Aromantic (Love) Story Vol.1 - Actualité manga

Aromantic (Love) Story Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 08 January 2019

Chronique 2
  
Futaba Kiryû, mangaka de son état, est actuellement l'une des artistes en vogue: en plus de connaître un franc succès avec son shônen harem At Love, voici que celui-ci s'apprête à être adapté en série animée ! La jeune femme devrait donc avoir de quoi être ravie... sauf que les shônen romantiques de ce genre, c'est l'exact opposé de ce qu'elle aime: avant ça, elle donnait surtout dans le shônen social, abordant de façon originale (parfois par le biais de la fantasy, par exemple) des sujets de société pouvant alors parler aux ados. Mais ce genre de récit ne faisant plus recette, son responsable éditorial la poussée à faire du harem qu'elle trouve insipide. Elle-même ne comprend absolument pas pourquoi son manga a tant de succès... et pour cause: l'amour ne l'a jamais intéressée. En 32 ans d'existence, elle n'est jamais tombée amoureuse, s'est longtemps interrogée sur ce que ça voulait dire, se demandait même pendant son adolescence si elle était "normale", et aujourd'hui encore elle ne sait pas trop quels mots mettre exactement sur cette chose qu'on appelle amour et qu'elle n'a jamais connue. Ainsi vit-elle depuis 32 ans en parfaite célibataire solitaire, et elle le vit bien, entourée de ses deux amies de longue date Akiko et Hanae, elles aussi célibataires... Alors comment réagira-t-elle en se retrouvant soudainement courtisée par le "killer", son assistant ténébreux de 12 ans son cadet, et par le "stratège", scénariste d'anime au parler acéré et de 10 ans son aîné ?

Tel est le pitch de départ d'Aromantic (love) story, une série au nom parfaitement trouvé. Les éditions Akata ont bien souvent un don pour aller dénicher des oeuvres hybrides abordant des sujets très actuels, et ce récit fini en 5 tomes en fait assurément partie. Notons tout d'abord que la série a été prépubliée sur le site Ura Sunday des éditions Shôgakukan, un site dérivé du magazine Shônen Sunday et cherchant souvent à s'affranchir des normes imposées par le style des auteurs et par les catégorisations shônen/shôjo/etc. Ainsi, on a pu trouver sur ce site des séries au style plus atypique comme Mob Psycho 100 ou World War Demons, et pouvant se classer dans des catégories très différentes (shônen, seinen, shôjo, josei...), si tant est que ces classifications aient un sens pour vous. D'ailleurs, il s'agit de la première série estampillée shôjo de Haruka Ono (c'est elle qui le dit dans sa préface), une manga que l'on découvre ici en France pour la première fois, qui a débuté sa carrière en 2013, et qui auparavant n'avait dessiné que du shônen. De ce fait, on peut signaler tout de suite que le style visuel de l'autrice a quelque chose d'assez hybride (en plus d'être agréable et très expressif) qui peut plaire à tous les publics. Akata ne s'y est d'ailleurs pas trompé en classant l'oeuvre dans le label mixte de sa collection principale.

Une mangaka trentenaire et éternelle célibataire qui intéresse soudainement deux hommes radicalement différents... Assurément, cette simple petite phrase peut rappeler pas mal de shôjo/josei, et on pourrait déjà essayer de s'imaginer une fin classique du genre où l'héroïne finira forcément par choisir l'un de ses deux prétendants... mais ce serait largement sous-estimer la mangaka qui, à première vue, devrait bel et bien choisir ne autre voie en mettant en avant l'aromantisme de Futaba, qui vit depuis toujours avec ne absence complète de sentiment amoureux. Toute la première partie du récit va d'ailleurs parfaitement mettre en avant cette orientation (u absence d'orientation) qui est inné chez elle, en soulignant à quel point la jeune femme s'écarte des grands critères sociaux. Pourquoi une femme devrait-elle forcément vivre pour l'amour et tomber amoureuse pour réussir sa vie ? Ono décortique cette idée avec impact et surtout humour, sans lourdeur, en évoquant aussi en filigranes d'autres choses comme la bisexualité ou le transgenre, et en faisant bien comprendre à quel point il peut être complexe de se sortir des injonctions prescrites par une société majoritairement hétérosexuelle. Il suffit de voir de nombreux petits exemples de cela dans ce volume: les remarques que Futaba se prend parfois sur le besoin de trouver un mari comme si c'était une obligation pour bien vivre, le comportement du réalisateur de l'anime At Love complètement bouffé par ces critères, la manière dont notre chère mangaka est obligée de défendre becs et ongles le personnage transgenre de son manga quand on veut le faire tomber dans les bras d'une fille... Futaba véhicule beaucoup de choses intéressante, tout en s'affichant comme une héroïne assez forte dans son genre, très attachante dans son caractère... et vraiment pas intéressée par l'amour, malgré les deux hommes qui lui tournent autour, et même si ces deux-là pourraient pourtant lui servir pour essayer de comprendre un peu plus ce qu'est cette notions d'amour laquelle elle n'a jamais compris quoi que ce soit.

Rythmé et assez drôle, ce premier tome séduit donc beaucoup pour le caractère de l'héroïne, pour son comportement face à ses deux prétendants (là où beaucoup d'héroïnes hésiteraient ou rougiraient, elle aimerait juste éloigner d'elle les deux bonhommes, mais ne sait pas trop comment faire, d'autant plus qu'il faut faire ça sans les blesser), pour ce qu'elle a à dire sur les normes que la société peut imposer... mais en filigranes, on pourra aussi apprécier certaines informations sur le milieu du manga et de l'animation, entre le travail quotidien, le rôle du responsable éditorial, les assistants, le planning, les réunions pour l'adaptation animée...

Au final, on a donc là un premier volume particulièrement emballant, et qui plus est servi dans une bonne qualité d'édition. On pourra bien reprocher quelques problèmes de moirage sur certaines pages, mais en dehors de ça on a droit à une bonne impression, à un papier souple et sans transparence, et à une traduction de Satoko Fujimoto fluide, vive, moderne, et ponctuée de notes apportant des précisions utiles sur certains termes.
  
  
Chronique 1
  
Les éditions Akata ont à cœur de proposer des titres qui sortent des sentiers battus. Récemment, on peut citer Game – Entre nos corps qui, loin de n'être qu'une histoire de jeu sulfureux sans fond, propose un équilibre saisissant et de véritables thématiques de société intéressantes. Concernant le shôjo, l'éditeur a toujours voulu proposer des titres qui se démarquent du lot et qui ne s'enfoncent pas dans les clichés vus et revus, à l'inverse de certains éditeurs. Aromantic Love Story joue exactement dans cette cour. Prépublié entre 2016 et 2017 sur la plateforme Ura Sunday des éditions Shôgakukan et terminé en cinq tomes, le récit est signé Haruka Ono, mangaka que nous découvrons à cette occasion en France, mais qui a quelques titres à son actif au Japon, des séries aux registres variés.

Mangaka, Kiryû Futaba est l'autrice d'un best-seller, une comédie sentimentale de type harem qui remporte un franc succès, et dont l'adaptation animée se profile. Manga harem cliché à souhait, At Love semble traduire la vision d'une mangaka passionnée par l'amour... ce qui est tout sauf le cas. Car Kiryû Futaba est totalement désintéressée du sentiment amoureux. Elle ne l'a jamais connu, ne s'en soucie guère, et se montre plutôt outrée de la manière dont la société associe systématiquement la gent féminine à la romance. Une situation pas toujours confortable et qui va lui jouer des tours, notamment lors de la préparation de l'adaptation animée, sans compter son assistant au regard de tueur qui l'intimide en toutes circonstances...

Quand on ne prend pas le temps de lire la quatrième de couverture, ce premier tome d'Aromantic Love Story part d'un véritable coup de poker. On lit d'abord les prémices d'un manga harem si stéréotypé qu'on en vient à se demander si l'objectif du manga n'est pas de se moquer du genre, avant de dévoiler cette séquence comme une mise en abîme, l'illustration du manga que dessine Kirû Futaba, l'héroïne du titre. Un début assez détonnant donc, mais qui lie le sentiment du lecteur avec la vision du  protagoniste, puisque Kiryû n'a rien d'une tête d'affiche ordinaire. Car c'est bien le désintérêt de la mangaka mêlé à sa situation d'autrice d'un manga harem à succès qui brille dans ce premier volume, et promet un récit loin des standards habituels dans le discours qu'il s'apprête à véhiculer. Ça ne manque d'ailleurs pas, aussi Aromantic Love Story fait d'emblée office de comédie engagée, décortiquant un discours intéressant sur la place de l'amour dans la société, avec même un zeste de psychologie souvent tournée en dérision. Le tout prête pourtant à réfléchir, car au-delà de l'amas de comédie sentimentale du genre d'At Love, la série fictive dans la série, c'est bien cette démocratisation de ce concept d'amour qui ne parle pas à tous, et qui s'avère même manipulateur, qui est pointé du doigt.

Cela aurait pu être maladroit si dénoncé de manière trop extrême, mais Haruka Ono fait habilement passer son message de diverses manières, notamment avec des personnages loufoques. Chacun ne se conforme pas à la « norme » critiquée dans ce premier tome, ce que soit les amies de Kiryû qui ne rentrent pas dans les standards de la société, son fameux assistant au retard de tueur qui constituera une figure bien énigmatique, où le scénariste de l'adaptation animée qui, derrière ses airs de beaux-gosses en costard, cache la personnalité d'un stratège assez vicieux sans toutefois en devenir mauvais. Et justement, dans l'ensemble, ces personnages apportent des points de vue différents, plus mesurés souvent apportant un très bon équilibre à l'ensemble et nourrissant d'intéressantes réflexions par moment.

Pour autant, ce premier volume ne tombe dans la lourdeur ni dans un registre de pamphlet trop strict. L'humour est très présent, sans être trop simple, et tourne surtout autour de l'incompréhension de l'héroïne de son environnement. Pour cela, la mangaka a quand même pris le pari d'inclure de la romance dans son titre, tout en restant fidèle à ses thématiques. Ainsi, si Kiryû voit des prétendants apparaître devant elle, on évite toujours le cliché de l'héroïne qui finit quand même à céder à l'amour. Voir des gens se déclarer, ne la fait pas s'intéresser à ce sentiment, bien au contraire même. Ses prétendants savent ce qu'il en est de son côté, et elle-même ne sait pas si elle connaîtra un jour le sentiment d'amour. Les relations entre personnages restent intéressantes pour cet aspect, surtout en ce qui concerne le scénariste puisqu'il fait lien avec l'un des éléments de cet univers pop culturel du manga où les versions animées sont légions.

Graphiquement, Haruka Ono se montre à l'aise tant avec ses personnages que sa narration. Son trait est maîtrisé, la mangaka parvient à jongler entre son style ordinaire et un coup de crayon plus léger pour appuyer l'humour, et essaie de rendre des personnages crédibles tout en jouant quand même avec quelques codes esthétiques de la comédie shôjo.

En résulte alors un premier opus assez captivant pour ses réflexions et frais et léger par les interactions entre Kiryû et les autres personnages. La série n'étant composée que de cinq tomes, on fait confiance en la mangaka pour exploiter son histoire et ses thématiques sur la durée.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Note de la rédaction






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