Berserk Vol.33

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 28 January 2011

« La logique de ce monde prend fin ici ! »

Dix huit mois !! C’est ce qu’il aura fallu attendre pour enfin profiter de ce trente-troisième tome de Berserk. Inutile de préciser qu’il s’agit d’un véritable évènement ! Rare sont les séries à bénéficier d’une aura comme Berserk et à posséder ce statut d’œuvre culte comme cela peut être le cas ici. Inutile également de dire à quel point ce tome était attendu par tant de lecteurs.
Et pourtant les derniers volumes ne faisaient pas forcément l’unanimité, le coté féerique faisait débat, il tranchait trop avec le coté glauque et malsain de l’univers de la série…mais entre nous après dix huit mois d’attente va t-on réellement faire les fines bouches ?

Ce qui facilite la reprise de la lecture (bien qu’on ne peut que conseiller de se replonger dans les trente deux tomes précédents, rien que pour le plaisir), c’est que l’histoire reprend après une phase de furie violente achevée, un peu comme un renouveau, une sorte de calme après et avant la tempête. On n’est donc pas perdu après ces longs mois en ouvrant ce volume.
Mais attention, si ce volume est loin de la folie destructrice que l’on a pu connaître ce n’est pas pour autant un tome de transition. On peut l’appréhender de la sorte mais cela serait grandement réducteur.

Guts panse ses plaies, rarement son corps s’est trouvé en si piteux état, et pourtant il n’est pas à son premier combat contre des hordes ténébreuses, mais la seule chose qui le préoccupe est l’état de Casca, cette femme qu’il a aimé et a tout partagé avec lui, redevenue une enfant mutique après le traumatisme qu’elle a vécu. Guts doute, il se remémore, il souffre, il est perdu…lui qui a affronté tant de monstres, il est sur le point de succomber face à celui qu’il abrite en son sein !
Les autres personnages de sont pas oubliés, ce qui a déplu à tant de lecteurs ; pour beaucoup faire intervenir tous ces nouveaux venus c’était en quelque sorte trahir l’esprit de la série et allait à l’encontre du caractère solitaire de Guts, mais comment mieux marquer l’évolution de ce personnage qui s’est lui même rendu compte qu’il ne pouvait pas protéger son aimé seul ?
L’auteur s’attarde quelque peu sur les sentiments que peuvent ressentir les autres personnages féminins à l’égard de notre héros, devenu véritable bourreau des cœurs malgré lui. Sans doute sont elles fascinées, comme l’ensemble des lecteurs, par son coté ténébreux, cette force cachant cette faiblesse qu’il se refuse de laisser s’exprimer…plus que jamais la force est beauté !
On peut se demander si cela servira l’histoire mais cela apporte un peu plus de crédit à ces personnages qui se révèlent finalement tellement humains. Mais celui qui se taille la part du lion est le tout nouveau venu dans la bande, à savoir le prince Roderick. L’auteur nous offre un affrontement sur les mers, face à des pirates, vraiment prenant, même si là encore on doute que cela serve l’histoire plus tard, il faut plutôt y voir une sorte de baptême pour le personnage précité.

Mais ce qu’on retient surtout de ce tome ce sont deux éléments qui sont devenus le centre de l’histoire, plus encore que l’amour de Guts pour Casca : l’empereur Kushan blessé dans son orgueil qui veut dépasser le simple stade d’apôtre ; et Griffith le magnifique faucon qui est devenu en peu de temps une lumière pour un monde courant à sa perte !
Il est assez déstabilisant de voir Griffith apparaître en véritable messie, car c’est réellement ce qu’il est : les innocents font des rêves prophétiques le mettant en scène. Alors qu’il y a encore peu de temps (enfin tout est relatif vu l’espacement entre chaque tome), il était encore le mal personnifié. Que doit on en penser ? Est ce une manœuvre ou est il réellement un sauveur ?
Ces doutes sont d’autant plus légitimes que le dernier représentant du mal absolu était un homme d’église servant le seigneur. Dans ce cas, si il représente le bien, que devient la vengeance de Guts ? Est elle encore juste ? L’auteur nous propose ainsi un dilemme, une piste de réflexion véritablement prenante. Il n’est ici plus question de frontière entre le bien et le mal, les deux se confondent, empiètent l’un sur l’autre, se mélangent et s’annihilent. On peut difficilement faire moins manichéen, et donc plus passionnant !

Et enfin que penser de la conclusion du tome, remarquablement mise en scène par un auteur qui se surpasse : la plus terrible des abominations que le monde ait jamais porté, à faire pâlir d’horreur Lovecraft lui même, sort des entrailles de la Terre ! Une horreur telle qu’elle n’a pas elle même conscience des limites de son corps, que les corps piétinés et réduits en mare de sang ne sont pour elle que des fleurs apparaissant sous ses pieds divins.
Le monde ne sera désormais plus le même, un nouveau cap a été franchi, la logique de ce monde n’est plus, la réalité n’a ici plus aucun sens…il nous apparaît tout simplement impossible d’attendre dix huit mois supplémentaires pour connaître la suite ! Il ne nous reste plus qu’à croiser les doigts pour que le tome suivant nous arrive plus rapidement (qu’il semble loin le temps béni des sorties bi mensuel).

Est il nécessaire d’en rajouter en parlant de talent d’illustrateur de l’auteur qui nous offre des planches magnifiques, rien que le couverture du volume, représentant Griffith est superbe, on ressent ce paradoxe entre son coté angélique et majestueux et l’aspect dérangeant qui l’accompagne…sublime on vous dit !

N’en déplaise à ses détracteurs, Berserk est une oeuvre à part, et ce n’est pas ce tome qui viendra nous faire penser le contraire !


erkael


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Erkael

18 20
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