Blue Giant Vol.1 - Actualité manga

Blue Giant Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 06 Juin 2018

Malgré son excellence, Vertical est une série qui semble n'avoir eu qu'un succès d'estime chez Glénat, mais cela n'empêche pas l'éditeur d'oser sortir dans notre langue la nouvelle oeuvre de Shinichi Ishizuka, artiste devenu mangaka sur le tard, mais ayant vite gagné ses lettres de noblesse grâce à des récits où il aborde simplement ses passions par le biais de personnages profondément humains. Après avoir décortiqué la montagne dans Vertical, il s'est donc attaqué, à partir de 2013, à la musique jazz avec Blue Giant, série qui s'est achevée au japon en 2017 après 10 volumes, mais qui a connu dans la foulée une suite nomme Blue Giant Suprême.


"Ce jour-là, je me suis pris le jazz en pleine figure, et en plein coeur."


Dans la ville de Sendai, Dai Miyamoto, lycéen, exerce depuis quelques années dans le club de basket, sans grand succès, mais avec passion. Mais depuis l'époque du collège où un ami lui a fait un peu découvrir la musique jazz alors que tous deux n'écoutaient que du rock, il s'est pris de passion pour ce style musical, et depuis cette époque il a acheté un saxo et prend un plaisir fou à en jouer dans ses "coins secrets" de prédilection, en tête les berges de la rivière. Pourtant, jour après jour, il doit se confronter à certaines dures réalités: le regard des gens connaissant mal le jazz et ayant des préjugés dessus, ses talents en réalité très limités puisqu'il "apprend" en autodidacte et ignore un peu tout (y compris le solfège), un premier concert désastreux... Et pourtant, Dai en est convaincu au fond de lui-même: un jour, il sera le plus grand jazzman du monde.


Qu'est-ce que le jazz ? Qu'est-ce qui peut bien séduire dans cette musique ? Une bien vaste question, à laquelle le mangaka, passionné, tente d'apporter sa réponse à travers Dai, héros qui a sans doute plus d'un point commun avec lui (comme lui il s'est soudainement pris de passion pour le jazz alors qu'avant il n'y connaissait rien du tout, comme lui il a appris le saxo en autodidacte). Dans son entourage, on dit souvent à l'adolescent nombre d'a priori: on dit de lui qu'il est sophistiqué et stylé juste parce qu'il joue du saxo, on lui sort que c'est de la musique pour adultes, ou alors que c'est une musique incompréhensible, bizarre, car sans paroles, voire une musique de frimeur ou ringarde... En somme, un peu tout et son contraire, sans réels fondements. Mais ça ne touche pas vraiment Dai, sauf quand on critique trop ouverte le jazz. Comment faire comprendre aux gens ce qu'est le jazz, en un seul mot ? Difficile pour lui, d'autant qu'il ne se pose pas vraiment de questions: il aime le jazz parce qu'il l'aime. Néanmoins, une réponse semble se dégager et réside en un mot: l'émotion. Ce qu'aime Dai dans cette musique, c'est sûrement le fait qu'on peut tout y insuffler, joie comme tristesse, selon ses envies du moment, et il le prouvera très bien en jouant un morceau pour le départ de son meilleur ami, au point de le faire pleurer. Le jazz est alors une musique où l'on s'exprime par l'improvisation, où avant tout on vit l'instant et on dévoile sa personnalité. En tout cas, c'est comme ça que notre héros la ressent, l'aime, la vit. Des choses comme sa méconnaissance totale du solfège et des partitions, il s'en fiche pas mal. Et pourtant, ça risque bien de lui jouer des tours...


Car au fil du tome, on le comprend bien: Dai, bien que vraiment passionné, a tout à apprendre. Il a beau souffler dans son saxo depuis un moment, il n'y connaît rien. Il joue trop fort, risque parfois d'abîmer son instrument, se contente moins de jouer que de juste souffler dans son instrument comme pour extérioriser de façon primaire sa passion. Et les premières désillusions ne tarderont donc pas à arriver, avec un premier concert calamiteux. Va-t-il se laisser abattre pour autant ? Certainement pas, et à se titre, son "même pas mal" à l'issue du concert et très évocatrice de son état d'esprit permanent. En effet, on peut dire de Dai qu'il croit profondément en lui, ce qui est la base, alors que pourtant il apparaît "nul" auprès de certains. Il est persuadé que quand on veut on peut, et l'affirme facilement même en dehors du jazz (par exemple quand il grimpe la pente infernale). Et quand on lui dit que c'est bien d'avoir un rêve, il se fâche, car pour lui devenir un grand jazzman n'est pas un rêve, mais une certitude. Prétentieux, le garçon ? En réalité, pas du tout. A vrai dire, il ne s'est même jamais demandé s'il se débrouille bien ou pas, car tout ce qui l'anime c'est la passion. Et comme on le remarque déjà, il n'est aucunement "fort", n'a aucun talent particulier pour le jazz au départ, il est même faible dans les faits, mais il a pour lui cette vraie passion. L'adolescent vit aussi un peu les choses comme au basket, pour un parallèle vraiment intéressant: quand il joue au basket il parle de rythme et de tempo (des choses essentielles en musique jazz), puis il compare son premier concert à un match. Dai devient alors très vite un garçon passionnant à suivre, beaucoup plus complexe que prévu, témoignant de beaucoup de facettes humaines parfois truculentes, comme Sanpo Shimazaki a pu l'être avant lui dans le manga Vertical. Shinichi Ishizuka semble décidément aimer profondément croquer des personnages très humains dans leur passion... mais aussi dans leurs relations, les liens entre les gens étant déjà importants dans ce premier volume, on pense bien sûr au meilleur ami de Dai, ou encore à ce père qui ne comprend pas vraiment son fils, mais choisit quand même de le soutenir.


Visuellement, on retrouve le dessin si séduisant de l'auteur, porté par des visages humains tous variés, avec quelques traits physiques spécifiques que ne renierait pas Naoki Urasawa, et des expressions capables d'être très nuancées. Ishizuka sait particulièrement bien faire "vivre" la musique dans ses dessins, et on sait à quel point faire ressentir la musique sur du papier peut être compliquée. On saluera d'abord les variations des vues pendant certains moments musicaux, entre gros plans sur des parties de l'instrument ou du corps et plans plus éloignés dans des angles de vue canon. L'auteur brille par son utilisation de traits et de lignes pour faire ressortir l'intensité du moment... ou simplement pour montrer que Dai sort un son trop fort de son saxo. Ces lignes et hachures sont véritablement primordiales et ont un impact très fort sur le lecteur. A cela s'ajoutent parfois des noirs conférant une impression d'élégance. Enfin, on notera que lors des moments musicaux importants, Ishizuka n'utilise pas (ou très, très peu) les onomatopées, ce qui lui permet de se débarrasser du superflu pour simplement se focaliser sur l'instant où le musicien joue. Faire autant ressentir la musique avec si peu d'onomatopées, c'est d'autant plus fort.


Dès ce premier volume, Blue Giant est un manga qui transpire déjà de passion, autant chez Dai que chez Ishizuka lui-même. L'auteur croque également un jeune héros aux multiples facettes, très humain, et dont les relations devraient aussi avoir leur importance. Son parcours s'annonce long, mais il s'annonce déjà captivant, encore plus au vu des dernières pages en flashforward qui sont brillantes.


Cette chronique ayant été faite à partir d'une épreuve numérique non corrigée fournie par l'éditeur, on ne donnera aucun avis sur l'édition.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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