Jujutsu Kaisen 0 - Film - Anime

Jujutsu Kaisen 0 - Film

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Critique de l'anime : Jujutsu Kaisen 0 - Film

Publiée le Vendredi, 01 Avril 2022

On ne peut pas dire que les dernières années manquent de piquant du côté de la pop culture nippone. Depuis Demon Slayer notamment, nous sommes entrés dans une véritable période où s'enchainent les blockbuster, des séries d'animation qui marquent par leur réalisation, leurs aspects techniques, leurs univers et/ou leurs intrigues, dont la notoriété se répercute sur les œuvres papier d'origine. La démocratisation des plateformes de simulcast joue énormément dans cette mouvance dont on peut citer trois récents représentants phares, Demon Slayer, Tokyo Revengers et Jujutsu Kaisen. Pour cette chronique, c'est ce troisième cas qui nous intéresse tout particulièrement.

Produite par la studio Mappa sous la réalisation de Song Hoo Park, la première saison de l'anime Jujutsu Kaisen fut diffusée entre octobre 2020 et mars 2021, à une époque où le manga d'origine de Gege Akutami connaissait déjà un très bon succès chez nous. Suite à cette diffusion, le projet suivant ne s'est pas fait attendre. Et comme pour Demon Slayer (sans toutefois sous-entendre une volonté pour Mappa de singer la démarche d'Ufotable sur son adaptation du manga de Koyoharu Gotôge), c'est un film qui est voué à faire l'entre-deux des premières saisons du show. Nommé Jujutsu Kaisen 0, celui-ci est sorti le 24 décembre dernier et a rencontré un très grand succès au Japon, engendrant 13 milliards de yens et se hissant en 20e place des plus gros succès cinéma de l'Archipel. Le succès est moindre par rapport au film Le Train de l'Infini de Demon Slayer, mais difficile de nier un succès évident.

De notre côté, il aura fallu attendre un peu moins de trois mois pour voir le film Jujutsu Kaisen 0 atteindre nos salles obscures. Un délai somme toute correct à une époque où l'exportation d'un blockbuster d'animation nippone chez nous ne fait aucun doute et ne constitue plus une exception. La sortie française s'est alors faite en deux temps, d'abord avec une série d'avant-premières, qui aura fait parler d'elle, le 13 mars 2022, puis une sortie nationale en VF et VOST le 16 mars qui suivit. Un succès aussi chez nous, à échelle moindre par rapport au Japon, puisque 300 000 places ont été vendues après une petite semaine d'exploitation. Le phénomène des avant-premières garnies de quelques goodies (nous y reviendrons) aura certainement joué, tout comme le phénomène lié au manga de Gege Akutami.


A l'origine du film, le one-shot

Avant de parler du film, il faut revenir aux origines mêmes de Jujutsu Kaisen. Un an avant le lancement du manga fleuve dans le Shônen Jump, Gege Akutami plantera son univers avec une courte série nommée Tôkyô Toritsu Jujutsu Kôtô Senmon Gakkô, dans les pages de la revue Jump Giga, entre avril et juillet 2017. C'est suite à cette expérience que sera lancée en mars 2018 le manga fleuve Jujutu Kaisen, l'aventure de Yûji Itadori se déroulant dans le même univers, à peine quelques mois plus tard, tandis que de nombreux personnage du court récit initial font leur réapparition. Après des débuts retentissants, le premier récit sera publié au format physique et revu en tant que "volume 0" de Jujutsu Kaisen. Les deux projets ne faisaient alors plus qu'un, tandis que le one-shot/préquel était idéal pour servir de base à un format détaché de la série animée, tel un film. Il est pourtant à noter que le réalisateur, Song Hoo Park, envisageait d'adapter le film au sein même du format télévisé. Est-ce que le succès du film Demon Slayer aura poussé le studio Mappa à réfléchir à un autre type d'opération ? Rien n'est impossible.

De notre côté, il est à noter que l'éditeur Ki-oon a choisi un timing presque similaire à celui du Japon pour nous proposer ce tome 0. Si celui-ci est paru au format physique dans son pays d'origine en même temps que le troisième opus, en décembre 2018, c'est en simultanée avec le cinquième tome, en octobre 2020, que nous avons pu découvrir les aventures de Yuta Okkotsu, avant d'avoir accès à son adaptation en film d'animation.


Préquel, nouveaux héros, mais anciens personnages

Se déroulant quelques mois avant le manga principal, Jujutsu Kaisen 0 situe les projecteurs vers Yuta Okkotsu, un adolescent de 16 ans maudit par l'esprit de sa défunte amie d'enfance, Rika Orimoto. Après avoir promis de l'épouser, celle-ci décéda dans un accident et pris la forme d'un puissant fléau restant aux côtés de Yuta pour le protéger. Lorsque, après une rixe de trop, les harceleurs de Yuta se trouvent grièvement blessés, Satoru Gojo décide de prendre en charge le garçon et le faire intégrer l'école d'exorcisme de Tokyo, afin de maîtriser son pouvoir et l'utiliser à bon escient. Il rejoint ainsi l'équipe formée par Maki Zenin, Toge Inumaki et Panda qu'il assistera lors de différentes missions. Au même moment, en coulisses, le maître des fléaux Suguru Geto prépare une opération d'envergure pour mener son idéal à bien...


Une aventure rythmée, et une porte d'entrée bien pensée

Par sa nature d'histoire se déroulant avant l’œuvre d'origine, le film Jujutsu Kaisen constitue une très bonne porte d'entrée vers la saga créée Gege Akutami. Par besoin de connaître le protagoniste ou ses objectifs, puisque Yuta est un nouveau héros dont l'aventure précède celle de Yûji. Et concernant les personnages tels de Gojo, Maki, Panda, Toge ou Suguru, leurs introductions se fait naturellement, comme si nous partions de zéro avec ces figures (ce qui est le cas, puisque les lecteurs japonais les rencontraient pour la première fois dans la courte série publiée avant Jujutsu Kaisen). L'idée d'un film cinéma pour adapter ce segment est judicieuse sur le plan de l'accessibilité, plus que ne l'était Le Train de l'Infini concernant Demon Slayer, pour achever le parallèle presque inévitable entre les deux licences.

Alors, qu'il ait ses repères ou non, le spectateur découvre une histoire qui se suffit à elle-même dans le long-métrage. La quête proposée est celle de Yuta, adolescent hanté par un esprit dont le maintient de la puissance créera un enjeu majeur, résolu au sein de l'histoire, au même titre que la tentative de révolte de Suguru Geto. Si c'est dans la série fleuve que le spectateur apprendra à davantage connaître certains personnages par des développements plus étendus, la proposition faire de l'intrigue de Jujutsu Kaisen 0 se tient, les quelques figures centrales ayant, pour la plupart, leurs développements, notamment Maki et Toge, là où l'intérêt de Gojo réside encore une fois dans le charisme et la prestance.


Si l'évolution de Yuta dicte le fil rouge de cette histoire, les rôles que joueront ses acolytes et l'antagoniste qu'est Suguru Geto vis à vis de lui justifient une succession d'événement menant à un déroulé assez classique, mais équilibré. Difficile de s'ennuyer tant le rythme est entretenu, le film jonglant entre des scènes d'action tout en se posant à des moments opportuns pour croquer quelques développements, et nous régaler d'une confrontation finale nerveuse, appuyée par le talent de mise en scène de Song Hoo Park et des séquences d'animation inspirées tout en étant en phase avec l'univers violent et lugubre de Jujutsu Kaisen. Les qualités techniques de la série télévisée se retrouvent dans le film, et même accentuées à certains instants, tandis que l'histoire proposées ne trahit jamais l'univers de base, loin de là. Pour toutes ces petites prouesses, que ce soit la solidité de la production, l'équilibre de l'histoire ou la démarche grand public de la production, difficile de ne pas saluer Jujutsu Kaisen 0. On aurait alors tendance à pardonner quelques facilités scénaristiques, notamment la résolution de l'enjeu phare en partie due à une explication un peu simpliste et sortie du chapeau. Et pour les spectateurs n'ayant pas été convaincus par l’œuvre principale, du fait qu'elle jongle entre beaucoup de sous-intrigues avec quelques transitions parfois délicates, l'aspect épuré du chapitre 0 sera un argument de choix pour donner au long-métrage sa chance.


Adaptation, fidélité et prises de libertés

Et puisque le film Jujutsu Kaisen 0 est une adaptation du one-shot du quasi même nom, il convient naturellement de se pencher sur les options de fidélité au manga opérées par Song Hoo Park. Le constat est surprenant dès les premières secondes qui tranchent avec l'ambiance sombre et hargneuse qu'on se fait du manga et de l'anime : Une belle composition de Hiroaki Tsutsumi entouré par les artistes occidentaux Toft Willingham, Chez et Jessica Gelinas, apporte une ouverture pleine de mélancolie, à l'image de l'histoire de Yuta. Une rupture de ton par rapport à l'aventure de Yûji, protagoniste qui n'a connu le regret que par la perte de son grand-père pour une mise en bouche forte, avant que l'ensemble revienne à l'aura de la série animée.

Gardant un ton très pudique, sans pour autant se priver de quelques zestes d'humour présents dans le manga, Jujutsu Kaisen 0 conserve les esthétiques et ambiances fortes de la série. Le réalisateur reste dans une lignée cohérente bien que l'histoire du nouveau héros donne une petite dose de mélancolie pertinente, évitant la redite par rapport au scénario majeur de l'œuvre. Song Hoo Park entretient bien une vision sans jamais dénaturer le manga de Gege Akutami, et va même se faire plaisir et faire plaisir aux fans en jouant une certaine carte à un moment donné : Celle du fan-service.


Car aussi plaisant soit le one-shot d'origine Jujutsu Kaisen, son rythme et sa courte durée imposaient un développement plus conséquent de son intrigue. Cette optique se ressent surtout lors de la bataille finale, hautement plus généreuse en terme d'adrénaline puisque moult personnages connus des lecteurs du manga et des spectateurs de la première saison font leur retour. C'est là le seul point où le film touchera davantage les connaisseurs plutôt que les néophytes, mais ces zestes modérés de cadeaux aux fans s'apprécient par leur éphéméride, tout en restant justifiés par le contexte chaotique de la bataille.

Ainsi, le film Jujutsu Kaisen 0 fait ce qu'une bonne adaptation devrait être. Il ne cherche pas à singer le manga mais puise dans ses éléments pour les montrer avec d'autres armes, celles de l'animation et de l'audiovisuelle, tout en créant une esthétique qui lui est propose, en amenant d'autres propositions et en se détachant parfois du ton du manga. Laisser le projet dans les mains du réalisateur était la meilleure idée possible tant le résultat se montre juste dans cette démarche d'adaptation.


La sortie française : Tentative promotionnelle et couacs

Voilà sans doute la partie de cette chronique la plus délicate à aborder, chose paradoxale puisqu'elle ne concerne pas les qualités intrinsèques du film. Si aujourd'hui la sortie dans nos salles d'un long-métrage tiré d'un best-seller comme Jujutsu Kaisen est évidente, ces diffusions sont soumises à certains enjeux. Parce que les fans se font plus nombreux et bruyants, toujours plus désireux de profiter d'une sortie en grande pompe, les distributeurs et éditeurs cherchent à répondre à ces attentes. Crunchyroll, en affiliation avec les cinémas CGR, a pris en charge la proposition autour de Jujutsu Kaisen 0, avec différentes armes pour créer un engouement autour de cette sortie. Outre les projections assez proches de la sortie japonaise (moins de trois mois d'écart, ce qui était inespéré il y a quelques années encore), c'est par les produits dérivés que les attentes ont été piquées. Alors que le film a été annoncé pour une distribution large, les goodies offerts ont suscité un grand intérêt. Pour les spectateurs qui feraient le déplacement, un ticket spécial parmi six disponibles serait distribué, de même pour une carte postale reprenant l'affiche principale du film, et... Le fameux livret Jujutsu Kaisen 0.5 !

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Très prisés, même en version originale, le booklet est assez généreux en compléments pour tout fan de la saga, celui-ci mêlant interviews du réalisateur à quelques storyboards ainsi qu'un courte chapitre dessiné par Gege Akutami pour l'occasion. Pour ce type de suppléments, on attend alors une distribution assez massive, mais les grincements de dent se sont multipliés quand l'éditeur et le distributeur ont annoncé des quantités limitées. Il ne faisait alors aucun doute : Il faudrait se rendre aux avants-premières pour acquérir le Graal. Le résultat fut encore plus mitigé que prévu, ce par un partage ingrat du livret, le cinéma parisien Le Grand Rex ayant été gavé pour ses différentes séances tandis que les miettes ont été partagés entre les cinémas de banlieue et de province. Si la distribution des blockbuster d'animation japonaise est désormais démocratisée, il reste beaucoup à faire pour gommer l'exclusivité parisienne et aboutir à un équilibre plus juste.

Et nous ne reviendrons pas sur les agitations survenues sur certaines projections, nourrissant un débat toujours plus d'actualité sur le statut des séances avant-premières, lieu d'exaltation des émotions pour certains. Mais force est de constater que l'ampleur du phénomène va de pair avec la croissance de l'engouement sur ce type de projections ce qui, d'un certain point de vue, mène à un bilan enthousiasmant sur la place de l'animation japonaise et du manga dans le paysage de la pop-culture chez nous. Évidemment, le débat est beaucoup plus vaste que ça.

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

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