Aria - The Masterpiece Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 24 January 2020

Série de 12 volumes, et de 14 volumes si on compte Aqua qui en est le véritable départ, conçue par Kozue Amano qui est également bien connue en France pour le très beau Amanchu!, Aria est une oeuvre qui a été prépubliée au Japon entre octobre 2002 et mars 2008 dans le magazine Comic Blade de Mag Garden (Aqua, de son côté, a vu ses 2 tomes paraître en octobre 2003). Très populaire au Japon, l'oeuvre se classait régulièrement dans le top des ventes, a véritablement fait connaître le nom d'Amano qui a même publié 4 superbes artbooks dessus, a connu un certain nombre de goodies dont plusieurs figurines, et a été adaptée sur le petit écran sous la forme de trois saisons animées (adaptant l'intégralité du manga) une OAV ainsi qu'un tv-special ayant célébré les 10 ans de l'anime en 2015, et a connu (et connaît encore) un certain nombre de produits dérivés. Autant dire qu'Aria au Japon, c'est une oeuvre qui au fil des années est devenue une référence dans un type de tranche de vie-SF pleine d'imaginaire. Tant et si bien qu'en 2016-2017, la série a été rééditée dans une superbe édition deluxe de 7 volumes doubles (comprenant Aqua dans le tome 1, donc), nommée "Aria the Masterpiece".
En France, les deux titres furent d'abord édités par feu les éditions Kami (un éditeur qu'on ne regrette clairement pas). Aqua a vu sa parution s'achever en mars 2007, tandis que la publication d'Aria débuta en juin 2007. Hélas, au fil de la parution le rythme des tomes ralentit, jusqu'à un 7ème tome sorti en janvier 2009 et un huitième... qui ne vit jamais le jour, pourtant annoncé avec une édition spéciale de l'anime pour juillet de la même année. La mauvaise santé de Kami le poussa finalement à arrêter la commercialisation de la série, ce qui fut officiel en février 2010. L'histoire francophone d'Aria s'arrêta ainsi en pleine frustration, malgré un succès de niche n'ayant fait que grandir au fil des années, pas mal de fans ayant découvert l'oeuvre un peu sur le tard.
Le retour d'Aqua/Aria était donc attendu, espéré depuis plus de dix ans... jusqu'à ce que les éditions Ki-oon, proposant déjà Amanchu! en France (si vous ne lisez toujours pas cette autre série d'Amano, foncez), n'annoncent enfin la bonne nouvelle en septembre dernier: le retour d'Aria en 2020, qui plus est dans son éditions Masterpiece ! Enfin l'occasion va être donnée aux lectrices et lecteurs de découvrir l'intégralité de cette pièce maîtresse d'Amano dans une édition de haute volée, alors préparez-vous bien à partir à la découverte des charmes de Néo-Venise et de ses ravissantes et attachantes Ondines...

Nous sommes ici au tout début du 24ème siècle, plus précisément en 2301. La planète Mars a été renommée Aqua suite à sa terraformation par les hommes, et après avoir été recouverte à 90% par l'océan suite à la fonte de ses calottes glaciaires. La ville la plus populaire de la planète est Neo-Venise, copie quasi-conforme de notre Venise terrienne, cette dernière ayant été engloutie par les eaux au cours du 21e siècle. Gérée au moyen de nouvelles technologies, la ville a cependant gardé tout ce qui fait son charme, et la vie y est très douce, reposante et indolente. Des gondolières, appelées Ondines, sont chargées de guider les visiteurs à travers les dédales de canaux pour leur faire découvrir la ville. Venue sur Aqua pour devenir l'une de ces Ondines, la jeune Akari Mizunashi devient une apprentie de la compagnie Aria, une petite société gérée par la belle, gracieuse et populaire Alicia, et dont le président Aria est un drôle de chat martien. Entre deux séances d'entraînement, d'apprentissages sur son travail et sur la ville et de progressions, Akari partira aussi, avec les amis qu'elle aura l'occasion de se faire, à la découverte des secrets et des merveilles que recèle Neo-Venise...

La chose qui frappe dès le pitch, c'est que Kozue Amano a su créer avec talent un petit monde aux multiples facettes.

Comme l'indique directement le nom de Neo-Venise, la mangaka a créé l'univers de sa série en s'inspirant beaucoup de notre ville de Venise, une ville au charme et aux particularités indéniables. C'est encore discret dans ce premier gros volume de 320 pages reprenant les 2 tomes d'Aqua, mais c'est déjà bien visible via certains lieu, certaines architectures ou tout simplement les nombreux canaux avec leurs gondoles, ou des événements comme la grande marée où l'eau monte dans la ville: Amano aura à coeur de se réapproprier assez fidèlement la cité vénitienne et ses charmes... dans laquelle elle incorpore des choses de son cru, plus SF.

En effet, le fait que l'histoire ne se déroule pas dans notre Venise terrienne mais dans une Venise créée sur Mars permet à Amano plus de liberté propice à son imagination, ce qu'elle exploite souvent en nous proposant de nombreux lieux et évènements imaginaires et poétiques participant un peu plus à l'évasion du lecteur. L'histoire se déroulant au début du 24ème siècle, l'autrice a instauré dans son oeuvre quelques éléments futuristes qui sont bienvenus puisqu'ils apportent une touche encore un peu plus personnelle et originale au titre. Mais, bien loin de n'être qu'un instrument de décoration, l'aspect futuriste a une réelle utilité, puisque les différents éléments qui la composent permettent un meilleur contrôle des éléments naturels, qui pourraient, sans cela, empêcher cette vie sur Mars. Le principal exemple dans ce premier tome est l'île volante, un bout de terre flottant dans le ciel, au design superbe, et ayant pour rôle de gérer une partie des conditions climatiques. Sur cet ilot travaillent les Salamandres, dont Akatsuki, l'une des premières rencontres d'Akari, fait partie, et dont le rôle est primordial: plus éloignée du soleil que la Terre, Mars/Aqua devrait connaître un climat beaucoup plus rude et froid. Les Salamandres sont donc chargés de contrôler le climat et doivent faire en sorte que les habitants d'Aqua connaissent, à l'instar des Terriens, les différentes saisons. Une année martienne durant deux fois plus longtemps qu'une année terrestre, il en est donc de même pour les saisons (et oui, Amano a même pensé à ça !).

Enfin, la construction de cet univers passe aussi, bien sûr, par les Ondines elles-mêmes, véritables symboles de la ville. A Neo-Venise, il existe un certain nombre de compagnie d'Ondines, et on en découvre déjà deux dans ce tome 1: la compagnie Aria dont fait partie Akari, bien sûr, et dont Alicia et elle sont les deux seules membres, puis la compagnie Hime-Ya, plus ancienne et 2e plus importante compagnie de la ville, d'où vient la première amie apprentie Ondine qu'Akari se fait: l'excellente Aika, demoiselle dotée d'un bon petit caractère et complètement admirative devant Alicia. Chaque compagnie est traditionnellement présidée par un chat, pour une raison expliquée dès ce tome 1, et les félins jouent un rôle à part entière dans la série, rôle souvent comique. On notera qu'il n'est pas rare de tomber sur un chapitre centré sur les chats, dès ce volume, et notamment sur le président Aria et ses mystérieuses fugues. Par ailleurs, ils accompagnent souvent nos héroïnes. A travers ceci, on peut réellement ressentir toute la passion de la mangaka pour cet animal, et les fans d'Amanchu! ne manqueront d'ailleurs pas de remarquer que le principal matou de cette série a le même design que le président Aria !

Kozue Amano a donc su créer un univers riche sur bien des points qui, tout en restant simple, se révèle réellement envoûtant, poétique et charmeur. Mais Aria, n'est-ce que cela ? Bien sûr que non. Ainsi, dès ce premier tome, on comprend que cet univers paisible est particulièrement propice à l'épanouissement et à la lente évolution d'Akari et des autres. Si le récit s'écoule doucement, à son rythme, en nous laissant totalement profite de l'ambiance de Neo-Venise et de son charme si particulier, c'est également réussi parce que Akari est très souvent la narratrice des chapitres, et que le lecteur est donc amené à découvrir en même temps qu'elle les merveilles de Neo-Venise, et donc, en quelque sorte, à s'épanouir en même temps qu'elle. Cet épanouissement passe donc par les nombreuses découvertes d'Akari, qui ne manque pas une occasion de partir en vadrouille avec ses amies. Que ce soit à pieds, en gondole ou par d'autres moyens, nos héroïnes, et en même temps qu'elles les lecteurs, commencent déjà à découvrir toutes les richesses de cette paisible ville, qu'il s'agisse de lieux, d'événements, de personnages secondaires sympathiques... Dans un cadre aussi paisible et chaleureux, qui pourrait ne pas s'épanouir en profitant de chaque petit instant ? Pas Akari et son caractère si enjoué et fleur bleue, en tout cas ! Dans un tel cadre, il est tout de suite plus agréable pour nos héroïnes d'apprendre à maîtriser leur métier d'Ondine, et dès ce premier opus on nous expose vite et bien les 3 grandes étapes de la formation : débutante, aspirante, et Ondine confirmée (l'apprentissage étant alors achevé), chacune de ces étapes ayant ses petites spécificités: nombre de gants portés, couleur de la gondole, moment à partir duquel on a le droit de prendre son premier client...

Côté dessins, son œuvre reposant principalement sur l'aspect esthétique, Kozue Amano prend soin de nous livrer un travail remarquable. Le souci du détail dans les décors reste encore assez impressionnant de nos jours, et la mangaka sait varier entre coup de crayon réaliste ou, au contraire, plus imaginatif. Sans être aussi maîtrisé que dans Amanchu!, le design des personnages n'est pas en reste, en étant également très réussi et en participant beaucoup à l'attachement du lecteur aux personnages. Ceux-ci ont des traits expressifs, un peu arrondis et très fins, et se distinguent facilement les uns des autres. Le design des chats est à la fois mignon et amusant, faisant ainsi fort bien passer le côté comique du titre, et des bouilles SD assez typiques de l'autrice sont aussi au programme de temps à autre. Quant au découpage, là aussi, c'est très convaincant: aux petites cases amusantes ou dynamiques succèdent de grandes cases, voire des double-pages, mettant parfaitement en valeur toute la beauté de la ville et de l'instant présent, ou se focalisant simplement sur nos charmants personnages. L'aspect paisible, poétique et contemplatif du titre n'en est que renforcé.

Enfin, un long mot sur cette édition Masterpiece qui est proposée par Ki-oon: pour posséder l'édition Masterpiece japonaise, je peux dire qu'on a là une édition française totalement fidèle et tout aussi qualitative, voire encore plus. Oubliez l'édition à la rue de feu Kami avec sa qualité d'impression médiocre, sa traduction bourrée de fautes et ses onomatopées intégralement traduites avec les pieds. Ici, place à un grand format impeccable pour profiter au mieux de travail visuel d'Amano, à un papier de grande qualité bien blanc et permettant une impression d'excellente qualité, à plusieurs pages en couleur dont une avec un bel effet de transparence en ouverture du tome (ce sera le cas pour chaque tome), et à de beaux effets dorés sur le titre sur la jaquette. Les onomatopées sont finement sous-titrées pour un meilleur respect de l'oeuvre, et les choix de police sont très bons. Enfin, la traduction a été entièrement revue, fort heureusement, et Géraldine Oudin, habituée à ce genre d'oeuvres, livre une excellente copie, très propre. Un détail toutefois: les possesseurs de l'édition de Kami constateront peut-être qu'il manque le chapitre 9, centré sur une fugue justicière du président Aria, ainsi que le chapitre spécial de la fin du tome 2 d'Aria (version Kami, donc) centré sur un rhume d'Aika. Tout aussi étranges voire un peu décevants ces choix peuvent-ils paraître, ce n'est évidemment pas l'initiative de Ki-oon: l'édition japonaise est comme ça. Qui sait, peut-être que l'on retrouvera ces chapitres plus tard ?

En définitive, en nous servant une édition aux petits oignons, l'éditeur ne rate aucune le coup pour le grand retour de cette oeuvre devenue au fil du temps un incontournable de son genre. Avec son univers captivant, riche et bien pensé, ses héroïnes pleines de charme et sa patte visuelle si séduisante, Aria a, encore aujourd'hui, tout pour séduire les fans de tranche de vie contemplatives, relaxantes et pleines d'imagination... le mieux étant que le meilleur reste largement à venir !
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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