À mon très cher M Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 07 October 2019

Voici un an environ que Kobayashi, un homme d'âge mûr, est devenu agent de probation, alors chargé d'accompagner des criminels dans leurs réintégration en société, tout en devant surveiller leur comportement et veiller à ce qu'ils ne récidivent pas leurs crimes passés. Une situation qui ne plaît pas forcément beaucoup à son épouse, femme au foyer, ni, dans une moindre mesure, à sa fille Akiko, demoiselle ayant récemment arrêté ses études pour vivoter via des petits boulots, quand elle ne se la coule pas douce. Et ça plaît d'autant moins à la femme de Kobayashi que le loubard dont il a la charge actuellement quémande sans vergogne de l'argent à Akiko. Pourtant, c'est bien de ce travail que vit Kobayashi... et celui-ci va prendre un virage important le jour où on lui propose de s'occuper du cas de Kenji Daitô, jeune homme à la carrure très imposante, et qui a tué quelques années auparavant un homme. Mystérieux, Kenji n'a jamais révélé la raison exacte de son acte, mais les rumeurs ont affirmé qu'il a tué cet homme parce qu'il refusait sa relation avec sa fille Hiroko. En réalité, la situation risque d'être bien plus complexe que ça, d'autant plus que Kobayashi, amené pour la première fois à s'occuper d'un meurtrier, voit alors ressurgir en lui le souvenir d'un drame qui ne l'a jamais quitté, le meurtre de son propre fils Masahiko, 7 années auparavant. Dès lors, saura-t-il s'occuper comme il le faut d'un assassin comme Kenji, sans laisser ses sentiments personnels s'en mêler ?

Avec le thriller SF Baron, ou même l'excellent Billy the Kid 21 ou dans une moindre mesure Ces jours d'allégresse, Noboru Rokuda nous a déjà habitués à des récits assez sombre. Mais avec Shinai naru M e, récit en 3 tomes initialement paru en 1999 chez Shûeisha et nommé chez nous A mon très cher M, l'auteur risque fort de nous proposer un récit encore plus dur, de par ce que ses principaux personnages ont pu traverser de tragédies dans un contexte réaliste. On le comprend dès les toutes premières pages avec la brève vision du meurtre commis par Kenji, et cette atmosphère sombre et dramatique ne cessera d'imprégner les pages suivantes, au gré des révélations faites concernant le passé, mais aussi de nouveaux bouleversements terribles dans le présent, notamment dans une fin de tome très noire. Meurtre, accident, viols... Essentiellement autour de Kobayashi, de Kenji et d'Akiko, on est peu à peu amené à découvrir différentes facettes difficiles qui, à coup sûr, ont conditionné ce qu'ils sont devenus. On cerne bien en Kobayashi un ère de famille encore endeuillé par le meurtre de son fils 7 ans auparavant, et dont la présence de Kenji ne manque pas, plus d'une fois, de réveiller les tourments, surtout quand cet homme à la mine chétive ne peut s'empêcher de faire un parallèle entre Masahiko et Kenji. En Kenji, on devine certes un meurtrier d'autant pus inquiétant qu'il a un physique de colosse et est peu expressif, et pourtant on cerne assez vite un garçon sans aucun doute largement moins mauvais que l'homme immonde qu'il a tué ou que bien d'autres garçons croisés en fin de tome, mais qui n'a sans doute pas trouvé d'autre manière d'agir face à la pourriture de ce monde, face aux pires tares de l'être humain. C'est aussi à travers sa relation avec sa mère que l'on apprend à le cerner, celle-ci le rejetant et le méprisant pour ce qu'il a fait, même s'il tâche de subvenir à ses besoins. Quant à Akiko, elle est le symbole d'une jeunesse est peu perdue, brisée dès l'adolescence par un acte odieux qu'elle a pris soin de cacher à tout le monde, et cachant son mal-être et son côté paumé derrière une façade où elle préfère ne pas se prendre la tête et se la couler douce.

En somme, chacun de ces principaux personnages a ici différentes facettes cachant des douleurs et parfois des défauts. Aucun d'eux n'est tout blanc ou tout noir, de par ce qu'ils ont chacun vécu, ce qui les rends très humain. Certes, Rokuda prend quelques petits raccourcis narratifs, notamment autour du lien qui se construit entre Kenji et Akiko. Et puis il exagère peut-être un peu certains traits. Mais il semble bien impossible de ne pas se prendre d'intérêt voire d'être assez touché par ce que ces principaux personnages ont traversé ou traversent encore. D'autant plus que le mangaka y ajoute une idée supplémentaire, sorte de fil rouge autour de la jeunesse de Kobayashi et offrant à la série son nom: les 400 coups qu'il a pu faire autrefois sur les routes avec un ami nommé M, aspect autour duquel Rokuda crée une sort de métaphore entre la route que l'on prend et la vie, tout en laissant deviner chez Kobayashi des tourments passés allant sans doute encore plus loin que la mort de son fils.

Visuellement, le style old school de Rokuda offre toujours de très bonnes choses. Il y a quand même différentes petites maladresses dans certains dessins des personnages, mais l'ensemble possède une expressivité convaincante, ainsi qu'un rendu assez sombre qui se veut sans concession, tout en évitant de montrer trop directement les moments les plus durs. Un résultat bien dosé.

En somme, ce premier tome offre une bonne entrée en matière, à l'atmosphère de thriller social noir réussie, et portée par des personnages dans le fond très humain, crédibles, et dont on découvre avec intérêt mais aussi crainte et émoi les fantômes qui les hantent. Noboru Rokuda, essentiellement autour de Kobayashi, Kenji et Akiko, met en place différents éléments, différentes pistes qui, quand elles se rapprocheront encore plus, pourraient bien rendre encore plus forte cette prometteuse lecture. Affaire à suivre, donc !

Au niveau de l'édition, l'habituel grand format sans jaquette et avec rabats de Black Box est au rendez-vous. La traduction d'Alexandre Goy et Corentin Le Corre est très claire. L'adaptation et le lettrage sont eux aussi très honnêtes. Le papier est bien blanc, souple et assez épais. L'impression, elle, souffre de quelques moirages peu embêtants, et reste convaincante, d'autant que l'encre ne bave aucunement. Quelques prmeières pages en couleurs, bien imprimées, sont au rendez-vous pour chaque volume. Enfin, le rendu extérieur est correct: les illustrations de couverture, différentes de l'édition japonaise, sont assez bien choisies, et comme souvent avec l'éditeur les dos des 3 tomes forment une mini frise une fois les volumes rangés cote à cote.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.25 20
Note de la rédaction






MN Actus
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