et d'autres personnages déjà captivants, entame une superbe mise en valeur de l'Art mais aussi de la Passion sous bien des coutures. Et le tout est servi par une très bonne qualité d'édition, où l'on appréciera en premier lieu une jaquette proche de l'originale japonaise et dote d'un beau vernis sélectif. A l'intérieur, le papier est souple et sans transparence, l'impression est honnête, l'encre ne bave pas, la traduction de Nathalie Lejeune est soignée, et le travail de lettrage est convaincant. Enfin, difficile de ne pas saluer le petit bonus que sont les 4 premières pages en couleurs, absentes de l'édition japonaise.


Chronique 1 :

Déjà l'un des plus gros acteurs du marché français du manga, Pika semble déjà briller en terme de réussite sur 2021, notamment parce que l'éditeur se fera vecteur de titre particulièrement attendus tels que Blue Lock et Kaguya-sama : Love is War. Mais avant ça, sa nouveauté phare nourrissait aussi une certaine curiosité. L'annonce de Blue Period a été particulièrement bien accueillie, notamment parce que le manga a remporté différents prix ces dernières années, au Japon. Sur la première moitié de 2020, l’œuvre a remporté le Manga Taishô de l'année et s'est hissé à la première place du 44e Kôdansha Manga Award dans la catégorie générale, rien que ça. Les prix japonais honorent souvent des réussites (citons Beastars, autre exemple très récent), ce qui contribue forcément à capter notre intérêt, sans oublier le sujet phare du manga : L'art du point de vue scolaire.

Blue Period (qui est aussi le titre japonais du récit et pas un sobriquet anglophone, soulignons-le) est l’œuvre actuelle de Tsubasa Yamaguchi, une autrice active professionnellement depuis 2014, ses débuts s'étant fait avec une contribution à une anthologie tirée de la série animée Aldnoah.Zero. L'année suivante, elle publia sa première histoire courte, là aussi ancrée dans le monde de l'art : Nude Model, un one-shot prépublié dans la revue Good ! Afternoon de la Kôdansha. 2016 fut une année plutôt charnière pour l'artiste avec pas moins de deux titres : La courte série boy's love Kokuhaku no Jikan (trois chapitres) d'une part, et le récit en un unique volume Kanojo to Kanojo no Neko de l'autre, une adaptation de l'anime au format court éponyme de Makoto Shinkai, un nom qu'on ne présente plus.
2017 fut l'année de lancement de Blue Period dans le magazine Afternoon de l'éditeur Kôdansha. Le titre se poursuit d'ailleurs actuellement puisque le huitième opus paraîtra au Japon le lendemain de la sortie du tome un chez nous. Cerise sur le gâteau : Une adaptation animée a fraîchement été annoncée, la diffusion de celle-ci étant prévur pour cette année 2021.

Yatora Yaguchi est un lycéen qui semble croquer sa vie à pleine dent. Appartenant à une petite bande qui profite de sa jeunesse, il brille par d'excellents résultats scolaires. Mais au fond de lui, le garçon semble étouffer. S'il apprécie son quotidien aux côtés de ses amis, il a l'intime sensation de se conformer malgré lui aux codes de la société, et de se comporter ainsi pour flatter ses semblables. Alors, puisqu'il est en Première, la question de l'orientation commence à émerger, et une université classique semble être la meilleure option, d'autant plus que ses parents n'ont pas les finances pour payer un cursus dans le privé. Le déclic de Yatora a lieu en cours d'arts plastiques, une pratique qu'il voyait pourtant d'un œil ironique jusqu'à présent. Prenant plaisir à concevoir un travail, la reconnaissance de ceux qui apprécient son œuvre le flattent, et l'adolescent se prend alors à aimer gribouiller quelques croquis sur ses cahiers, et à s'intéresser aux subtilités de la peinture. Yatora aurait-il trouvé sa voie, à l'heure où la possibilité d'une université d'art lui tendra les bras ?

Avec Blue Period, Tsubasa Yamaguchi croque ainsi la vie de lycéens qui appréhendent le milieu si riche qu'est l'art dans son ensemble. Ceci par les yeux de Yatora, un garçon du genre brillant et bosseur, appartenant à une sorte de petite bande mal vue, qui ne sait trop comment profiter sincèrement de son existence. Et par ce simple postulat, ce premier tome capte toute notre attention. L'art n'est pas totalement abordé de manière scolaire uniquement mais est présenté sous le prisme de la passion, à travers l'éveil d'un personnage parfois ambigu et qui ne cesse de nous fasciner, tandis que d'autres personnages viendront nourrir les dimensions multiples des pratiques culturelles.

La série propose néanmoins un cadre lycéen qui permet, pour l'heure, plusieurs optiques bien distinctes. D'une part, ériger l'art en terme de possibilités d'études en fait un milieu qui se décortique avec une certaine cohérence. Il n'a donc rien d'anormal à ce que les genres et les techniques soient expliquées minutieusement, chose que la mangaka fait avec énormément de réussite. Car même pour un non amateur, cet aspect didactique se révèle toujours plaisant, décrit de manière simple mais efficace, et faisant office de véritable cours attractif. Et en parallèle, toute cette forme lycéenne permet d'aborder l'histoire de Yatora et de ses nouveaux compagnons de club sous l'angle du parcours de la réussite, avec le lot d'examens que ça implique, et des chances de réussite plutôt réduite. Là où le schéma est bien adapté à son sujet, c'est que l'autrice en profite pour parler du sujet méconnu que sont les études d'art au Japon, finalement pas si éloignée que celles de notre pays. Sur ce premier tome, le thème central de la série est abordé avec de nombreuses richesses, toujours de manière claire, et surtout avec une optique instructive qui rend la lecture saisissante.

Sur la lecture de ce premier volume, prenant d'un bout à l'autre, difficile de ne pas évoquer les personnages. Loin de simples archétypes, ceux-ci montrent déjà de belles richesses, aussi bien Yatora qui ne saurait se résumer à la banale racaille qui se découvre une raison de vivre. Le héros est avant tout présenté comme un adolescent qui se fond dans la masse sans pouvoir exprimer sa propre personnalité, une optique passionnante et qu'on associe très bien au milieu artistique. A côté de lui, certaines figures brillent déjà, qu'il s'agisse de Yuka qui est un personnage pour l'heure difficile à appréhender, tant on ne sait pas vraiment s'il aborde la transidentité ou la non-binarité, deux visions qui laissent en tout cas un joli champ des possibles pour décortiquer l'individu, envoutant par sa bonne humeur permanente.

Alors, en filigrane, ce début d'intrigue ne se prive pas d'aborder quelques sujets sociétaux, que nous avons partiellement évoqué. Qu'il s'agisse de la difficulté d'exprimer son individualité dans la société, de la tendance de celle-ci à faire passer la passion de chacun comme quelques chose de non essentiel ou de la pluralité des individus qui cherchent à être authentiques, ce début de Blue Period de manière dense, foisonnante et par le prisme d'un thème maitrisé l'idée du vrai soi. Un programme parfaitement saisissant donc, aussi bien dans le fond que dans la forme, et appuyé par le coup de crayon étonnant de Tsubasa Yamaguchi. Car si le trait peut donner une impression d'hésitation, il rend toujours très vif le côté libre des personnages, leurs émotions aussi. La série étant toujours en cours avec pas loin de 10 tomes, on a déjà hâte d'observer l'évolution artistique de l'autrice et de son œuvre.

Cette chronique s'appuyant sur une épreuve physique non corrigée fournie par l'éditeur, nous ne pouvons donner d'avis sur l'édition finale.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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