Demon Slayer

Review de l'anime : Demon Slayer

Publiée le Lundi, 08 June 2020

Il est bien difficile d'être passé à côté du titre "Demon Slayer" ces derniers mois, tant la saga crée par Koyoharu Gotôge a séduit les foules, fait parler d'elles, et enregistré des chiffres de ventes incroyables au Japon. A l'origine, Demon Slayer est un manga lancé en 2016 dans le Shônen Jump, sous le titre Kimetsu no Yaiba, et fraîchement achevé au Japon. Comme à peu près chaque œuvre longue du magazine, une adaptation animée fut au programme. Celle de Demon Slayer fut produite par Ufotable, studio derrière Fate/Zero, God Eater ou certains chapitres de la licence Tôken Ranbu, pour une diffusion qui s'est tenue entre avril et septembre 2019 pour cette première partie de 26 épisodes. Première partie, oui, car un film faisant office de suite est déjà au programme, tandis qu'il serait étonnant de ne pas voir paraître de seconde saison dans quelques temps.


A la direction du projet, nous retrouvons Haruo Sotozaki, réalisateur, animateur et directeur d'animation qui avait déjà orchestré les anime Tales of Symphonia et Tales of Zestria. Un nom pas anodin, donc, pour chapeauter l'adaptation d'un shônen fantastique où les pouvoirs se mêlent aux combats de sabre.



Il est particulièrement intéressant de revenir sur cette série, quelques mois après la fin de sa diffusion. Comme évoqué plus haut, l'anime a eu un succès retentissant dans le monde entier, une popularité qui a grandement impacté le manga d'origine. Pour preuve : Panini a sauté sur l'occasion pour relancer la série en même temps que son catalogue, et possède maintenant une locomotive détonante. Au Japon, c'est simple : l'anime a impacté les ventes du manga de manière significative, à tel point que Demon Slayer / Kimetsu no Yaiba fut le manga le plus vendu au pays du Soleil Levant... devant One Piece ! L'aventure des pourfendeurs de démons a enregistré 12 057 628 ventes l'année dernière, un peu devant l'équipage du chapeau de paille et ses 10 134 232 exemplaires écoulés. Plus récemment, le bilan trimestriel a révélé que la licence occupait la première place dans les ventes manga... et les ventes de light-novel. Un succès ahurissant comme il n'y en a que rarement. La question que chacun est en droit de se poser est donc la suivante : Pourquoi ? Qu'a donc l'anime Demon Slayer de si spécial pour créer un tel engouement ? Retour sur cette première partie de l'adaptation animée qui, tuons le suspense de suite, a totalement convaincu le rédacteur de cette chronique. Notons que celui-ci a lu le manga avant son passage sur le support audiovisuel.



La chasse est ouverte


Nous sommes à l'ère Taishô, soit au début du XXe siècle. Habitant en campagne, dans les montagnes, le jeune Tanjirô Kamado vit un quotidien paisible aux côtés de sa famille, composée d'une mère et de nombreux frères et sœurs. Robuste, ce frère ainé accomplit bien des tâches pour subvenir aux besoins des siens, dont celle de vendre du charbon au village voisin. Après une dure journée de labeur, un autochtone l'invite à dormir dans sa demeure avant de reprendre sa route le lendemain. Selon lui, les démons rodent une fois la nuit tombée, et parcourir les montagnes sous un ciel nocturne serait dangereux.


C'est donc le lendemain que Tanjirô reprend sa route, mais une maccabre découverte l'attend une fois de retour chez lui. La quasi totalité de sa famille est morte, massacrée, sauf sa sœur Nezuko qui a maintenant l'apparence d'un démon. Tanjirô, garçon à l'odorat affiné, ressent une odeur particulière, et il ne fait aucun doute qu'un démon est la cause du carnage et de la transformation de Nezuko. Pourtant, lorsqu'un chasseur de démons passant dans le coin cherche à s'emmêler, il se rend à l'évidence : Bien que monstre désormais, la sœur de Tanjirô ne lui fera aucun mal. Appréciant cette situation particulière, le chasseur répondant au nom de Giyû Tomioka redirige Tanjirô vers un formateur, afin de devenir lui aussi pourfendeur de démons. Par ce travail particulier, le garçon pourra se mettre en quête d'un moyen de redonner à Nezuko une forme humaine. Mais ce voyage va lui demander des efforts, devenir chasseur de démons n'étant pas à la portée de tous...



Une intrigue trop classique ?


Que ce soit le manga ou l'anime, Demon Slayer ne cherche jamais à renouveler un genre. L'intrigue crée par Koyoharu Gotôge flirte avec les écueils classiques, entretenant les codes du shônen de manière on ne peut plus correcte. Voyez la forme de la série : Un voyage initiatique pour Tanjirô qui devra devenir un chasseur de démons confirmé, aux côtés d'alliés qu'il se fera en chemin, tandis que son périple se fera via une série de missions qui le confrontera à différents adversaires. A ceci s'ajoutent des entraînements, des power-ups même, et une découverte d'un univers où chaque faction se révèle particulièrement codifiée et hiérarchisée. La série a même son propre système d'énergie : Après le ki de Dragon Ball, le nen de Hunter X Hunter ou encore le chakra de Naruto, c'est par la respiration et le souffle que les personnages développeront des talents insoupçonnés.


En prenant du recul, le scénario proposé par Demon Slayer n'est pas éblouissant. Il utilise des ficelles classiques et propose une structure qui place le spectateur en zone de confort... ce qui ne l'empêche pas d'être plaisant à suivre. C'est même là sa force : Le tout est relativement simple, facilitant alors l'expérience en tant que pur divertissement. On sait globalement assez vite où on va et quels seront les grands enjeux, une formule bien cadrée qui ne laisse pas de place aux coups de folie. Un mal pour un bien, puisque le récit peut alors progresser de manière structurée et sans fioritures.



Alors, pourquoi apprécier l'histoire proposée ? Outre cette structure qui apporte différents éléments intrigants au compte goutte, notamment un antagoniste particulièrement charismatique qui se dévoile rapidement, le casting semble être un argument probant. La panoplie de personnages est particulièrement variée, allant des figures solennelles aux excentriques de services, avec de nombreux candidats dans chaque camp. Et si on se centre sur les personnages principaux uniquement, on remarque que l'opposition entre le sérieux et posé Tanjirô et ses camarades que sont Zenitsu et Inosuke fonctionne à merveille. Le héros est ainsi accompagné du couard de service et du débile ne pensant qu'à se battre, deux archétypes sublimés par l'excès dont ils font preuve... et par les prestations de leurs seiyû. L'interprétation japonaise est particulièrement remarquable dans Demon Slayer tant on sent un investissement des comédiens. Hiro Shimono (Zenitsu) et Yoshitsugu Matsuoka (Inosuke) en font des caisses dans leurs jeux, et collent ainsi à merveille à leurs rôles. C'est une démesure de l'absurde par l'interprétation qui permettent aux deux concernés de faire mouche, tout en nous étonnant parfois par la note sérieuse qu'ils dégagent lorsque le scénario se fera plus sombre. Un exemple qui concerne les figures principales, mais on pourrait développer la chose au reste du casting, qu'il s'agisse des autres chasseurs de démons ou des cruelles entités qui croiseront la route de Tanjirô et des siens.



L'art de sublimer le drame


Le manga de Koyoharu Gotôge a à cœur de développer différents aspects, et d'impacter le lectorat par une exploitation de chaque élément narratif d'un arc. Ainsi, le récit n'est pas avare en flashback qui reviendra, par exemple, sur le passé de chaque personnage et de chaque démon, afin de créer une certaine empathie du lecteur qui ne pourra que regretter la fatalité vécue par chacun.


Ce parti-pris, Haruo Sotozaki l'a parfaitement intégré. Là où le manga Demon Slayer jongle habilement entre les aspects comiques et dramatiques, la série animée met davantage en exergue la patte émotionnelle du scénario, à grand renfort d'un peaufinage technique et d'un découpage du scénario qui nous plonge un peu plus dans ces différents développements. Certains trouveront peut-être la présence de flashbacks excessive, mais ceux-ci se révèlent bien souvent efficaces et percutants. Dans cette optique, la bande originale composée par Gô Shiina et Yuki Kajiura joue énormément. Le duo a rapidement certaine le contexte historique pour ponctuer les compositions de notes adaptées, appuyées souvent par des chants presque religieux et envoutants. La soundtrack se veut très mélodieuse et belle quand le récit se pose pour nous parler des personnages, des drames vécus et des enjeux, mais proposent aussi des thèmes plus dynamique pour soulever l'efficacité des scènes d'action. Certaines musiques restent en tête tant elle pique notre fibre émotionnelle, et sûrement l'impact du pan dramatique de l'adaptation animée aurait été moindre avec un travail musical différent. Des focus plus appuyés associés à une composition marquante donnent alors lieu à une série forte dans ses élans dramatiques, conférant à la version animée une implication du spectateur peut-être plus poignante que dans le manga.



Une réalisation tout feu, tout flamme


Enfin, impossible de ne pas parler des qualités de l'anime Demon Slayer sans parler de la réalisation aux petits oignons. Rares sont les plans ratés, même en intervalle, tandis que l'image jouit d'une direction artistique particulièrement léchée, rendant notamment honneur aux différents cadres des premières aventures de Tanjirô. De véritables choix de style ont été fait dans l'esthétique de l'anime, notamment dans la représentation des attaques et des pouvoirs. Ca nous marque dès le générique d'ouverture : Les courant d'eau générés par le protagonistes apparaissent comme de véritables estampes, un choix de représentation qui concernera de nombreuses attaques, qu'il s'agisse des effusions de flammes, des foudres de Zenitsu, ou des flèches générées par l'un des démons que Tanjirô affrontera.


La réalisation pure soulève aussi des moyens conséquents, et de véritables ambitions de la part du studio Ufotable. Afin de créer une œuvre visuellement percutante à partir du manga de base, les équipes derrière l'adaptation ont donné lieu à des séquences particulièrement mémorables. Dans Demon Slayer, les pouvoirs de démons sont souvent novateurs et les affrontements aussi rythmés que dynamiques. Un aspect compris par Haruo Sotozaki et ses équipes : La réalisation est très souvent vive dans des batailles cruciales, et les plans fixes ne sont pas les plus courants dans les moments d'action de ces 26 épisodes. Il y en a, certes, mais s'oublient facilement tant les trouvailles de mise en scène nous plonges dans les affrontements très nekketsu de ce début d'histoire. Évidemment, le fameux épisode 19 condense à lui seul tous les louanges qu'on pourrait faire à la technique et à la réalisation de Demon Slayer. Un épisode qui condense à peu près toutes les qualités de l’œuvre en les sublimant, rien d'anodin puisqu'il correspond à un certain tournant du scénario.



Bilan : Un nouveau souffle pour les rôdeurs de la nuit


Si on devait résumer l'adaptation du manga de Koyoharu Gotôge, avec une démesure aussi forte que celle présentée dans l'anime, on pourrait affirmer qu'Ufotable s'est montré capable de transformer de l'eau en vin. Le manga Demon Slayer est un très bon titre, divertissant et montrant des qualités de plus en plus forte au fil des tomes. L'adaptation animée lui donne un jour totalement nouveau : Elle est libre d'imposer son propre ton et s'appuie sur des choix d'adaptation, visuels et techniques pertinents pour proposer une immersion émotionnellement puissant et visuellement vive. On pourra même se surprendre, après avoir apprécié le manga sans en être devenu spécialement fan, à tomber sous un charme nouveau via l'adaptation animée, d'entrer davantage dans l'univers original, et par conséquent d'apprécier encore plus le manga de Koyoharu Gotôge après visionnage. Une véritable prouesse.


Évidemment, l'aventure ne s'arrêtera pas là, fort du succès de l'anime. Celui-ci aura une première suite qui prendra la forme d'un long-métrage d'animation. Prévu dans les salles obscures japonaises pour le 16 octobre, s'il n'est pas décalé, le film Demon Slayer : Le train de l'infini adaptera l'arc éponyme, d'ailleurs abordé légèrement sur le 26e épisode de la série. Côté manga, cela correspond aux tomes 7 et 8 que nous aurons largement pu lire en France d'ici là.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

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