A Certain Scientific Railgun Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 08 December 2021

Les franchises transmédias venant du Japon sont souvent passionnantes mais certaines sont tellement tentaculaires qu’il n’est pas évident de savoir par où commencer. Entre les mangas, les light novels, les animes ou même parfois les jeux vidéo, s’attaquer à certaines licences peut même effrayer, d’autant plus que bien souvent, seule une partie des œuvres parvient jusqu’en France. C’est le cas de Fate, sans doute la plus connue des franchises transmédias, mais bien d’autres sont dans ce cas. Parmi elles, il y a To Aru, mieux connu hors du Japon sous le nom de A Certain, dont la liste des récits liés est vertigineuse. Dresser une chronologie des différentes œuvres sur différents médias de la franchise To aru n’est pas le but de cette chronique, néanmoins il est important de retenir que A Certain Magical Index est la série principale. Il s’agit d’abord d’un light novel écrit par Kazuma Kamachi et illustré par Kiyotaka Haimura, qui a débuté sa publication en France en 2018 chez les éditions Ofelbe. Son adaptation en manga par Chûya Kogino paraît quant à elle chez les éditions Ki-oon depuis 2012.

On se demande alors ce qu’il en est de A Certain Scientific Railgun, puisque c’est la série qui nous intéresse actuellement. Il s’agit tout simplement d’un spin-off du light novel A Certain Magical Index directement publié sous la forme d’un manga. Autrement dit, le manga A Certain Scientific Railgun est une œuvre originale, quand bien même elle est dérivée d’une autre, et non une adaptation. La série est scénarisée par Kazuma Kamachi, le créateur de la licence, et elle est dessinée par Motoi Fuyukawa. Publié depuis 2007 dans le magazine Comic Dengeki Daioh, A Certain Scientific Railgun a eu droit à des adaptations diverses et variées, dont la plus connue est celle en anime, ainsi qu’à ses propres spin-offs.

Une autre question suit : peut-on lire A Certain Scientific Railgun si on ne connaît pas la série-mère ? La réponse est oui, on peut incontestablement commencer par ce manga même si on n’a pas lu A Certain Magical Index, aussi bien le light novel que le manga. Que ce soit l’univers ou les personnages, tout est présenté pour que le récit soit accessible aux néophytes. Il développe ses propres intrigues, ses propres dynamiques entre les personnages sans besoin de connaître davantage la licence. Néanmoins, lire A Certain Magical Index apporte bien évidemment un approfondissement sur les personnages, les histoires ou même le monde présenté, mais l’essentiel étant bien détaillé pour faire de A Certain Scientific Railgun une œuvre à part entière, tout ceci reste du bonus que vous pourrez explorer à votre guise si jamais vous tombez sous le charme de la licence.

Maintenant que les questions principales ont trouvé leurs réponses, il est tout de même temps de présenter le manga. On y suit Mikoto Misaka, celle que l’on nomme Railgun en raison de ses immenses capacités pouvant générer de l’électricité. Elle est connue de tous car elle fait partie des sept espers de niveau 5 de la Cité Académique, une ville au sein de Tokyo qui compte plus de deux millions d’habitants et dont 80% d’entre eux sont des étudiants cherchant à augmenter leurs capacités cérébrales pour développer des pouvoirs psychiques. Ils se classent selon un niveau allant de 0 à 5, ce qui signifie que Mikoto est surpuissante dès le début du manga. Pour autant, elle est une collégienne presque comme les autres, elle n’appartient en effet pas au Judgement, une organisation censée faire régner la justice au sein d’une Cité Académique plus avancée technologiquement que le reste du Japon et dont les habitants ont des pouvoirs contrôlés par leur esprit. Malgré tout, en trainant avec son amie Kuroko Shirai, qui appartient à cette milice, Mikoto se retrouve souvent impliquée malgré elle dans les affaires de criminalités de la ville.

Sous ses allures de manga d’action, tout est plus calme que l’on pourrait le présager dans A Certain Scientific Railgun. Car si les volts fusent, c’est pour en général arrêter très vite un combat qui s’engage, dans lequel les criminels n’auraient pas la moindre chance de vaincre Mikoto. Même Kuroko, avec son pouvoir de téléportation, n’a aucune difficulté à vaincre ses adversaires. C’est ici que le manga surprend en bien donc, il s’y instaure une ambiance légère et il nous propose de suivre des tranches de vie de jeunes filles aux pouvoirs spéciaux narrées selon les journées. On suit donc le quotidien Mikoto, qui est très détachée des problèmes de justice de la ville, et qui les règle littéralement en un éclair lorsqu’ils lui tombent dessus. Son seul véritable objectif est de vaincre l’unique garçon qu’elle ne parvient pas à battre : Tôma Kamijô. Si vous ne le connaissez pas, pas d’inquiétude, il est bien présenté et apparaît souvent dans le manga au moment où on s’y attend le moins et capte aussitôt l’attention de Mikoto qui cherche à l’électrocuter. Il s’agit en réalité du héros de A Certain Magical Index, dont le pouvoir est tout simplement d’annuler celui des autres. Il se crée donc une dynamique amusante entre Mikoto qui veut le vaincre à tout prix et lui, qui n’a absolument aucun intérêt pour leur rivalité. Les dynamiques entre les personnages sont justement au cœur du manga tant il est axé sur leur développement. Le récit est basé à la fois sur l’humour et la douceur, et les relations le sont également. C’est ainsi que naissent entre les différentes jeunes femmes des romances lesbiennes, même si elles sont souvent à sens unique pour le moment, ce qui amène son lot de situations amusantes où les rapprochements enveniment la jalousie et la pureté des sentiments est communicative. Tout cela contribue au ton léger du manga mais il a bien des cordes à son arc pour nous passionner par d’autres aspects.

En mettant en scène plusieurs agents du Judgement, A Certain Scientific Railgun nous plonge forcément dans ses enquêtes, et notamment au cœur de celle qui concerne un mystérieux poseur de bombes alors que personne dans la ville n’a les capacités psychiques pour le faire selon les registres de l’organisation. Viennent alors plusieurs questions concernant avant tout son identité mais aussi son but et l’origine de son pouvoir plus puissant que la normale. C’est ici que le manga prend une tournure assez savoureuse tant il est savamment écrit. Dans un premier temps légère, c’est crescendo que l’intrigue monte en puissance, le scénariste distillant habilement des éléments de narration servant de pièces du puzzle d’une affaire de plus grande envergure. Il y a quelque chose de très plaisant à lire un récit aussi bien maitrisé et à se rendre compte après coup qu’un détail insignifiant peut avoir une immense importance un peu plus tard. Par exemple, à travers un dialogue, l’auteur se permet un aphorisme sur la musique, en parlant de la consommation numérique. Le lecteur se dit alors qu’il s’agit un aparté intéressant quand bien même il n’apporte rien à la trame scénaristique, ou alors il peut souligner sa pertinence aujourd’hui encore tandis que le manga a pourtant débuté en 2007. Mais rien de plus, c’est un élément qui contribue à la légèreté de l’œuvre, qui lui donne de la personnalité. Sauf que ce qui est présenté comme un aphorisme se transforme bien plus tard en un élément central de l’intrigue, et introduit un nouveau rebondissement important. C’est parfaitement mis en scène, d’autant plus que tout reste compréhensible et facilement accessible. On assiste à un véritable tour de force dans lequel la lecture est toujours fluide et évidente alors que l’univers du manga est complexe, les personnages sont développés et l’intrigue se construit selon différentes couches. Sans compter que le récit mélange habilement les genres, se permet des digressions, tout en conservant une continuité dans son scénario.

A Certain Scientific Railgun est clairement une œuvre grand public et accessible à un public adolescent. Elle n’évite donc pas certains stéréotypes, aussi bien graphiques que narratifs, qui servent à mettre à l’aise les lecteurs avec le manga et contribuent à la facilité de la compréhension en proposant des codes connus de tous les amateurs du média. Cependant, ils sont utilisés avec parcimonie, et surtout intelligemment afin de développer l’univers créé par Kazuma Kamachi et s’étendant sur de nombreuses œuvres. Si bien qu’il est aisé de rapidement passer outre la sensation de parcourir un manga comme on pourrait en lire mille tant on s’intéresse finalement aussi bien aux flâneries de ses personnages qu’à l’intrigue qui prend forme. Le titre a peut-être ses limites, mais elles n’empêchent en rien ses qualités et de passer un agréablement moment de lecture.

Si le scénariste est assurément doué, il doit aussi beaucoup au talent de son dessinateur. Motoi Fuyukawa, qui vient du milieu amateur, arrive à la perfection à retranscrire l’ambiance du récit. Son style est aéré, ajoutant ainsi une dimension supplémentaire à l’atmosphère si légère de la série. Reprenant les designs de Kiyotaka Haimura, il donne vie aux personnages, aussi bien en trouvant les bonnes expressions qu’à travers sa mise en page idéale pour les laisser s’exprimer visuellement. Il est inspiré de Kiyohiko Azuma, l’auteur de Yotsuba et Azumanga Daioh, et son influence se ressent autant dans le rythme de la narration, branché sur les tranches de vie, que dans l’humour. C’est d’ailleurs sans aucun doute cela qui permet aux personnages d’être si intéressants dans leur développement. Son autre influence principale est Zettai Karen Children de Takashi Shiina, un manga dans lequel on suit des jeunes filles aux pouvoirs d’espers, ce qui fait évidemment penser à A Certain Scientific Railgun. Des dynamiques entre les héroïnes aux changements de tons, on ressent toute l’influence sur A Certain Scientific Railgun, même si le trait de Motoi Fuyukawa est bien plus moderne. Il en résulte un manga très bien dessiné et mis en scène, une maîtrise loin d’être une évidence tant le titre navigue entre les genres.

Concernant l’édition de Noeve Grafx, elle est parfaite. On pourrait chipoter en disant que la carte du tome 1 n’est pas présente dans le livre, mais elle le sera dans le troisième volume, accompagnée aussi de celle du tome 2. Pour tout le reste, il n’y a pas matière à redire. La couverture est très bien travaillée, avec des effets de fabrication qui devraient faire pâlir les éditions dites deluxes, perfect ou autres appellations de communication qui n’en ont que le nom de nombreux autres éditeurs qui feraient bien de s’inspirer un minimum des formats, pourtant simples, de Noeve Grafx. Le format d’ailleurs est suffisamment grand pour apprécier les dessins de Motoi Fuyukawa à leur juste valeur, de même pour le papier, agréable et ne laissant pas entrevoir de la transparence. Un confort de lecture qui contribue au ton léger de l’œuvre. De plus, la sensation est accentuée par le formidable travail de Kévin Druelle, qui se charge de la charte graphique et du lettrage. On pense notamment aux onomatopées qui sont traduites et intégrées avec soin à côté des originales, respectant ainsi le sens artistique du mangaka aussi bien en montrant son travail qu’en utilisant des typographies similaires. Concernant la traduction, elle est signée Rodolphe Gicquel, déjà lu chez Noeve Grafx sur des comédies romantiques telles que Rent-a-Girlfriend ou encore Girlfriend Girlfriend, et qui travaille surtout avec les éditions Kana. Comme à son habitude, il fait du très bon boulot notamment dans ce qui est de retranscrire l’humour en français, ce qui est loin d’être évident. Les dialogues sont aussi très soignés, donnant à chaque personnage de la personnalité lorsqu’il s’exprime. En somme, lire un manga avec une édition d’une telle qualité est très agréable, surtout à l’heure où certains éditeurs ont revu à la baisse le niveau de leurs fabrications. Espérons qu’au lieu de décrier la présence d’un concurrent de plus, ils s’inspirent de leur travail afin de revoir leurs copies et tirent ainsi le monde du manga francophone vers le haut.

Tantôt survolté tantôt ensoleillé, A Certain Scientific Railgun s’impose donc dès son premier tome comme une lecture aussi agréable que passionnante. Peut-être dû au fait qu’il s’agisse d’un manga original et non d’une adaptation, à moins que ce soit tout simplement la conséquence du talent de son dessinateur, la série débute bien mieux que le manga A Certain Magical Index, pourtant la saga principale, qui est publié chez Ki-oon. Si les personnages sont sans doute plus intéressants, il faut surtout souligner que A Certain Scientific Railgun a beaucoup plus de personnalité que son illustre aîné, et cela vient du fait qu’il prend le temps de se développer. Convenant autant aux amateurs d’action qu’à ceux de tranches de vie, pouvant plaire pour ses enquêtes comme pour ses sous-textes saphiques, la série de Kazuma Kamachi et Motoi Fukuyama brille par ses nombreuses qualités. Et même s’il s’agit d’un spin-off, A Certain Scientific Railgun semble être la porte d’entrée la plus qualitative dans l’univers de cette licence déjà culte au Japon.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
jojo81

16 20
Note de la rédaction






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