Amant du jeudi (l')

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 11 April 2011

On connait tous la collection Eros de l’éditeur Soleil, avec des récents one shot comme Orange Pulpeux ou Bleu Azur, et des séries plus longues comme Le Journal intime de Sakura. Mais voilà que les bordures roses se colorent de violet et que le mot Eros est associé à l’abréviation BL. L’éditeur prend ainsi l’opportunité de se lancer dans ce genre si en vogue et dont le succès a apparemment fait ses preuves. Et c’est ce premier one shot qui ouvre le bal pour tester le public et les acheteurs : l’amant du jeudi. En fait d’un réel manga, c’est une association de nouvelles, choix plutôt risqué comme première licence. En effet, il n’est pas rare d’apprécier un recueil de nouvelles d’une mangaka connue afin de mieux découvrir son œuvre, mais il a été démontré que les histoires sans aucun suivi, comme c’est ici le cas, ne passionnent pas forcément. Pas le temps de s’attacher aux personnages, pas de construction de l’intrigue ni de complexification des situations, ce procédé est un nid à stéréotypes et à facilité, et c’est bien là dedans que tombe l’auteur de ce one shot. On aura donc du mal à comprendre le choix de Soleil, qui aurait sans doute mieux fait de commencer cette sous-collection avec un one shot d’une seule histoire ou une série courte. Autre erreur de la part de l’éditeur : le prix. Si Taïfu fonctionne essentiellement sur sa collection de yaois et base alors ses prix là-dessus en conséquence, c’est surtout que l’on s’y est habitué ... Mais ici, c’est inadmissible. En quoi Soleil peut-il oser sortir un yaoi plus cher sous prétexte que c’est un yaoi ? Ou même leurs autres sorties dans la collection Eros ? Peut-être imaginer que le public, normalement plus adulte, qui achète ce genre de titre a les moyens de payer un euros de plus minimum pour lire est-il normal ... On aurait préféré voir « l’amant du jeudi » imprimé au format normal de l’éditeur et garder le prix habituel ...

Pour enfin parler du tome en lui-même, il se décompose en quatre histoires différentes, dont la dernière qui s’étale sur plusieurs chapitres et quelques bonus. C’est d’ailleurs sans doute la meilleure, bien que le concept de l’hétéro qui tombe amoureux de l’homosexuel en deux temps trois mouvements soit légèrement dérangeant. L’histoire qui donne son nom au one shot se situe en première position et présente encore une romance plus ou moins compliquée : l’héritier d’une pâtisserie soudainement devenu dentiste s’est éloigné de sa famille et de son héritage, mais surtout des sentiments qu’il éprouve pour son cousin plus jeune que lui de 10 ans. Pourtant, ce dernier est bien décidé à ne pas se laisser faire et comme son grand cousin ne daigne pas monter à lui alors il le fera, débarquant dans son cabinet et l’entraînant dans une relation plus ou moins doublement taboue.

Puis après le classique « membres de la même famille », l’auteur nous offre la relation « élève-professeur », parce que ça fait toujours plaisir à une certaine partie du public. En somme, deux histoires et voilà deux stéréotypes qui sont là uniquement pour capter les fantasmes des lecteurs, quels qu’ils soient. Il nous aurait manqué le médecin, mais on l’a finalement avec la présence du dentiste. C’est sans doute pour ça que ces deux premières histoires n’ont aucun intérêt, et que l’on préfère la suite : un minimum de réflexion sur les protagonistes, des sentiments qui passent avec plus de facilité et un ensemble qui sonne plus juste. Encore une preuve, pourtant, de la facilité de la licence qui ne se mouille pas : les scènes supposées sensuelles sont très discrètes et l’auteur ne finit pas vraiment ce qu’elle commence en disposant ses personnages dans la concrétisation de leur amour. Dommage, que ce ne soit pas un point plus assumé de la part de la mangaka.

Au niveau des graphismes, c’est là encore du très classique pas bien compliqué ni engagé : des profils fins, des morphologies qui se ressemblent et des corps longilignes bien dessinés. L’auteur ne fait aucune faute réelle, mais l’ensemble est un peu terne, sans doute à cause du vide des arrières plans et de la mise en page, peu dynamique et très épurée avec des cases où seul un regard est présent, sans portée particulière ... Bref, un côté un peu simplet que l’on retrouve sur la couverture avec des expressions peu nuancées et travaillées sans grand effort. Enfin, l’édition de Soleil ne prend pas la peine d’adapter toutes les onomatopées pour un rendu brouillon, et malgré une traduction correcte on retrouvera quelques coquilles. Le mot de la fin : pas indispensable, loin de là. Agréable ? Vers la fin, et si l’on est pas trop regardant sur l’évolution de l’amour qui, de toute façon, ne veut plus trop rien dire à force d’être dit et répété.


NiDNiM


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
NiDNiM

13 20
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