Deathco Vol.2


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19/20

j'adore j'adore tous simplement magnifique

jackpapy

De jackpapy [87], le 19 June 2016 à 21h24

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18/20

Le monde de Deathco se divise en deux catégories : ceux qui sont pourchassés (les trophées) et ceux qui les pourchassent : les reapers. Pourquoi en va-t-il ainsi ? Peu importe. Où se trouve le monde de Deathco ? On ne sait pas. Sûrement sur Terre car la Suisse, le Mexique, les îles tropicales sont évoqués. Le manga fait naître en nous de multiples interrogations et il n’est pas sûr que toutes les réponses nous soient données à la fin. Peut-être est-ce là ce qui fait l’intérêt d’une série : poser des questions sans devoir y apporter de réponses, à charge pour nous de les imaginer.

Cette nouvelle série de Atushi Kaneko détonne dans le paysage pour bien d’autres raisons. D’abord, pour son personnage principal : Deathko. Un sacré phénomène tant visuellement que psychologiquement. Deathko parle d’elle à la troisième personne, n’a pas de manières et n’est pas dans son assiette quand elle n’a pas à moissonner un nouveau trophée. Quand la Guilde ne la sollicite pas elle ne dort pas, ne mange pas, elle passe son temps dans sa Deathcave (oui je fais des parallèles avec Batman car, à mes yeux, il y en a) où elle confectionne de nouveaux outils pour tuer. Elle déprime, sort des histoires folles (elle vient d’une autre planète, a été maudite par une sorcière, mordue par un serpent…) et un nuage noir flotte au-dessus de sa tête (dont la taille nous apprend si Deathko est au bout du rouleau un peu, beaucoup, passionnément…). Donner la mort lui donne vie, lui insuffle la vitalité qui, autrement, lui fait défaut. « Deathko n’est qu’une larve. La seule chose qu’elle sait faire, c’est tuer. » Elle est accompagnée d’une chauve-souris (Taram de son petit nom) mais elle la déteste. Deathko n’aime rien ni personne. Elle déteste tout, tout le monde.

Pourtant, Deathko n’habite pas seule. Elle vit dans un château à mi-chemin entre la maison abandonnée/hantée et le manoir de Bruce Wayne (isolée, avec la mer juste en-dessous). C’est la demeure de Madame M. une ancienne reaper qui semble avoir connu bien des succès en compagnie de Lee, un petit bonhomme qui joue désormais le rôle de chauffeur pour Deathko (il doit la conduire et la ramener en vie après chaque mission) – une tâche qu’il apprécie moyennement. Madame M. vit devant une télé, entourée d’emballages et de bouteilles vides, à proximité d’une piscine intérieure ou un poisson monstrueux réside. Elle a donné tout ce qu’elle possédait (maison, argent…) à Deathko car elle a un « travail très important à lui confier. » Depuis leur rencontre il semble que Madame M. se laisse aller ce qui désole Lee.

Dès qu’un courrier de la guilde a été déposé dans sa boîte aux lettres, Deathko le recueille, avale les informations contenues en quelques instants (elle dit pouvoir mémoriser 4000 caractères en moins de 5 secondes) et part chasser son trophée. Attention c’est son trophée. Si vous le convoitez attendez-vous à mourir. Même si vous êtes un autre tueur à gages : pas de pitié pour les croissants ! Deathko risque donc de se faire pas mal d’ennemis. Peut-être même qu’un jour elle deviendra la cible de la Guilde ?

L’univers du manga est un autre point qui nous emporte, telle la peste noire l’Europe du XIVème siècle. Le monde de Deathco ressemble au nôtre mais avec un côté sombre, une face cachée. Les reapers ne le sont pas H24. Quand la Guilde ne leur envoie pas de trophées à récupérer (mission que les tueurs à gages peuvent accepter ou refuser) ce sont des gens comme tout le monde avec leurs activités et leurs problèmes et qui passent inaperçus… même s’il y a des exceptions (Queen aka la fille qui veut tout). On l’aura compris : le plus intéressant dans Deathco c’est quand la Guilde envoie un ou plusieurs reapers s’occuper d’une cible. Surtout que la Guilde peut parfois envoyer beaucoup de reapers sur un même cas ce qui n’est pas sans provoquer des tensions et des dézingages entre tueurs à gages, tous voulant la prime liée l’élimination de la cible. Un moyen pour la Guilde de réguler à peu de frais la démographie de ses nettoyeurs ?

Le calme, le jour est ennuyeux. Le manga nous fait désirer la nuit (coucou la Lune), la folie, la fureur, le sang. On devient comme Deathko. Et nous sommes comblés : les nettoyeurs ont l’air d’en tenir une couche et pas seulement du point de vue de leur costume/tenue. Idem pour les cibles. Il y a des morts (imaginez-vous que les cibles se défendent, voire qu’elles ont des hommes sous leurs ordres…). Pour autant, si la violence est là le manga n’est pas une juxtaposition de scènes plus horribles les unes que les autres où les boyaux viennent remplir les cases. La manière dont la violence arrive (un contrat sur la tête d’une personne ; les tueurs à gages qui doivent la retrouver…) fait un peu penser à la manière dont on doit effectuer une mission d’assassinat dans l’univers de GTA. On prend donc assez facilement du recul par rapport à ce qui se déroule sous nos yeux (c’est violent oui mais soutenable et surtout on ne prétend pas au réalisme des situations). La violence est donc acceptable parce que le dessin ne rentre pas exagérément dans les détails et elle a un côté irréelle, absurde. Surtout quand un tueur à gages peut croiser la route de la mafia car la personne qu’il recherche est en compagnie d’une autre dont elle souhaite se débarrasser. En ajoutant des dialogues que l’on croirait sortis d’un Quentin Tarantino, le constat s’impose : ce monde est fou et on l’aime comme ça.

Vient le moment de parler du dessin, de la patte de l’auteur. Elle est présente du côté du scénario avec une intrigue bien agitée, des jeux de mots (Deathcothèque, sur le terme reaper), des entreprises au nom amusant (la société Pizza of the Dead) un voyage dans un univers bien sombre et glauque. Si ce type d’univers vous plaît vous ne serez pas déçus. Et s’il ne vous plaît pas, vous risquez d’aimer quand même ! Car le scénario est porté par une patte graphique plus qu’au point – à laquelle répond bien, du reste, l’édition française (très agréable à manipuler) et la traduction. Graphiquement Atsushi Kaneko nous propose un monde où l’allure des personnages, leur environnement (paysage, bâtiments…), les véhicules… tous sont en osmose. Le trait de l’auteur est précis et séduisant, sa mise en scène agréable niveau plus l’infini et son jeu sur les couleurs impeccable. Un scénario noir et un jeu sur le noir (couleur) : pour un peu on pourrait appeler Atsushi Kaneko le mangaka des 50 nuances de noir. L’atmosphère créée et mise en scène nous attrape dès les premières pages (en couleurs) et ne nous lâche pas. Surtout, un élément qui m’a frappé c’est l’accent placé sur les jeux de regards. L’importance accordée à l’œil m’a particulièrement frappé tant les plans sur cet organe nous renseignent sur ce qui se passe, va suivre… Deathco n’est pas qu’un manga sur la mort, la folie mais c’est également un manga sur le regard.

En fonction de ce qu’on a pu lire, voir, on peut parfois opérer des rapprochements avec ce que l’on a sous les yeux. Pour ma part, Deathco m’a fait penser à Batman (la demeure de Deathko, le bateau, la chauve-souris, les outils qu’elle bricole, quand elle se balade dans les airs, le signal lumineux…), un petit peu la famille Adams, Leon (le côté personnages qui disparaissent les uns après les autres pendant le nettoyage, la crainte qui monte…) et Millenium (notamment l’aspect de Deathco sur la couverture du tome 1 et certaines de ses caractéristiques me font penser à Lisbeth Salander).

Pour paraphraser un ancien (?) joueur de poker, on pourrait dire que le plus important quand on est tueur à gages ce ne sont pas les armes que l’on possède mais ce que l’on en fait. Deathko tue avec des armes peu conventionnelles mais qui se révèlent efficaces et, sans doute, douloureuses pour ses victimes. Pourquoi la jeune fille en est-elle arrivée là ? Mystère et boule de gomme pour l’instant. Profitons en tout cas du voyage plein de cris et de sang qu’elle nous propose. Entre les cibles et les tueurs à gages, l’univers de Deathco est une histoire de la proie et du chasseur mais, attention, car les rôles peuvent s’inverser. Les proies ne sont pas sans défense. Cette première sortie de 2016 du côté de chez Sakka (on en attend d’autres avec impatience !) tient donc toutes les promesses entrevues dans le trailer. Quand on voit les autres séries à venir dans les prochains mois, 2016 s’annonce décidément comme une année très intéressante à suivre.

PS : pour accompagner la lecture des tomes, Atsushi Kaneko a créé la Deathlist ! Et je replace ici le trailer du manga.

Anvil

De Anvil [660], le 14 Febuary 2016 à 18h57

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